Que puis-je.
les jours passent
si tu éclates
je peux le voir
Que puis-je faire
parce que tout passe
rien ne s'arrête, la course est
folle, jamais l'ennui
Que puis-je faire
quand je te vois,
le cœur est pris, le piège fermé
est-ce trop tard, ou bien trop tôt
Que puis-je faire, mon rythme est lourd
la nuit tombée, je ne lis pas
et je te vois,
perdu en toi,
que puis-je faire
L'amour et les commentaires qu'on en fait.
Tout se passe de commentaire.
Ta main posée dans mes cheveux. Tes lèvres sur mon téton.
Ton genou entravant le mien. Ton haleine, tous les matins.
La première fois que tu m'as vue, tu m'as serrée contre ton cœur.
La deuxième fois, tu m'as embrassée, puis pénétrée.
La troisième n'est pas déterminante, tu avais mal.
Toutes les autres ne peuvent être résumées. Ni contées.
Ni décrites. Elles sont traversées
D'images, et ne signifient rien dans le poème.
Ce que je veux palpite
Contre mon corps
C'est léger
Ce n'est rien
Mon ventre.
Mon ventre est soulevé
puis s'apaise il
est comme arraché.
Mon ventre est doux et net
toutes les intrusions
tout le poids des insectes ;
Ma peau est parcourue
par des milliers d'intrus.
Sous mon nombril pèse une goutte.
Voilée par la n-ième fourmi.
Mon Dieu.
La force.
Je pourrais écrire jusqu’à dans mille ans, si c’était utile
Si l'on me demandait, par exemple, d’utiliser tous les mots
Qui dans le dictionnaire commencent par la lettre X ;
Si ça pouvait aider. Je pourrais
Demain, sauter dans le ravin
Qui jouxte l’école. Si c'était utile, et je pourrais
Inonder, par la force de mes larmes et de ma colère,
La piscine municipale, petit bassin compris.
Rien ne me serait plus facile.
Vraiment rien,
Sappho.
Dans les flammes les villes brûlent
et nos corps brûlent
et nos seins, nos fesses, nos cous brûlent
Et tout ce qui fit sens et se délit-
-a brûle. Dans les flammes des bûchers
nos formes rondes et délicieuses
nos longs cous tendus, brûlent.
Dans les villes attroupées, dans les flammes du bûcher,
nous brûlons depuis des années. Nous y sommes habituées.
Dans les livres nombreux, dans les noms les années
tout brûle. Nous brûlons.
Les violettes.
On ne devise pas
avec les violettes.
Dans le jardin, vous buvez le thé.
Vous soulevez vos chapeaux, vos capelines
Regardez passer les hirondelles.
Je me souviens des jardins d'autrefois.
On s'assoit sous les tonnelles.
Une grande femme rit
Ou pleure.
Les violettes sont plantées de part et d'autre de la mare.
Ici l'assemblée est réunie.
On boit de la limonade.
On boit de la bière fraîche.
On parle.
On ne parle pas.
Le vent passe, repasse.
Je suis figée.
Le train.
Je ne suis pas sûre de pouvoir raconter une histoire.
Dans le train roulant vers Paris, j'ai rencontré un homme.
Cet homme m'a offert un café qui a brûlé mes lèvres.
Il a préféré boire deux bières, deux bières tandis que je regardais
A travers les vitres, la pluie, le vent, la nuit qui tombait.
Il a parlé de sa maison, des murs couverts de tableaux,
Eux-mêmes couverts de toile pour que la lumière ne les
Abîme pas. J'imagine très bien cette maison puisque le thème
Du concours de poésie me porte, me soulève même vers son
Image : "mosaïques", autant de tableaux couverts donc
Anonymes, tous semblant les mêmes. Quelle drôle de maison !
Lorsque nous rencontrons des inconnus dans le train ils se mêlent
De nous connaître, et jouent les analystes. Je buvais mon café
Puisqu'il a bien fallu qu'il refroidisse, et cet homme parlait de moi
Mieux sans doute que ne le feraient par la suite ceux qui se
Mêleraient de parler de moi. Violence, tendresse et détermination
Le froid, la neige, et la solidité. Dans ce portrait partiel je me
Suis reconnue d'autant plus volontiers que cet homme ne m'était
Rien, tandis qu'il finissait sa seconde bière. Les murs couverts
De tableaux couverts de toile sont un motif, une image,
Que je ne peux m'empêcher d'associer, le temps d'un poème,
A cet homme.
Je ne suis.
Je ne suis réductible
ni à la somme des oppressions que je subis
ni à la douleur qui serpente
ni au nombre et à la densité de connexions neuronales installées en moi
ni à l'escargot enroulé depuis ce jour de février 1993
ni à la somme des souvenirs et des sensations qui composent un arrière-plan particulier
ni à l'enveloppe fermée, ronde et douce de mon corps, et à son terminal chevelu
ni aux conditions sociales qui m'ont vue naître et qui m'ont accompagnée
ni à mon numéro de sécurité sociale (mais ça, personne ne l'aurait affirmé bien sérieusement)
ni à toutes les marques d'amour, de tendresse et de répulsion qui m'ont été témoignées et que j'ai pu témoigner, symétriquement ou non
ni à cette image mentale, tantôt évanescente, tantôt stable, qui est fixée en toi, mon amour
ni à la voix qui habite ce que je crois être mon cerveau et que j'appelle ma pensée, et qui le plus souvent nasille
ni à ce que je possède et ai possédé : inventaire d'objets, majoritairement livres et vêtements
ni aux textes que j'écris (mémoires, poèmes, courriers administratifs, mails amicaux, SMS, contributions à des débats, préparations de cours)
ni à mon profil Facebook, pas plus qu'à mon vieux Skyblog ou à mon adresse de messagerie qui contient un -y
ni à ma masse cellulaire, divisible en électrons et en neutrons, et en quantités que je connais mal
ni à la bataille sombre et secrète qui oppose mon conscient, mon ça et mon inconscient, blocs psychanalytiques passés de mode
ni à l'impact que mes actes ont pu avoir sur le monde (pleurs, joie, surprise, indifférence souvent)
ni aux cours que je donne à mes élèves, aux notes que je leur attribue, aux appréciations que j'inscris sur leur bulletin
ni à l'énorme somme de mes connaissances, et à la somme plus colossale encore de mes inconnaissances
ni à tous les diplômes que je possède, assortis des mentions que j'ai obtenues et de mon grade universitaire
ni à mes renoncements, à mes choix, au chemin délibéré que je parcours
ni à mes avatars sur des forums numériques : Pasiphae, fifty pazi et Miettes
ni à tous les livres que j'ai lus, et que j'ai soigneusement notés sur Senscritique ; même chose pour les films, les BDs
Les grands cubes.
Tout
finira
par
se
remplir.
Les grands cubes occupent un espace
Que je peux définir si je maîtrise les outils
Afférents. Mais la voix me manque.
Un mulot s'est réfugié entre
Les arêtes, et fouit doucement la terre.
Le ciel vous donne la nausée.
Il faut beaucoup de douceur et de
Fermeté pour apprendre à
Compter.
Les mulots ont l'habitude de courir
Sur cette plaine. Ils occupent un espace limité
Et ne font pas de bruit. Ils sont surtout
Petits et doux. Petits et très doux.
La chaux.
La chaux recouvre mon cœur
Un glouglou est le fruit, le résultat
De cette chaux vive et lourde
Que d'autres déblaient avec joie
Ce qui reste de chaux vive et lourde
Et de leurs mains soulèvent, avec lenteur
Gravats, cailloux, brindilles, craie
Vous êtes formés par le devoir.
Ayez de l'amour l'idée la plus juste
Craignez que la chaux, ne criez
Qu'après ces lents gravats, cet effort
Pour soulever, avec lenteur la chaux
Vive et lourde c'est le résultat
De tant d'années d'ardeur
Vous êtes ensevelis, je crois
Au fond de votre cœur.