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Articles récents

Poème à une amie.

11 Mars 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Le moment me semble venu pour t'écrire un poème – ou te dire que je t'aime ce qui, au fond, revient au même.

Le moment est simple, c'est peut-être pour ça qu'il est bon. 

Je vais te l'expliquer (même si, à trop parler de moi, je crains que tu ne te reconnaisses pas où que, gênée, tu ne l'oses pas tout à fait). Je suis sur un banc, un souffle d'air traverse le même espace que moi. J'ai déjà vécu des moments semblables : même douceur, même vent, même timide lumière d'un printemps qui ne commence pas. Par le passé, j'étais amoureuse sans retour. La silhouette de la personne aimée traversait sans fin la même place, et me faisait trembler / défaillir.

Aujourd'hui, évidemment, c'est tout à fait différent. Je suis amoureuse et heureuse, ma vie est plus facile. Je n'ai plus 16 ans, mon âge perclus de doutes.

Donc ce moment a une densité différente. Je peux penser à toi.

Tu es mon amie depuis quelques années. Souvent, je prends le train pour te voir (ou tu prends le train pour me voir, ce qui revient au même). 

J'aime ta ville, et j'aime tes appartements. Ils te ressemblent, et disant cela j'énonce une banalité. C'est que je ne sais pas quoi dire. On pénètre dans tes appartements comme dans de petites chapelles de montagne. Les autels y voisinent ton odeur, les cierges et le recueillement.

Je peux penser à toi, souvent, et ressentir des émotions différentes. Mais ces pensées sont muettes, et j'éprouve, en tentant de t'écrire un poème, leur perfection. 

Je suis déconcentrée, dans l'écriture de ce poème, par des éléments qui me font violence : adolescentes qui passent et parlent fort, homme qui vient s'asseoir sur le banc que j'occupe et dont le corps me distrait. Tu vois ?

Peut-on croire qu'un moment ne sera troublé par rien ? Que le vent très doux, le soleil timide et les émotions suffiront à le garantir contre la violence du monde ?

Que penser à une amie qu'on aime, et le lui dire, est simple ?

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La plaie qui chante.

4 Mars 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Géants et haches déposées
Les talus les fourrés les forêts
Mais que sais-tu d'un lourd été
D'un corps pris au collet, jamais

Des javelots par centaines, lancés
Qui traversaient puis déchiraient,
Avec conscience et lentement, l'été.
Les haches les couteaux les centaines

La douleur la douleur la douleur. L'été
Le corps trop déchiré, la vie rêvée des
Sirènes et des femmes-fées, une hache
Un poignard qu'on affutait.

Dire très fort une chose qu'on pense.

3 Mars 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Le monde est trop divers et trop vaste
Comment vous pensez ?

1. J'ai pris la petite entrée, la commode
Celle où les oiseaux chantent tout le jour, 
Où les amant-es font l'amour, leur rôle.

2. Je prends la voie des scintillantes,
chamarrée et complexe, où tout l'esprit,
Comme une bulle charmante, explose
Et ne pèse rien. 

3.                         Je prendrai, sûrement,
La voie lourde de la science. Chemin clair,
Leibniz, aux beaux systèmes ma robe noire.

Akerman, Dickinson, on pense trop et vite.
Femmes, vous êtes idiotes et incapables :
Choisir entre toutes les voies, c'est d'un pas 
Sûr prendre la bonne.

Mais à 25 ans, être si peu, si peu sûre ?

Dame souris trotte.

1 Mars 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Dans l'amour, je connais une hâte. Elle trotte, 
et trotte, aussi vite que font les souris.

Dans le vent, je connais le chant de la feuille :
elle murmure et palpite le nom de l'Amour.

Dans mon cœur, j'ai vu l'elfe ou le lutin
ramper dans les alvéoles, et attendre.

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Les grands bois.

28 Février 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Nul-le n'est censé-e ignorer
les grands bois.
Le vent qui les traverse,
gémit avec beaucoup de tendresse.

 

Le géant à la hache vermeille
s'y promène tous les soirs,
tremblant dans les violettes,
baigné par les coucous.

 

La métaphore irrigue
jusqu'aux branches les plus
frêles. De la boue, de la terre,
des cailloux, complètent le tableau.

 

Le mollet écorché d'une fée
traverse les grands bois,
claudiquant : nul n'est censé 
ignorer les grands bois.

Le passé, la jeunesse.

8 Février 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

J’aurais pu plaider ma cause, en robe d’été
Sans manches sous le vent et dans la nuit
Glacée, les grêlons sur mon ventre auraient été

Doux, lents 
et sacrés

J’aurais dû te parler de ma jeunesse et de ma
Violence, de toutes ces années passées dans une
Solitude vaste et glacée, l’épaule nue et la parole

Lente et
lourde

J’aurais cru te blesser si tu écoutais, mon torse nu
Et mes tétons glacés, cette longue parole des années
Passées, cette lourde souvenance d’une jeunesse
Glacée, au pied d'une montagne

Sourde et
gâchée

Double Hélène.

29 Janvier 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Courage pour tout ce qui nous fit souffrir
Pour tout ce que nous fûmes et qui survit
Dont la vie lente a fait son fruit, son miel
Pour un vallon gorgé de rêves et de cassis.

Courage pour la cascade où la sirène
Tresse ou taquine avec sa main les alluvions 
Pour le rivage où bruissent les cantilènes
Et la cascade d'où tu reviens, dans le vallon.

Courage ma belle ma double Hélène
Pour ta grâce, pour ton obstination
Ils sont trop purs ceux qui jamais ne tremblent
Au spectacle de la lune dans le petit vallon.

Courage ma double Hélène
Et si j'ai parfois un peu de peine
Pour tout ce que tu vis, ta peur
Et ton angoisse terrée là si profond,

C'est que je viens d'où nous venons.
 

Les villes sont des planètes.

21 Janvier 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Beaucoup auraient aimé
tout déchirer, t'entendre hurler
cela qui fait trembler, par pitié

aux pieds des potences et sur la place
publique, tous allongés, prêts à crier
déjà souillés, tout pleins de merde

aussi digne et grand-e tu aies été
prêt-e à plier, genou à terre, oh par pitié
Seigneur et maître, les grands bûchers

les villes du Moyen-Age sont des planètes
dont les orbites feraient plier, tout accuser
mais par pitié, des cieux jonchés

et les grandes jacinthes blanches
Seigneurs et maîtres, inféodés,
loi du marché, livres et livrés

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Le vol des papillons.

14 Janvier 2018 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je n'ai pas l'impression que j'existe. 
Si tu me prends, doucement, par le bras
et tu secoues ; ma chair se délite.

Ce que font les papillons dans le ciel
n'a aucune importance. Les dégâts
qu'ils causent, tu les vois ?

Dans le fruit, le ver ronge, et dans 
la pomme, le ver creuse, et dans la vie,
le ver passe. Tu me dis tant de choses.

Que je t'impressionne. La main sur mon bras,
mais tu ne sens pas ? que la chair est creuse.
Rien qu'au vol des papillons,

D'autres chambres.

19 Décembre 2017 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je fais feu de tout bois
Même le bois vermoulu celui qui
ne brûle pas est un combustible
pour moi.

Je n’ai pas de cheminée pourtant
pas de poêle, pas d’âtre, ma maison
est bâtie selon un modèle qui ne vous plairait
pas. Vous y êtes entré –
et votre corps semblait si froid…

J’ai fait feu pour vous, d’un bois précieux
et, tandis que votre peau retrouvait son lustre, 
son éclat, 
vous m’interrogeâtes. Cette grande chaleur
n’interférait pas dans notre discussion, 
mais la vivifiait.


18 minutes ont passé comme une heure pleine.
C'est à cela, dites-vous, qu'on reconnait les sirènes
Dans le grand bois qui court, elles vont cacher leurs peines.

Tes mains, tes doigts brûlent.

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