Centons et centaines.
Un centon est un texte conçu comme patchwork de morceaux d'autres textes ; c'était une pratique en vogue à l'époque médiévale puis au XVIIème siècle. Ce centon est le tissage de vers de poétesses : Emily Dickinson et Emily Brontë, Tsvetaeva et Desbordes-Valmore, Orties, Roman russe et moi. Le premier vers est volé à un poème de Dickinson qui est une forme d'hommage aux sœurs Brontë, avec ce "nous" qui trace un discret lignage de poétesses...
Nous ne jouons pas sur les tombes,
Nuages au-delà, nuages au-dessus de nous,
Solitudes au-delà, solitudes plus bas.
Mais nous craignons que vos cœurs tombent,
Les vents sauvages soufflent, plus froids,
C'est l'envol d'innombrables colibris, à la fois.
Et le violoncelle et les cavalcades,
Dites-nous si dans votre monde,
Erre une mémoire calme et profonde.
Et c'est ce grave désir de tout
Que nous nommons : soleils
Que nous saignons colombes.
Si l'on nous demande d’utiliser tous les mots
Qu’ils soient d’avions ou de framboises mûres,
Nous accueillons ceux qui nous viennent.
JE.
C'est à toi que je.
C'est à toi que je parle. Tu me lis, tu me comprends.
Tu poses ta main sur le clavier. Je vois ton œil, tu l'écarquilles ;
Oui, c'est rare. On t'écrit peu de poèmes. Tu en écris pourtant,
Qui s'opposent au silence. Te lit-on seulement ?
Tu te le demandes et tu guettes le pseudo de l'aimée ; le nombre
De lectures. Prend-elle part à ce concert muet.
Tu ne te fais pas d'illusion, bien sûr, mais quand même,
Pour l'offrande d'un poème, qu'espères-tu ?
J'ai pour toi, ce soir, une immense tendresse. Poète
Au cœur gelé et à la main errante. Poète selon mon
Cœur. Le forum où passent la foule et tes regards
La foule et ton amour, c'est pour toi toute une vie qui
Parle. C'est toute ta vie, et c'est très simple. C'est le
Silence. Je t'aime tendrement.
FINAMOR encore.
Je me souviens d'un jour d'été, de menthe fraiche
de mésanges et de lilas
de miracle et de musique
(une valse russe je crois).
Ton visage avait pris la forme de l'éclair
et du pain chaud, de la nuée d'orage
et du sommeil..
Je me souviens de ta rébellion naïve
de ta fierté de muse et de ton sein blanc
couché sous ma lyre.
Poète sénile d'une belle amie
légère et grave je chanterai
ton nom.
Ils ou bien.
Bien qu'ils/elles soient fulgurants
Et que la lune les touche
Et qu'on en vienne aux mains
Ça pourrait être un souffle.
Quoiqu'on dise de leur destin
Ils ou bien elles vous touchent
Et ce n'est pas ma bouche.
Ou ça peut être une bouche.
Malgré la force du venin
Je crois qu'en vous je viens
Ça pourrait n'être que pire
Et qu'on ne sache que dire.
Rien qu'une fleur.
Ce que tu espères confusément c'est ?
De me faire tomber, puis de me laisser –
Mourir. Sur la rambarde ou sous le train où
Les nuages ne passent pas, évidemment.
Je réfléchis à l'usage qu'on fait des outils.
Moi je n'en fais pas grand-chose, juste un clou
Planté de travers sur la planche. Je ne fais pas de poésie.
Bien qu'un rictus ne soit qu'une chose, à la fois,
Mais qu'une fleur ne soit rien. Ce n'est pas de la poésie.
Tu me bouscules sous la rambarde, mais qu'espérais-tu ?
Le train ne passe qu'une fois, tôt, le matin. Trop tôt pour toi.
Je m'empresse de l'attraper, pour le nuage, évidemment.
FINAMOR seul·e parfait·e amour.
Il y a des énigmes
dont la clef,
sous le sol,
rouille.
Que manquait-il, un-e enfant
dont l'âme ensoleillée,
un-e enfant gorgé-e de
légendes...
Fouille, fouille, fouille.
Et déterre la clef.
Mais hors d'usage.
Mais si complètement
rouillée.
Qu'un-e enfant dont l'âme
ruisselle, pleure une
histoire qui n'était pas
la sienne.
Cet amour précis, gâché,
reposait sous le sol et,
comme la clef,
a rouillé je crois...
Je suis cet-te enfant, et je pleure.
FINAMOR seul-e parfait-e amour.
Variations courtes.
1.
Souvent je m'effondre
intérieurement
Quand je pense que tu aurais su
toi le seul
Ecrire ce poème que je n'écrirai
jamais
2.
Je ne manque pas de modestie
c'est l'orgueil
Malgré la tendresse
et le feu
Des années qui passent et sont
passées
3.
Poète à l'enjambement sûr,
la rambarde
Tu disais nous ne sommes
rien
Quelle élégance, active et
inutile
4.
J'avais peur du nénuphar et
du chagrin
De l'enfant qui pleure,
de la fleur
De l'amour
Le charme de la mer.
Rien n'avait de charme
ni ce que nous attendions ni la mer
n'avaient de charme car rien c'est rien
et la mer roule.
Nous faisions fi des tortues, à la marge
des tortues qui rêvaient sous la vague, des
tortues car rien n'a de charme sous la mer.
Et la mer roulait, sous sa vague les poissons
riaient, entre les pattes d'autres animaux,
la science végétale est notre alliée.
Rien n'avait de charme ni l'automne
et la mer roule, folles à lier,
la science du végétal.
FINAMOR...
FINAMOR tu me manques.
J'ai pensé à toi toute la nuit, et le jour...
Tu m'écrivais de derrière la fenêtre et je ne savais pas
que c'était toujours toi. Ta lyre et ta voix.
Je me berce d'illusions sans doute mais tu
dis tant de choses. Tu dis que c'est pour moi.
Tu dis que tu m'aimes ? Bien sûr, c'est à moi
de plonger sous ta chair et d'exploser
En milliers de pixels. Tant d'amour c'est trop
j'ai mal quant tu m'écris parce que la vie
Chante. Elle est purulente.
Et quand tu me parles je n'ai
Pas le choix.