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journal sentimental

30 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette, #journal

Les masques sont plongés dans la bassine. On leur a mis dessus de l'eau très chaude. Ils baignent mollement.

Je bois du prosecco très léger, frais ; aujourd'hui je suis allée aux Buttes Chaumont avec ma belle robe rouge, mon sac à dos et J.

Aux Buttes Chaumont, j'ai lu un peu mais surtout, allongée dans les herbes hautes, sous le soleil qui pique, je me suis reposée comme un animal privé d'air trop longtemps ; j'ai été plus heureuse en une heure qu'en trois mois, simplement en regardant les gens vivre autour de moi sous le soleil.

J. a filmé les caméramans de l'AFP qui filmaient les gens qui se promenaient ; cinq minutes plus tôt, je lui avais dit : "Tu paries combien que ce soir, sur BFM, on verra des images des Buttes Chaumont assorties de l'éternel commentaire sur les Parisien·nes inconscient·es ?"

Sur le chemin du retour, j'ai croisé D. à Stalingrad ; il était très beau, bronzé. C'était le hasard et il tenait une bouteille de jus de fraise à la main. Nous avons un peu parlé comme pris·es entre deux courses ; les choses que nous devions nous raconter le seront plus tard.

Après cela, j'ai acheté la bouteille de prosecco et une autre de lambrusco blanc, tandis que J. choisissait du vin rouge ; le caviste nous expliquait comment les chaînes tuaient les derniers cavistes indépendants, et cette petite histoire, je la connais bien.

J'ai écouté le vocal envoyé par M. hier et, comme je suis émotive pendant cette période de mon cycle menstruel, j'ai pleuré en l'écoutant m'expliquer comment Schopenhauer l'aidait à mieux lire Nietzsche. J'étais fière de mon amie. Je dois dire que je pleure, en ce moment, trois fois par jour, parce que les émotions qui me traversent déchirent mon corps et peut-être parce qu'il se passe des choses émouvantes aussi.

Une fois arrivé·es à l'appartement, les bouteilles mises au frais, je me suis allongée sur le lit, épuisée par la marche, le soleil et l'émotion.

Une demie heure plus tard, j'ai établi la liste des personnes auxquelles je n'avais pas répondu. C'est une malédiction récurrente ; j'ai un mal infini à répondre aux mails, MP, SMS, messages vocaux ; des murs se dressent devant moi. Cette liste se compose de collègues, de contacts twitter, d'ami·es et de membres de ma famille. J'ai commencé méthodiquement à répondre, en commençant par le plus facile : ma sœur, à qui j'ai raconté mon après-midi aux Buttes-Chaumont, C., à qui j'ai parlé de yoga yin et d'édition indépendante.

J. cuisine un gratin d'aubergines et de mozzarella, seul, tandis que les masques prennent leur bain.

Je fais un peu de médiation littéraire sur Twitter, et me réjouis de la chaîne discrète de recommandations, de critiques et d'échanges qui, depuis quelques années, permet aux autrices d'être mieux lues. O., grâce à qui je lis un livre d'Olga Tokarczuk, lit un livre de Zora Neale Hurston dont je parlais il y a quelques jours, et qu'a découverte J. Une twitta me parle de Marlen Haushofer, on tisse des ponts avec Magda Szabo, un jeune twitto poste, à côté de fleurs, des pages entières de Vénus Khoury-Ghata.

Et puis, sur le forum, je lis un texte de cmllrz, qui trouve des mots très justes à mettre sur l'orgasme. J'écoute l'audio-journal d'Aomphalos ; on ne sait pas s'il lit ou improvise, et dans cette hésitation, il y a toute la force de ce journal ; il parle de souvenirs d'enfance, de son oncle et d'abeilles, et je pense que moi aussi je gagnais un peu d'argent quand, enfant, je ramassais des pommes de pin derrière le chalet.
 
 
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écrire 3

28 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #méta

Quand mes cheveux restent noués trop longtemps, leur poids me pèse. Quand je les dénoue, ils prennent une forme de vague un peu artificielle.

C'est à ça que j'ai pensé avant d'écrire. A des sensations purement physiques d'abord, dont je fais une image, le plus souvent ratée.

En réalité, il y a peu d'images dans ma poésie. Les oiseaux y sont bien réels, de même que la mer ou les fruits. S'il y a des choses inexprimées, il faut les chercher non dans les motifs – taureaux qui transpercent les murs, et dont les cornes sont menaçantes pour de vrai ; suif pour les oiseaux, dégoulinant d'une manière crue ; lac de montagne artificiel, explicite ; toutes ces choses possèdent des référents relativement stables – mais dans leur tissage, dans la manière dont la répétition les module et les altère et dont, parfois – on n'y échappe pas – ils rencontrent de plus grands mots, conceptuels.

Dans un poème, c'est le mot détresse. Et puis il y a des secrets. Des adresses.

Ah, j'ai oublié cette histoire de puits. Il y avait un puits dans le jardin de mon arrière-grand-père. Il était caché au milieu d'un bosquet d'arbres qu'enfant, je prenais pour une forêt. C'était un puits ancien ; j'étais trop petite pour m'y pencher seule, et au fond je ne me rappelle plus s'il était bouché ou non. Il y a trois ans, mes jeunes cousines m'ont montré un petit film qu'elles avaient tourné dans ce grand jardin, que je n'ai plus revu depuis l'enfance ; en arrière-plan, dans le cadre, on devine le bosquet, donc le puits. Mes jeunes cousines n'ont jamais lu mes poèmes, ni le puits qu'elles reconnaîtraient peut-être.

Les clefs de mes poèmes sont des objets pris à l'enfance – mais pas l'enfance de plouf, pas l'enfance comme plouf – plutôt une grande nappe de présent qui se prolonge. Je ramasse toujours des pommes de pin derrière le chalet, je gratte la bruyère, je fais tous ces gestes menus de récolte puisqu'ils demeurent nécessaires. On ne s'arrache pas aux objets de notre enfance ; ils sont là, toujours les mêmes, et leur densité n'en est que plus grande. Ce n'est qu'à cette condition qu'ils intègrent ma poésie : la mer, que j'ai montrée en images dans un vidéopoème, c'est la plage de Fort-Bloqué où mon grand-père nous emmenait ; il gonflait un petit bateau à la force de la bouche, puis nous embarquait pour faire le tour du fort à marée haute. Les autres enfants qui jouaient sur des bateaux gonflables n'avaient pas de grand-père si doué à la rame. Mon grand-père chantait des chants celtiques, et ramait. Cela, c'est l'enfance, et mon grand-père ne ramera plus jamais pour mon frère et moi, mais tous les ans je retourne au Fort-Bloqué et je marche dans le sable quand c'est l'hiver, et je nage vers l'horizon quand c'est l'été. Ce sont les mêmes gestes, très denses maintenant. Si denses que je peux mettre la mer, les vagues et les mouettes de Fort-Bloqué dans mes poèmes sans qu'ils ne deviennent de simples images.

Et si denses, que je peux mettre la bruyère de Savoie et les hortensias de Bretagne dans un même poème, sans qu'ils ne deviennent les métaphores d'un calice, d'une douleur, ou de quoi que ce soit d'autre. Ce sont de bonnes couches de sensations amassées, prises et roulées dans le temps, avec d'infimes variations, et même un approfondissement constant de la sensation. Coucher de soleil sur les montagnes enneigées, lueurs roses depuis le balcon du chalet ; cerfs qui tous les ans reviennent manger les fleurs du talus ; étang du Ter par lequel sinuent les routes minces et goudronnées.

écrire 2

27 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #méta

Je n'ai aucune imagination, c'est ce que j'écrivais il y a un mois déjà, et ça n'a pas changé.

Par exemple, dans mon dernier poème, un essaim d'abeilles se noie dans une auge ; on y voit des petites pommes acides qui viennent tard, et ce sont exactement les pommes du jardin de mon arrière-grand-mère, à Pontivy. Elle possédait trois pommiers, de petits pommiers rares qui donnaient chaque année leur maigre récolte de fruits acidulés ; ma grand-mère me répète souvent que c'étaient là des pommes de valeur, puisque rares. De cette variété, il reste peu d'exemples en Bretagne.

Quand mon aïeule est morte, la maison a été vendue : les nouveaux propriétaires, un jeune couple, ont fait couper les trois pommiers, l'immense noyer dans le fond du jardin, les nombreux framboisiers, cassissiers et groseilliers. Mon arrière-grand-mère m'emmenait à la cueillette, et me disait les noms des fruits : grosses groseilles à maquereaux, groseilles rouges plus petites, et quelques mûres. Elle en faisait des confitures que nous ramenions dans nos valises ; on nous appelait "les petits Grenoblois". Nous ramenions aussi des crêpes, du beurre salé et parfois du kouign-amann.

Donc, le jeune couple a rasé les arbres et buissons fruitiers, l'auge vermoulue, et a remplacé toutes ces choses vieilles par de la pelouse – et une grande terrasse en béton. Je ne sais pas s'ils ont conservé les hortensias, qui en massif faisaient le tour de la maison. Il y en avait tout un nuancier, du bleu au rose en passant par des teintes très pâles ou au contraire, violacées.

De ce jardin je conserve le souvenir émerveillé et méticuleux d'heures de cueillette ; accroupie, je saisissais les fruits un à un pour les poser dans le panier ; je triais les branches, les herbes, traquais les pucerons. Je mettais trois fois le temps réglementaire pour remplir mon panier, et jamais comme dans ces heures patientes je n'ai rêvé.

Souvent, je mets du jardin de Bretagne dans mes textes. Je mets de ses fruits, de son auge, de la patience qu'il fallait pour récolter les baies, les patates ; pour semer les haricots. Je ne mets pourtant ni les poules, ni les lapins, qu'en vieillissant mon aïeule délaissait.

Une tâche parallèle mais semblable m'occupait, le restant des étés, et l'automne, et le printemps, en Savoie : la collecte des pommes de pin pour l'hiver. Je parcourais lentement les abords du chalet, les pentes brusques où la forêt s'épaissit, les grandes dalles que nos voisin·es – cousin·es éloigné·es – avaient posées autour du leur. C'était lent, plutôt doux ; les oiseaux chantaient fort et cherchaient les boules grasses accrochées aux sapins. Les papillons entouraient le talus de fleurs, et les bruyères s'accrochaient aux roches blanches. Un long été, je m'étais mis en tête de récolter la fleur rose de bruyère, parce que la voisine en faisait des remèdes sous forme de tisane.

Pour récolter la pomme de pain, on prend de grands sacs en plastique qu'on traîne derrière soi – ils s'alourdissent vite – et on ramasse, on fouille entre les épines, le petit bois ; même exigence qu'avec les groseilles, je triais, je trie toujours, les pommes de pin des branches auxquelles parfois elles restent attachées, des tas d'épines dans lesquels il faut fouiller. Souvent, je chantonne à cette tâche ombreuse.

Ces récoltes patientes, menues et rêveuses, font le motif de ma poésie. Elles en font les oiseaux, les fleurs, le paysage et l'absence de lyrisme, finalement. On n'est pas lyrique, non, quand on récolte les groseilles, la bruyère, les sons modestes de la montagne.

Penser comme une abeille.

27 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Si je pense comme une abeille, cela signifie-t-il :

- que toutes les abeilles iront se perdre dans la mangeoire, corps d'abeilles alourdis par l'eau
- qu'une seule abeille ira, mais légère et suave, un peu bourdonnante, jusqu'au pommier en fleurs
- que les pommes, blettes, tomberont d'elles-mêmes pour rouler jusqu'au puits
- que le puits comblé depuis longtemps se rouvrira, comme une brèche sombre dans le printemps
- que la pomme et l'abeille, l'abeille dessus la pomme, rouleront dans le puits
- que la brèche une fois rouverte se fermera, et qu'en monteront des odeurs
- des odeurs hivernales, tristes, qu'on ne saurait trop dire
- qu'on resterait toutes au coin du feu, serrées pour tenir chaud
- qu'entre nous un panier de pommes jaunes se tiendrait, profond
- que le panier serait vide, vidé par la saison
- qu'une fois, une dernière fois, nous tendrions le bras de concert, gelées, transies,
- que nous extirperions nos bras des couvertures pour les tendre vers la pomme
- que les abeilles, venues d'on ne sait quel essaim, soudain nous piqueraient
- que nous serions rouges, gonflées par la piqure
- que l'une d'entre nous se rencognerait près du feu, d'un saut brusque
- que je penserais : quel animal
- que j'irais au bord du puits, béance dans le printemps

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FINAMOR temps de guerre

25 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

FINAMOR en temps de paix observe les nuages.

Nuage 1
Nuage 2
Nuage 3

Ils ont une forme de visage : visage reconnu, visage aimé, visage 3.

FINAMOR en temps de guerre se jette dans les présages.

Présage 1
Présage 2
Présage 3
Présage 4

Temps de bug, de détresse et d'insectes aspirés par la bouche.
Soleil chaud qui brûle le cou ; soleil chaud cloque FINAMOR.

Dans mon présage, je vois un nuage en forme de visage.
RAGE RAGE RAGE RAGE

FINAMOR, en temps de colère déchire son jupon. Dentelle 1, 2, 3. Bas résille, trous, guêpes placides.
C'est l'été qui se prépare dans nos poitrines, comme un bel âge.

La margelle.

13 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Ecrire me tranquillise. C'est une corvée du soir,
Que j'accomplis penchée. Je m'appuie contre
La margelle, austère et brune, le grand rebord
D'un puits où je t'ai vu tomber. Tu tombes enc-
Ore, toute petite voix qui dicte, dans la nuit
Tombée. Un soir, penchée, tout contre la pe-
Louse, j'ai arraché des fleurs pour bien te les
Montrer. Du fond du puits, très bas, tu m'as
Dit ton secret : « Fleurs de gentiane, roses et
Mauves, hibiscus, grands pétales mouillés,
J'ai tout dans mon recoin. Du fond du soir où
Je te parle, cet inventaire est bien troussé. »
Alors j'ai arraché encore, les fleurs dont tu
M'avais parlé. Et je les ai brûlées. Elles ont
Bien mal brûlé.

Beaucoup d'oiseaux.

8 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

C'est

Beaucoup d'oiseaux qui sont venus au monde
Dans le même espace, et dans le même temps.

L'un picore, l'autre, de dimensions robustes,
Abrite une image. Je les vois. Je leur donne la

Primeur, et, d'un geste sec, du grain. Beaucoup
D'oiseaux vous sont venus au monde, et s'ils

Abritent des nuages, c'est bien que, du fond
De leur âge, les oiseaux sont l'écume et les

Vagues. J'ai vu venir vers vous une flopée
D'oiseaux, comme des nuages ; d'un geste

Sec, vous les repoussiez. Vous refusiez le grain,
Vous vous trompiez de cible.

Streaming de l'écriture

Une pensée.

6 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Vidéopoème

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Les voisines.

4 Mai 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Vidéopoème

écrire 1

29 Avril 2020 , Rédigé par Les miettes Publié dans #méta

Je n'aime pas me raconter des histoires.

Je n'ai aucune imagination.

Pourtant, je continue d'écrire des choses narratives, des textes dans lesquels il se passe des choses et pour lesquels il serait opportun de produire un court résumé : il se passe telle et telle chose, puis telle chose, puis le personnage en meurt.

Je ne sais pas qu'écrire, et pourtant, je le fais. Ici, j'écris. Je m'enivre d'ailleurs plus du bruit de mes doigts sur le clavier que des mots que je produits. C'est-à-dire, quelles que soient les lettres de l'alphabet retenues, puisqu'elles ont toutes la même forme, l'illusion référentielle est la même.

Je ne produis pas d'illusion.

J'ai cependant l'impression qu'il me serait presque possible d'écrire, un jour, une bonne chose, une bonne tranche de littérature épaisse et spongieuse. Lorsque j'utilise des adjectifs viandards, c'est pour donner corps à ce que j'écris. Qu'on ne s'y trompe pas ; je les trouve plutôt laids, comme tout le monde.

Hier j'écrivais à propos de pommes jaunes et sucrées. J'aurais pu en rester à la mention des fruits, ne pas aller au-delà de ces cageots de fruits incidemment livrés à un couple d'épiciers, mais j'avais la sensation, qui ne l'aurait pas, que ce couple d'adjectifs leur donnerait une densité, bienvenue non pas dans l'absolu, mais en rapport avec le reste du texte.

C'était un texte futile où un vieux buffet jouait le rôle de métonymie du couple, de son échec et de son lent pourrissement. Des insectes rongeaient le meuble de l'intérieur, des draps autrefois frais et brodés à contre-cœur étaient posés dans un tiroir que la protagoniste se refusait à ouvrir, dans les derniers temps de son mariage. Les pommes étaient jaunes et sucrées pour que la protagoniste les aime, enfin par souci de vraisemblance. Il y avait aussi des rainettes, dont l'une, trop épaisse pour les insectes, avait taché une nappe.

Où ai-je puisé tout ça ? certainement pas en imagination. Les draps, les nappes brodées du trousseau des jeunes filles, je connais ça parce que mon arrière-grand-mère, Renée, en a laissé tout un lot à sa fille, Christiane. Je connais les couleurs des fils et le type de motifs qu'on brodait sur le trousseau, et je sais quelle aversion avait Renée pour ce genre de travaux. Je n'ai rien inventé.

Le vieux buffet, je le tiens d'une arrière-grand-mère bretonne, qui avait chez elle tout un lot de meubles sculptés. C'étaient des meubles lourds et laids, plus personne n'a la place aujourd'hui chez ellui pour mettre de tels meubles, et je crois que les petits personnages de Breton·nes en costumes sculptés dans les montants de ces meubles feraient bien rire les antiquaires, même les pires. Je n'ai donc pas inventé ce buffet.

La rue des Martyrs, j'habite juste à côté, les primeurs idem, et la rue Mouffetard, je la connais aussi. Une amie d'enfance est venue vivre dans la vallée de Chevreuse quand nous avions 10 ans, et je venais la voir en vacances, alors la vallée de Chevreuse, je ne l'ai pas inventée non plus. Les fleurs violettes, ce sont les fleurs des lesbiennes, je ne les ai pas inventées, et quand j'étais enfant, j'en faisais tantôt des parfums qui prenaient une horrible couleur saumâtre, tantôt des bonbons. Les longues files d'insecte sur le sol carrelé, je les ai prises de l'ancien appartement de J., où des fourmis sortaient du plafond puis traversaient quelques pièces par file, en portant des miettes sur leur dos.

Je n'ai pas la moindre imagination, mais j'ai déjà beaucoup vécu et vu de choses, et je me charge autant que possible de les mettre dans ce que j'écris pour ne pas les oublier, et par amour du partage.

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