Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Articles récents

Praline et les arbres.

2 Janvier 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Moi je sors les pieds de sous le hamac et je ne vois que des petites peaux mortes qui ne veulent pas tomber ah mais les coquines. Je les arrache à la spatule mais quelqu'un a volé la spatule et la punition, c'est que personne ne veut la remplacer. J'aurais aimé mais les sous me manquent, on dirait qu'ils tombent de la poche comme les billes qui roulent sous les caniveaux et se perdent comme ça dans l'eau.

Hier je suis arrivée ici, dans ce coin gris, mais personne n'a voulu le voir. Les yeux bandés, les corps crevassés, moi je n'aime pas quand ça pue le monde. Je veux juste d'autres sous, des sous fins qui ne roulent pas, des billets verts froissés peut-être mais je m'en fous. Il paraît qu'avec on peut rentrer dans les petites maisons et acheter une spatule, en bois et parfois en fer, quand ils ont du stock qui vient de loin.

Alors des hommes un peu gros m'ont dit que les sous c'était facile quand on était moi, que eux avaient plus de mal, ah qu'est-ce qu'ils m'enviaient. Il m'ont dit il faut juste que tu fasses comme on te dit et que tu n'ouvres pas trop ta bouche, idiote ta bouche.

Je pensais moi que c'était compliqué, parce que les sous très fins sont compliqués, la preuve on n'en trouve jamais dans les flaques d'eau, mais non. Des gens venaient, parfois seuls et d'autres à quatre, des femmes poilues et quelques unijambistes, je ne sais plus si ce mot existe, et donc ces gens ils me disaient de faire des choses jamais très compliquées, ils me touchaient de partout. Parfois je riais parce que je supporte mal les chatouilles, juste je me rappelle que ça faisait un peu de la douleur entre les jambes, mais je ne suis pas douillette.

Maman elle me disait qu'il fallait souffrir pour être belle, c'est pour ça que je ne suis pas douillette, j'ai toujours aimé les gens qui disent, ah que tu es jolie Praline, qu'est-ce qu'elle est mignonne, et ses cheveux! C'est comme ça que j'ai eu des sous, c'était tellement facile que quand les hommes gros m'ont glissés trois billets fins dans la main j'ai cru à une plaisanterie, alors j'ai voulu filer aux petites maisons qui vendent les spatules en bois, parfois en fer.

Le problème, mais c'est sûrement de ma faute si j'avais tout compris en travers, c'est qu'ils m'ont rattrapée par le bras, hep hep et là. Je leur ai dit, les petites peaux mortes et tout, mais il en va des excuses comme des patates belges. Sauf peut-être que se peler les bras ce n'est pas esthétique m'a dit un jour Acétone. Acétone je ne vous en ai pas parlé, c'est la fille qui est à côté de moi dans la chambre, elle a des beaux bras ronds et noirs. Elle me laisse les mordiller le soir, parce que Acétone est charmante, alors on se rend des services comme ça.

Je lui ai demandé pour la spatule, pourquoi je pouvais pas filer, les petites maisons qui en ont ne sont pas loin, mais Acétone secouait ses cheveux roux, elle me disait que non, ici, on ne partait plus que quand les bras devenaient plats. Alors j'étais triste et je lui pleurais sous la poitrine, ça mouillait toute sa robe, tous ses pieds tristes comme moi.

J'ai laissé filer quelques secondes et quand même je suis partie. Dans le noir c'est mieux, ils n'y voient pas plus qu'une étincelle, alors du feu... Mais les petites maisons avaient des volets fermés qui ressemblaient comme à des yeux cruels, alors je me suis perdue sur un chemin, la campagne est grande et les arbres aussi.

Publicité

Tryptique asensuel 3/3 (Julie, portrait lent)

3 Décembre 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Des cailloux ramassés sur les routes remplissent les poches de Julie. Elle aime mieux ceux qui roulent sous les doigts, sans creux ni bosses. Quoi que les creux lui donnent une sensation étrange, elle se sent drôle quand son index en rencontre un.

Un jour, elle est partie tôt le matin pour capter l'aube. Mais l'aube intimidée n'a pas voulu se lever, cachée derrière deux montagnes elle observe Julie qui le nez en l'air cherche des lucioles. Celles-ci, un petit peu décalées par la timidité des rayons de soleil, sautillent sous des branches d'arbre fourchues.

Dans ces moments indécis, Julie préfère s'asseoir sur quelques ronces détrempées. La jupe s'accroche et des fils déchirés s'enfilent aux mains curieuses des ronces. Un livre à la main, quelques pages feuilletées dans le noir, c'est inutile.

Autrefois Julie venait s'asseoir au même endroit, mais autrefois les ronces n'avaient pas envahi la campagne, l'aube acceptait de soulever ses petits rayons et les canards jouaient sur la mare. Elle lisait, toujours des mots qui disaient beaucoup de choses sur le monde. Mais au fond, ces mots revenaient au même, ils parlaient d'humains et de pensées, de fleurs fanées.

Puis sont arrivés les jours mornes, cela a fait comme une révolution dans l'air, surtout dans les odeurs de l'air a noté Julie. Elle n'en veut pas beaucoup aux abeilles qui ne butinent plus, elle se doute que butiner ne devait pas être follement joyeux. C'est à ses mains qu'elle reproche tous les tons de gris.

Un ongle s'est cassé, il a révélé des sillons de peau noire en-dessous. Puis le deuxième ongle s'est accroché à l'embrasure d'une porte. Comme un craquement qui ne veut pas faire autre chose. Que de craquer. Les autres sont tombés en poussière. Julie en a retrouvé sous sa taie d'oreiller, dans les cheveux de ses frères, sur sa peau rose et humide. Quand les ongles ont eu fini de tomber, ses mains ressemblaient à celles d'un vieil homme mort.

Elle n'avait jamais touché de mauvaises choses, pourtant. Juste les choses douces et brillantes. Une histoire sans creux ni bosses que celle de Julie.
Dans les livres, les personnages meurent punis par les éclairs, ou sous le coup d'une longue agonie. Les larmes sont versées, et jamais Julie n'oublie totalement ces petites fins tristes. Mais elle n'arrive pas à mourir depuis que ses mains sont noires. L'aube ne s'est plus levée depuis des siècles.

Tryptique asensuel 2/3 (Amélie, portrait vif)

2 Décembre 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Elle voulait qu'on ne lui jette qu'une rose. Au singulier c'est plus fleuri. Alors, elle rentrait la tête sous sa capuche et se tartinait de rouge, les lèvres autant que les ongles.

Ses pieds la faisaient courir un peu de partout, son sac en bandoulière bringuebalant sur ses côtes d'écolière. Amélie, comme dans la chanson. Les chansons, elle ne les avait jamais entendues, mais ses doigts posés sur le vieux tourne-disque lui apprenaient les circonvolutions de la musique. Il devait bien y avoir quelque part un artiste qui un jour aimait une Amélie, qui un jour lui aurait dédié ne serait-ce que quelques mots!

En tous cas. Amélie ne savait pas son prénom. Il était quelques bâtonnets posés sur une mince feuille grise, quand elle rentrait dans les endroits qui grouillent de gens aux grandes oreilles.Ca ne l'empêchait pas de beaucoup l'aimer. De l'écrire en minuscule ratatinées, en boucles très anglaises, en traits secs qu'elle arrosait de parfum. Son père lui avait offert une fiole en forme de baleine. Quand elle posait le doigts sur sa queue, un grand pshiiit élégant lui arrosait le nez. L'odeur? Du riz aux amandes.

Amélie, l'amande au riz. Elle croquait dans tous les fruits secs, les lèvres dégoulinantes de rouge poisseux, et sous ses dents cela faisait comme des tensions haineuses. Pourtant, elle ne haïssait pas grand-monde. Peut-être les chats, ils la fixaient avec cet air de compréhension. Mais qu'auraient-ils compris? Alors Amélie plissait le regard et envoyait des rayons clairs.

Amélie avait les yeux bleus. Ca ne la gênait pas trop. Sûrement pas un critère de rejet social, les yeux bleus, alors comme son esprit était très ouvert, elle accueillait ses yeux sans broncher. Pourtant, elle aurait aimé devenir une grande fille qui chante et à qui l'on lance une rose, sur la scène froide, devant un public tiède-animal.

Son père n'aimait pas l'entendre chanter. Elle le sentait à la façon qu'il avait de tenir ses mains raides, aux petits spasmes de sa pomme d'Eden. C'était triste, ces soirées spasmodiques. Une fois enfermée dans sa chambre de poupée, elle se jetait sur le bâton de rouge et tartinait les murs. Elle traçait, Amélie, Amélie, Amélie dans les coins, sous les lampes, sur les vitres. Sa besace fermée à coup de pieds, elle sautait par la fenêtre et courrait dans la rue. Là elle était tellement comme une maman oiseau. Qui aurait perdu ses plumes, alors elle se les traçait en esprit, une rouge et trois bleues.

C'est comme ça, une soirée spasmodique, qu'elle a rencontré Hugo le martyr des regards. Hugo est laid, il a les yeux bleus. Il fallait le mordre, ses petits avants-bras plein de chair blanche étaient laids. Amélie, Amélie, elle a sorti le bout de papier gris, a mordu Hugo et a chanté la bouche en sang et rauque, ça ne changeait pas tellement du rouge à lèvres.

Tryptique asensuel 1/3 (Camille, portrait tiède)

1 Décembre 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Elle bat des pieds contre le rebord du lac. Tac et tac, poum. Cela fait des vagues bizarres sur l'eau, qui n'ont pour origine que le courant d'air froid des pieds, qui boum et tac, tremblent loin au-dessus. Les doigts serrés sont blancs. On dit que le sang est refoulé, elle pense que le froid a pour couleur la blancheur. Elle pense d'ailleurs souvent de travers, mais ça personne ne le sait puisqu'elle ne parle plus depuis sept mois. Les gens la regardent, ça lui compresse le ventre, tout s'emmêle dans son corps, alors vraiment. Laisser sa voix en pâture, c'était sûrement trop dur, vous ne le croyez pas?

Elle s'appelle Camille. Même là ses parents ont été nuls. On ne peut pas être le centre du monde avec un prénom tout gris. Alors elle l'a changé contre un qui lui irait mieux, maintenant c'est Adèle qu'elle veut, ça lui fait pousser des ailes comme des cris. Hystériques! Elle est souvent comme ça, Adèle. Il faut que tous ces gestes sortent, des mouvements saccadés parce qu'elle ne possède aucune élégance, mais c'est pour elle, et elle, elle sent les mouvements. Quand on n'a pas des yeux, c'est mieux.

Quand Adèle a eu sept ans, elle s'est faufilée dans la cuisine et a ouvert le tiroir. C'était juste pour se crever les yeux avec des pics de fondue, mais comme c'était la nuit, son papa l'a entendue et est arrivé trop tôt. Elle s'est rabattue sur le frigo, et minois rose, une main sur le pot de confiture et l'air contrit. Quelques cris du paternel, et les yeux qui voyaient encore, elle a pris cela comme un mauvais présage et n'a plus jamais essayé.

C'est son regret qu'elle noie dans l'eau, aujourd'hui. Tac, tac et boum. Cette fois-ci, sa chaussure a glissé dans le lac et coule, glou et glou. Les motifs papillon disparaissent à mesure de la chute lente, et ses yeux sont là qui le voient. Ce n'est pas de sa faute si son pied droit est un peu plus grand que l'autre, ce n'est pas non plus de sa faute si elle a poussé de travers. Lien de cause ou de conséquence? Certainement en tout cas, un lien avec les pensées. Quand elle y pense, elle sent dans sa tête des nœuds qui allient les grandes idées, perchées en haut de trônes dorés. Savoir que c'est kitsch la consolerait presque!

Le soleil a commencé de baisser derrière les arbres. A cloche-pieds, Adèle traverse l'étendue herbeuse qui sépare le lac de sa maison. Elle a toujours cru, d'ailleurs, que sa maison était le produit de deux petites fées qui se seraient disputées. Chacune aurait voulu montrer à l'autre sa fantaisie, et pic, pac, à coups de baguette, cela aurait créé cette chose chaotique qui sent les pelotes fripées, les renards crevés. Sa mère a déjà dîné, son père n'est pas encore rentré, sa soeur est morte il y a deux mois. Elle compte sur la main... Un, deux, trois. Non pas trois, pas encore tout à fait. De toutes façons, c'est comme toujours la faute de ses parents: ils l'avaient appelée Berthe! Quelle horreur.

En se grattant derrière la nuque, Adèle attrape une assiette, une cuiller et le sel. Elle fait des petites montagnes blanches sur la table vermoulue, ce qui est problématique, c'est que les grains glissent entre les planches mal clouées. Alors par terre s'étalent des grains de sel, et le chat les léchera, il paraît que c'est dangereux pour sa santé, mais s'il pouvait vite crever, ce serait bien. Il ne sert à rien ce chat! Comme tout à peu près. Mais pas Adèle, puisqu'elle crée le monde, et cette tâche est éreintante.

Ce soir, une part de tarte aux abricots traîne sur le buffet, mais Adèle croit en toute sincérité être repue. Elle a déjà vécu beaucoup de péripéties, ça la cale ces choses. Une voix hurle, Camille! Elle se bouche les oreilles en remuant la tête, non-non-non, ce n'est pas moi, et d'abord je ne veux pas...

Ainsi va la main, ouvre le tiroir, saisit le casse-noisette et le repose, saisit le pic à crabes bien que la mer soit loin, et pac, ça saigne tellement. Il faut du courage ma petite, un seul oeil ce serait trop bête, alors pif, dans l'autre le pic, il y reste coincé. Un long cri, c'est hystérique et résonne trop fort dans la maison des fées.

 

Publicité

Trois petites silhouettes.

24 Novembre 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Miette

Voilà où en étaient les trois petites silhouettes. Elles se pressaient sur le quai de gare, les visages dévastés par des creux un peu remplis d'ombre. Autour d'elles, des gens se bousculaient, couraient et criaient. Ils allaient un peu partout sans porter leurs regards sur des histoires compliquées, mais les silhouettes étaient compliquées. Des liens étranges les raccrochaient les unes aux autres, de drôles d'histoires de meurtres, de consanguinité et d'amours perdues. Alors personne ne voulait s'emmêler la journée en essayant d'imaginer, fantaisie qui ne serait affaire que de quelques secondes, de quelle matière étaient faîtes ces trois-là.
L'une d'elles avait au bout des doigts un parapluie qu'elle balançait d'avant en arrière, doucement puis vite, puis lentement. Ce parapluie violet avait le matin-même été abandonné par un avocat pressé sur un banc de square.
L'avocat pressé avait tant de rendez-vous, tant d'affaires à régler entre un café et un dossier, son petit parapluie, oui. Il l'avait laissé. C'est en connaissance de cause que la petite silhouette se l'était approprié, elle savait que la perte ne serait jamais déplorée, alors.
Une autre des silhouettes pleurait en serrant ses poignets très fort, elle ne se remettait pas encore d'une histoire d'amour et de mort, elle aurait dû pourtant car on dit que la vie est courte.
La troisième sautillait autour des autres, parce que cette silhouette était vraiment petite, très jeune et puérile, on le devinait. Un enfant. Cet enfant ne ressentait pas grand-chose et donc pour passer le temps pas trop méchamment s'occupait. C'était un peu triste.
Puis un nuage est descendu sur elles, les a enveloppées, est parti. Les gens du quai n'ont pas vu, mais ils ne regardaient pas, alors.

 

Les crabes dans le panier.

19 Novembre 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Il tombe quelques miettes au fond d'un gouffre, et plus haut l'homme qui s'y penche les suit d'un regard torve. Il est là depuis des siècles et ne distingue pas encore de quoi sont faîtes les particules en bas, il y verrait bien des membres disloqués ou quelques dragées fines, mais il sait que ses souhaits ne modifieront en rien leur identité.

ll est accoudé au bord de la falaise, ses jambes derrière son visage penché, un peu étonné. Il n'a pas oublié le château posé dans son dos, mais celui-ci ne présente aucun intérêt, il est si grand et si gris, et ce depuis si longtemps qu'il ne saurait intéresser que d'ineptes étrangers (ici personne n'est plus étrange que les étrangers).

Un panier de crabes est suspendu à la poutre qui enlace amoureusement la tour dominante, et les crustacés encore un peu vivants se donnent des coups de pattes. L'un d'entre eux se contorsionne méthodiquement, imposant par l'usure au panier des trous sans cesse agrandis, qui toutefois ne lui serviront d'échappatoire que pour une terrifiante bascule au fond du gouffre.

Sur trois petites planches en bois clouées les unes aux autres s'avancent des hommes. Ils se hissent sur la pointe des pieds, un doigt levé vers le panier, les yeux pourtant rivés à leurs pieds renfrognés, puis basculent, poussés par la pression de l'homme qui arrive lui aussi, les uns, les autres. Leurs corps tombent lentement, ils se foutent des lois et autres remèdes. Parfois leurs membres, volant en éclats sur des renfoncements obscurs, se transforment en miettes.

L'homme est à mi-chemin entre le bas et le haut. Mais il ne voit pas tomber les corps, puisque de temps à autres, il enserre sa face abîmée entre ses mains -puis serre très fort. D'un coup, il prend une inspiration -cette chose se produit une fois tous les siècles, et invariablement les corps tombent plus drus, pressés qu'ils sont de l'entendre. Et sa voix monte, claire et chevrotante. Il parle du panier qui est à son humble avis le sens intime de la vie, puis des hommes qu'il ne voit pas mais devine, et finit par l'évocation d'autrefois.

Cela ressemble à peu près à ceci (il vaut mieux ne pas le couper, mais personne n'existe qui ne puisse entrer en communication avec lui):
-Un panier, si l'on y met des crabes, attire une foule. Pressée, elle marche sur ses propres pieds. C'est absurde. La douleur tord quelques visages, quand les autres ont des dents comme des couteaux, qui brillent. J'étais autrefois éminent, ce mot qui me désignait n'est plus: catabraque. Je lisais des lignes et j'attirais à moi cette même foule, elle voulait savoir tant de choses.

Toujours en ce point, l'homme prend un ton de misère, ses mains une pose tragique, il se tord et tombe presque.
-Mais où vais-je? Et ces miettes sont-elles les corps éclatés des gens qui aiment les crustacés? Qui suis-je, ah, personne sans doute.

Il a des airs un peu nostalgiques nuancés d'une ridicule moue des lèvres.
-Autrefois, avant que tout ceci soit une boucle, je marchais dans la rue, et les visages me disaient des choses. D'un côté, je voyais la peur de n'être pas assez beau en son costume de lin pelé, de l'autre les sourires qui ne sont là que pour eux. Parfois, je crois m'en souvenir, les gens se croisaient et parlaient. Pas comme aujourd'hui je le fais, car ils étaient différents.

Puis il retombe, apathique, et médite sur le sens du mot aujourd'hui. Comme le temps n'est plus, et que les hommes sont tous des hommes, il ne sait plus.

Alors il range sa langue serrée et recommence de regarder au fond, il reprend son manège et parfois cache son visage entre les mains.

Dix mille siècle plus tard, une femme a pris des ciseaux et coupé la ficelle qui retenait le panier à la poutre tordue. Les crabes se sont étalés dans le ciel, mais l'homme mort par manque de salive n'a pu profiter de ce singulier spectacle.

Les hommes égarés n'ont plus compris, et se sont tous jetés d'un coup dans la mer. Les vagues les ont un peu léchés, recouverts, puis parce que c'était leur rôle dans mon histoire, les ont avalés d'une bouchée. BAM.

Citronnade.

1 Août 2010 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Miette

William Styron, sa petite dépression et moi nous serions merveilleusement entendus, ahah, quatre petits fous. Je lui aurai tendu la corde, sourire amer peinturluré sur mes lèvres, il n'aurait pris la peine de me remercier que d'un geste précis de la main. Évidemment, en homme de composition, il m'aurait laissé le temps de m'asseoir face à lui, par terre dans cette pièce vide sauf d'un crochet; pardonnez que j'omette le tabouret, il n'arrive qu'ensuite. Un nœud réalisé d'une main qui tremble, et ensuite il m'aurait confié une longue lettre, recommencée quatre ou cinq fois, à l'attention de sa petite femme fidèle. Je la lui aurai prise en imprimant à mon geste un air de fermeté, où son âme chavirée n'aurait trouvé que la confiance dont il avait besoin. Puis, sans un mot, le regard déjà un peu loin, il aurait bousculé le tabouret avec son pied, le bruit sec par terre, suivi de mes yeux. D'abord l'horreur aurait fixé mon regard sur le tabouret encore bringuebalant, mais la curiosité, mère de tous les vices s'il en est, l'aurait chassé d'abord le long des pieds, le pantalon froissé, la chemise de même puis la corde qui serre un visage vieux de cent mille ans. Je ne reconnaitrais plus l'homme-frère qui décrivait si bien mes afflictions, ce bouffon pendu aurait perdu toute crédibilité. Je me serais levée, le laissant affronter seul ses ténèbres, puis aurais sautillé jusqu'à la porte, et clac, plus qu'un souvenir.

Introduction aux miettes

22 Octobre 2009 , Rédigé par OverBlog Publié dans #Introduction

 coucou

 

Ici c'est joli - feutré... pas trop coloré, pas trop compliqué.

presque de la poésie.

 

J'espère une escale mignonne, un petit peu (au moins).

 

_

 

Publications en revues

 

- Réflecteur de la neige n°4, poème "Asters", décembre 2019

Revu n°8, "Boutures sur ivoire", poèmes "Nourrir les oiseaux" et "Le secret des oiseaux", décembre 2020

- Dissonances n°41, "Opium", poème "Au bois", 2021

 

à paraître

- Mini Polysème n°14, poèmes "La plaie qui chante", "La colère", hiver 2021

- Mini Polysème n°18, poème "Les grands bois", printemps 2022

- Revu n°9, poème "Sorte de blanche"

Publicité
<< < 10 20 30 40