Le buffet.
Je plie un drap blanc. Je le range dans le vieux buffet. C'est un buffet en noyer, tout martelé ; on dirait que des coups de marteau ou de pied ont enfoncé le bois tendre ; ce ne sont que les déménagements. La première fois, nous étions jeunes, nous avions nous-mêmes enveloppé le meuble entre des couches de tissu éponge. La camionnette qu'on nous avait prêtée était trop étroite, et le buffet avait dû être en partie démonté.
Arrivés dans le deux-pièces de la rue Mouffetard, il nous a bien fallu nous rendre à l'évidence : plusieurs petites pièces manquaient. Nous avons rafistolé les angles avec un enduit brunâtre. Je tenais ce buffet de ma grand-tante Eugénie, une vieille femme qui perdait déjà la tête quand je suis née, et qui avait tenu à me l'offrir le jour de mes fiançailles. Ce n'est qu'une fois mariée que j'ai pu l'emporter, sans me rendre compte que des insectes avaient commencé à le dévorer de l'intérieur : termites, vrillettes et fourmis charpentières.
Les insectes étaient vivants encore, rue Mouffetard, et rongeaient l'enduit brunâtre. Tu me demandes ce que je rangeais dans ce buffet ? mais c'est comme aujourd'hui : des draps blancs, frais, brodés. Quand je n'étais qu'enfant encore, on m'avait fourni des palanquées de draps blancs et coûteux ; j'apprenais à broder sur ces draps. Les motifs qu'on m'enjoignait de broder n'étaient pas bien variés : fleurs et oiseaux régionaux, frises répétitives, et toujours les mêmes couleurs parce que c'étaient celles des fils qu'on trouvait alors dans le commerce : rose pâle, bleu pâle, vert pâle, jaune pâle.
Moi, j'étais une jeune fille, je ne dirais pas originale, mais un peu ardente. J'aurais aimé d'autres couleurs et d'autres motifs. J'avais quelques amies qui, comme moi, étaient un peu secrètes. Nous rêvions d'une sueur, de bleu de cobalt, de petites fleurs violettes. Mais toutes, nous avions ces mêmes parents qui nous achetaient ces mêmes draps blancs, ces mêmes mères qui nous apprenaient la broderie, et nous vivions, toutes, ces mêmes soirées trop longues...
Mais je m'égare. Tu me demandes d'où viennent les autres blessures du bois ? après la rue Mouffetard, nous avons déménagé rue des Martyrs : tu étais née, nous manquions d'espace. Cette fois-là, un peu moins pauvres, nous avions confié le buffet, les draps et les meubles à deux déménageurs italiens, un peu roublards, comme ils l'étaient tous à l'époque. Ils avaient profité du trajet pour livrer des pommes, de grosses pommes jaunes et sucrées, à un couple d'épiciers du bas de la rue. Les épiciers, en faisant rouler les cageots de fruits hors de la fourgonnette, ont tapé durement contre le bois.
Tu sais comme j'aimais les pommes. J'en achetais toute l'année, qu'elles soient mûres ou non. J'en cachais parfois quelques-unes entre les draps frais, et tu te souviens peut-être, de la tache brunâtre qui était apparue sur la nappe d'apparat ? c'était une reinette, oubliée là quelques mois de trop. Elle était petite, bien sûr, mais trop épaisse pour que les insectes en viennent à bout.
Mais je perds le fil, tu fais bien de me le rappeler. La troisième fois, nous avons quitté la grande ville. J'étais enceinte des jumeaux, nous étions un peu plus riches, je ne dirais pas enrichis, mais un peu plus riches. Les draps blancs n'étaient plus blancs ; déjà, je n'osais plus vraiment ouvrir le tiroir inférieur du buffet. C'est pour la vallée de Chevreuse que nous sommes partis, tu marchais en vacillant, j'étais bien lourde, et trois déménageurs ont tout mis dans un camion.
Tu t'étais hissée sur mes genoux et tu gigotais. Que s'est-il passé cette fois-là ? quand nous avons placé le buffet contre le mur de la maison, il était tel que tu le vois maintenant. Tu trottinais et je me souviens avoir fait un malaise. Il est passé inaperçu. Une longue rangée d'insectes traversait le carrelage rouge et se dirigeait vers le jardin ; tu les écrasais furieusement de ton petit talon.
Tu ne t'en souviens pas ? comme c'est curieux. Je peux te donner le buffet si tu en veux. Tu auras quelque chose en souvenir. Non, je n'ai plus ouvert ce tiroir inférieur. Je ne sais pas.
Textes de l'atelier d'écriture de Laura Vasquez semaine 3 de confinement.
1.
Tu es dans ta chambre. Tu regardes tes mains qui font un pont sous la couette et l'agitent ; tu as dissimulé tes pieds, ton visage et ton ventre, et tu remues très doucement. Le drap fait quelque chose en se plissant. Un bruit d'araignée, ou d'oiseau. C'est le bruit que font les draps quand tu les laves ; ils sont frais.
Le soleil te brûle la peau, puis te déforme le visage. Tu songes aux paysages. Tu songes au voisin d'en face qui, tous les soirs, porte le même pull bleu et la même chemise sombre par-dessus. Son visage ne se décrispe jamais, c'est la peur ou l'angoisse ou l'attente qui conditionnent sa venue.
Tu penses aux choses que l'on attend. Avant de t'enfermer, tu t'étais mise à marcher tous les jours, beaucoup ; les quartiers s'étaient, peu à peu, décloisonnés ; la carte des arrondissements avait perdu de son autorité. Ton pied traînait sur le goudron des routes, sur les passage-piétons, sur les chemins du parc des Buttes-Chaumont ou du square d'Anvers.
Tu partais à la recherche d'une image précise, perdue dans le recoin de tes pensées. Elle ne te coûtait rien. Précisément, c'était une pièce de quelques centimes que tu perdais sur le trottoir. Ou précisément, c'étaient les pattes fangeuses d'un chien, d'un chat, d'autre chose.
Tu partais de plus en plus loin dans la ville ; tu te demandais si la ville était un espace permis. Tu allais parfois jusqu'à la rue Daguerre que tu ne faisais que croiser ; ou tu piétinais le parvis de la cathédrale en travaux ; ou tu débouchais sur le Père-Lachaise, quelquefois sur le périphérique.
L'image que tu poursuivais, précise et clinquante, avait la forme exacte de ton itinéraire ; c'est là, dans ce point précis, que je t'ai rencontrée. J'ai pensé au drap que tu agites, au bruit de l'araignée sous la couette, à la forme de ton itinéraire et de tes bras.
2.
Hélène barbote dans l'eau de son thé, au chaud, bien chaude ; elle vide la tasse d'un coup, lape ce qu'il en reste dans le creux de ses mains puis profite un instant de cette odeur de menthe fraîche.
On a voulu lui prouver combien elle était petite et mal faite : on lui a déroulé des raisons qui auraient dû la heurter. Mais elle s'est tenue droite dans le réduit qu'elle habite, droite devant le tiroir au fond duquel elle range quelques boîtes – une, ronde et couverte de papier de soie rouge ; une tout cabossée, en aluminium ; une dorée et brillante, avec un fermoir chantourné ; une enfin en plastique vert, couverte d'une étiquette mi déchirée. Ce sont les boîtes dans lesquelles elle range le thé qu'on lui offre.
Ses amies, nombreuses, lui en offrent à intervalles réguliers. Sarah lui offre des thés achetés dans de grandes boutiques luxueuses ; Valentine lui mitonne des mélanges avec les herbes qu'elle ramasse ; Marie en déniche lors de ses voyages en vélo ; Rébecca la prend comme point d'arrivée de la filière qui va de sa grand-tante en transitant par sa mère et elle.
Les amies d'Hélène ne sont pour rien dans la litanie avilissante qu'elle subit parfois : petite taille, corps contrefait. Tu as les hanches trop larges, le nez légèrement tordu, la peau, ça n'est pas tout à fait ça, la coiffure non plus, ta mèche tombe mal. C'est comme ça. Hélène s'assied sur le bord de son lit, ravie. Rien ne la picote ou ne la dérange. Elle se laisse tomber en arrière, doucement, touche le matelas de son dos, s'y enfonce et enfonce les doigts dans ses côtes.
Elle entend la voix de sa mère, elle entend la voix de ses tantes, elle entend la voix de plusieurs femmes et elle chasse la voix de sa mère, elle chasse la voix de ses tantes ; c'est facile. C'est comme un ballon piqué par une aiguille. J'aurais dû t'écouter, soupire-t-elle, et je ne le fais pas.
Les grandes ronces.
La mer, déchaînée, jouait le jeu du vent.
Le phare, tu vois, allait se brisant.
J'ai froid. Au loin, les oiseaux – sur la grève –
Piquaient, puis se débattant, criaient,
Roulant d'entre les ronces.
J'étais froide. De grandes ronces légères s'enroulaient, les
Mouettes se jouaient du vent, le phare
Allait se brisant, les vagues...
Tu as peur. Le phare, démâté, allait se brisant,
Une peur, tu vois, ça tremble en jouant,
La vague, solide, riait sur ton flanc
Manger la neige.
Je suis née il y a longtemps.
C'était, dit-on, une époque différente. On y mangeait la neige. On y jouait avec d'étranges instruments en bois, dont le nom m'échappe.
Les adultes entendaient les pensées qu'enfants, nous pensions. Mon père, ma mère, m'entendaient penser de drôles de choses ; je pensais à la neige. Je pensais aux maisons qu'on construit dans la terre. Parfois, il me venait d'autres pensées : que nous ne méritions pas les forêts, les arbres, les oiseaux.
Pour cacher ces pensées-là, je jouais de l'instrument en bois. Son nom m'échappe dans le même temps que sa couleur, sa forme et les gestes que j'y associais. Bien sûr, je me souviens de la mélodie chétive que j'en tirais.
J'étais souveraine. Dans le bois, je marchais en jouant de cette flûte, et les oiseaux venaient. On ne m'entendait pas. Les maisons étaient creusées dans la terre par les hommes ; les femmes tiraient, du bois de la forêt, des instruments de musique.
Parfois, les pensées m'assaillaient à l'improviste. Mon père, que je n'aimais pas, pouvait les entendre. Alors je courais dans la forêt retrouver les oiseaux, tandis que les femmes tailladaient les branches.
Nous, les enfants, n'avions pas de tâche particulière ; nous devions simplement, une fois l'an, aider les adultes à récolter la neige. Nous la ramassions pour en faire de petits tas, que nous transportions ensuite dans les caves des maisons. Le reste du temps, nous étions libres d'aller et venir, jouer de la musique et paresser ensemble.
J'étais solitaire. Le son de mon instrument, lui, était faux.
Pourtant les oiseaux me suivaient, et je pensais des choses étranges. Que la forêt, les oiseaux, devaient connaître un langage que nous ne connaissions pas. Que nous étions les dépositaires d'un savoir maigre, ou que la neige pouvait fondre.
Il est une fois arrivé une chose terrible. Je pensais ces choses, et d'autres encore pires. Je n'ai pas entendu ma mère venir. L'arbre sous lequel j'étais accroupie présentait un beau bois, et ma mère est venue le prendre. Elle m'a entendue. Elle n'a rien dit.
Ma mère parlait peu. Elle me regardait peu. Elle est simplement partie avec son fagot de branches et son canif.
Je ne l'ai plus vue parce que je suis partie. J'ai traversé la forêt avec les oiseaux qui me suivaient. Ils ne m'ont pas appris leur langage, mais l'hiver venait et la neige s'est mise à tomber.
J'aurais dû mourir sous la neige, avec ma flûte comme seul bagage. J'ai eu froid et ne me suis plus souvenu du chemin pour rentrer.
De l'autre côté de la forêt, d'autres gens vivaient. Eux ne mangeaient pas la neige, ne sculptaient pas le bois et vivaient dans d'autres maisons que les nôtres. Ils m'ont retrouvée, m'ont nourrie et réchauffée. Je pensais des choses droites et bonnes : ces gens sont bons, il récoltent des fruits rouges et tuent les bêtes.
Ils m'ont appris un jour qu'ils n'entendaient pas mes pensées. Bien sûr, ça n'a rien changé de nos relations ; il y avait longtemps que je ne pensais plus de choses étranges.
Coupe diachronique du Forum d'écriture, dimanche 5 avril 2020, 21h30 – 4h30.
Texte écrit dans le cadre des ateliers d'écriture organisés par Laura Vasquez pendant le confinement, première semaine.
Voir sur son site
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Insectes ».
Criquet poste un poème ultra-objectiviste dans son topic « Insectes » : il y détaille les stridulations du grillon avant de les comparer à celles de la sauterelle ; le protocole d'écriture est simple, drôle et respectueux.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Poèmes d'osier ».
Mirobole se connecte une première fois ; elle a hésité avec deux autres de ses comptes, Janvier et Pâleur-du-rable. Elle poste un poème, le modifie, le supprime puis se déconnecte.
Choses peu sérieuses > Flood > Flood geek > « Horloge parlante».
C'est sous Pâleur-du-rable qu'elle revient ; elle poste une vidéo de chatons qui dansent sur l'Horloge parlante. On lui répond avec le smiley *louve*.
Choses peu sérieuses > Faux flood > Hobbies et passions > « Lectures à voix haute ».
Sur le topic des lectures, je vois le visage de mes ami·es figé dans une posture ingrate :
clouéE lit un texte de Cioran
Criquet lit un tetxe d'Akhmatova
pirate lit un texte d'Hildegarde von Bingen
Criquet lit un texte de Maupassant
Parsifal lit un texte de Sappho
clouéE porte un foulard bleu ; Criquet, des lunettes. pirate, très blonde, a mis sa nouvelle robe. Criquet, à nouveau, porte des lunettes, mais légèrement de travers. Parsifal est quant à elle entourée d'une vaste bibliothèque. On devine qu'elle possède beaucoup de livres de poésie.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Commentaires d'Insectes ».
Xx-Cosette-xX est venu troller : il poste trois messages identiques sur trois topics différents ; avant de partir, il commente un peu le dernier poème de Criquet. Il écrit : « *louve* *louve* *louve* ». Son avatar ouvre une gueule immense.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Présentation d'arachnea ».
arachnea est nouvelle. Elle se présente dans la section « Poésies ultra-lyrique et objectiviste » avant de lire le règlement intérieur. Elle n'a pas encore d'avatar.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Insectes ».
Se sont connectées à la même seconde Brunoe, Quoitesse et pirate ; elles écument d’abord les topics de flood avant d’aller lire le dernier poème de Criquet.
Chatbox.
Filet-mignon trafique le code source, de manière à ce que chaque nouvelle arrivée sur la chatbox s'accompagne d'un doucereux : « Les objectivistes sont des objets ». On lui tombe dessus.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Poèmes d'osier ».
SAPPHO lit le dernier poème de Pâleur-du-rable, « Tisser les brins ». Il déploie un réseau d'images et de significations ténues, dont la cohérence l'impressionne. Quand elle actualise la page, le poème a disparu.
Choses peu sérieuses > Faux flood > Discussions houleuses > « Les bons poèmes sont-ils heureux ? ».
Louz-louz et Qui-perd-gagne ont entrepris un dialogue de sourds sur un topic qu’ils monopolisent. L'un soutient une opinion que l'autre ne soutient pas. Par la suite, ils se réconcilient sur un malentendu.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Commentaires d'insectes ».
Criquet répond : « Merci de ta lecture ! » à Xx-Cosette-xX. Il se demande ce que *louve* peut bien vouloir dire.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Poèmes de la paille et du ballot ».
Corsaire, quant à elle, louvoie ; son IP discrète se promène sur le topic « Poèmes de la paille et du ballot ». Elle relit le poème « Poutre 31 » qu'elle a lu la veille, accompagné d'un bon vin. Elle songe ; son nouvel avatar est la clef d'un problème que louve_basse ne s'est pas posé.
Chatbox.
Sur la chatbox, Criquet recueille les suffrages. Son anecdote est reprise et amplifiée par Pâleur-du-rable, Quoitesse et louve_basse. On poste un smiley *louve*. Il se demande ce qu'on peut bien vouloir lui dire.
Choses peu sérieuses > Faux flood > Discussions houleuses > « L'utra-lyrisme pour les nul·les ».
La modératrice, Parsifal, accomplit son devoir avec quelque chose qui ressemble à de l'abnégation ; elle déplace le sujet « L'utra-lyrisme pour les nul·les » de la section « Flood geek » vers la section « Discussions houleuses », lit le dernier post de Janvier et s'apprête à lui répondre. Elle ouvre un livre de Reznikoff et un livre de Maulpoix, prend une inspiration et écrit quelque chose.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Mytilèneries ».
Une IP qui pointe sur Paris se connecte sous SAPPHO, le compte collectif, et poste un énième poème ultra-lyrique. Le poème s'appelle « 13 ans de bonheur ». Il contient 13 vers de 13 syllabes : les 12 premiers vers déploient les motifs de la nuit et du chagrin, le dernier celui des insectes.
Il est bientôt minuit. Les romanciers et les romancières sont parties dormir.
Les poètes écrivent et postent des poèmes ultra-lyriques et / ou ultra-objectivistes.
Les poétesses font la même chose ; elles mettent du cœur à l'ouvrage.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Pirateries d'eau douce ».
Brunoe, Quoitesse et pirate postent chacune un poème dans leur topic collectif « Pirateries d'eau douce ». Brunoe déploie le motif du clou, Quoitesse celui du coffre et pirate, les deux. L'une poste son poème à minuit deux, la suivante à minuit cinq, la dernière à minuit neuf.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Attention, voilà les insectes ».
Louz-louz écrit et poste un pastiche du dernier poème de Criquet.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Insectes ».
Criquet écrit et poste un pastiche du dernier poème de Louz-louz.
Louz-louz est le double-compte de Criquet. Criquet possède cinquante-deux comptes.
On peut les dénombrer : Louz-louz, Lyrique!, Pasifaea, Jean de Bonneuil, Cigale, Stridulations, clovis, pot-pourri, pot-au-feu, Objectiviste!, limaille/d'/acier, ---7---, Barricades, très-réservée, très-séduisante, très-haut, très-basse, *louve*, prizunik, SuperKafka et trente-et-un autres comptes dont il a oublié les mots de passe.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Insectes ».
pirate décide, après avoir lu « Stridulations », d'en faire une lecture. Elle allume sa webcam, se dévisage, décide d'enfiler une autre robe.
Chatbox.
Brunoe s'engage à réparer le code source, ouvre un onglet, deux onglets, trois onglets, sur des tutoriels auxquels elle ne comprend rien.
Il est une heure et demie.
Choses peu sérieuses > Faux flood > Discussions houleuses > « L'utra-lyrisme pour les nul·les ».
Maulpoix, Reznikoff, Pinson et Tarkos gisent ouverts sur le bureau de Parsifal ; elle a décidé de relire l'ensemble du topic. Le premier message en avait été posté par très-basse en 2007, à une époque où personne, sur le Forum, n'avait ouvert un livre de Reznikoff.
Chatbox.
Quand Criquet se connecte sur la chatbox, un doucereux « Les lyriques sont des instruments déréglés » se déclenche.
Choses peu sérieuses > Faux flood > Hobbies et passions > « Lectures à voix haute ».
Quoitesse regarde la dernière vidéo postée. pirate, très blonde, y stridule à la manière d'une sauterelle ou d'un criquet.
A trois heures, il ne reste sur le Forum que Parsifal, Sarabande et clouéE.
A quatre heures trente, clouéE.
Écritures > Poésies ultra-lyrique et objectiviste > Poésie et commentaires > « Insectes ».
clouéE ne poste rien, mais lit le dernier poème de Criquet.
Elle pense aux protocoles d'écriture et à la poésie comme à une chose vague et générale.
Le grand châtaignier.
J'ai ma voix. J'ai mon cœur sur ma voix.
J'ai ce travail depuis des lustres, à faire.
Qu'on me pose sur une branche, avec
ma voix, je la secoue.
Et sous le grand châtaignier, dans le parc, je
marche sur les racines, ça tire.
Je secoue, toutes les bogues tombent,
avec ma voix, ça revient.
Depuis qu'on m'a fermé le parc, j'espère
avec ma voix, ce travail.
J'ai ma voix dans le cœur, qui me tire
et gémit.
Prédiction de Pythie.
A voir sur le fil originel, http://jeunesecrivains.superforum.fr/t54242-l-oracle-predictions-poetiques-gratuites#1065873, où c'est la Pythie qui répond à la question d'Aomphalos.
Si je pose – et je pose, étant mon propre fondement – qu'il existe une île,
un lieu, dans une ville, où vont trois fois le vent, où vont les nuages,
Si je pose, enfin, qu'existent en ce vent, en cette île, trois fois le nuage –
Si je pose tout cela, et je pose, étant mon fondement. Il se peut qu'on
Ajoute – et pour cela nous connaissons la loi – une donnée, insaisi-
ssable, imprévisible, une donnée de hasard – mais qu'ont à faire
Des données de hasard dans l'équation ? si je pose tout cela, et me pose
comme ralentie, sur le bord des toits, ouaiche, Pythie ou moi, Aompha-
los trouvera-t-il l'Amour – comme une eau fraîche, comme un vent sûr ?
Si j'intègre à l'équation quelques données, non hasardeuses, mais presque,
L'est et l'ouest, le RER A, une marche dans le parc, une nuée d'oiseaux ble-
us et presque, oui, j'en suis le fondement, presque un chiffre gravé dans l'
Eau ? on jette dans les flaques des présages, on retourne des seaux, les jard-
iniers vont en brouettes, vous éclaboussent dans la travée. Oui, je crois que
Ce n'est plus une donnée, si tu crois en mon oracle, il faut se promener dans
Les parcs. Monceau, mais surtout, les Buttes, Aomphalos tu iras, et tu poser-
as cela : une donnée, un chiffre, gravé dans les bois ; un pont parcouru à
Deux ou à trois. On saute, on retourne la terre, on grave des prières, bien
Sûr les oiseaux s'en vont en nuées, reviennent, trois fois, deux fois dans la
Buée. Si je pose, et je pose, étant le fondement, qu'une fois dans la brouette
Le jardinier, ira se reposant, que tu le pousseras – mais ne le pousses pas
Trop fort, il dort – n'oublie pas de graver, de prier, de dormir un peu mais pas
Trop, pas trop fort ; tu poseras une donnée, deux données de hasard, dans le
Bois des forêts. Puis que j'ajoute cette donnée, gravée, dans les nuages : un
Chiffre de hasard, lancé aux dés, une chenille avancée dans tes cheveux, dou-
cement – ne la chasse pas, et dors – ne parle pas trop fort –Aomphalos, oui
Je crois – j'en suis le fondement – qu'on respecte les augures si l'on va dans
Les parcs. N'oublie pas d'intégrer à l'équation les Buttes Chaumont, l'espoir,
Un arbre dans la forêt, une chenille et les brouettes. Additionne tout cela et
Tu ne pourras plus dire au hasard : tais-toi !
La Pythie est nulle en maths, en équations, en théorèmes, mais elle intègre
– elle en est le fondement – aux données de hasard de nombreux et joyeux
Présages. Les chiffres sont gravés dans les nuages.
Oiselet.
Quand je dors, je ne pense pas.
Tu roules une hirondelle contre mon corps.
Son duvet, c'est quelque chose comme une pensée.
Tu es un oiselet.
Et quand je dors, je pense à toi. Tu es mon enfant.
Il te reste à naître. Et tu roules, délicate,
Sur le dos des meubles.
Ton corps est moite.
Quand je pense à Dieu, c'est doux, ça reste contre le
Cœur. Tu touches une hirondelle. C'est le mois
De mars, viens tout contre
Ma poitrine.
Et quand je dors, tu roules le long des meubles.
Ça passe doucement et ça se casse contre
La glace. Tu es bleue.
Viens, tout contre mon cœur, je vais te réchauffer.
Il te reste à naître. De longs mois ont passé
Ta poitrine palpite,
