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Curiosités.

7 Décembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

C'est curieux. 

 

Comme une fumée ou une buée
Peuvent vous troubler. Comme un souvenir,
Une odeur dans un flacon, peut vous tuer.

 

C'est curieux. 

 

Je ne le savais pas parce qu'on ne le dit pas.
J'attendais sur le quai, un souvenir, une odeur,
On se tait. C'est curieux comme on se tait.

 

J'ai vu pourtant.

 

Des taureaux transpercent le mur de ma chambre,
Mais personne ne dit rien. Au fond c'est un malaise,
À peine comme une buée.

 

Une caravane, voilà, trois fleurs ou des abeilles
Une mélancolie trop folle d'images prêtes à crever ;
C'est curieux comme ce bestiaire peut vous troubler

 

Même vous tuer.

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L'Enquête sauvage.

26 Novembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Sur une durée de 57 jours, j'écrirai 55 poèmes sur le modèle du défi lancé par Garcia Madeiro, personnage de jeune poète réal-viscéraliste de Bolaño dans les Détectives sauvages, il y a 44 ans.

Ce projet a vu le jour sur le forum Jeunes Écrivain·es, sur une idée d'une ligne ; nous lui avons consacré une sous-section temporaire, "L'Enquête sauvage", où plus d'une dizaine de membres ont déjà ouvert un topic. Nous rendons collectivement hommage à Bolaño, aux collectifs de poètes et poétesses, à la poésie mexicaine, et à notre propre histoire en tant que communauté numérique.

Remédiatiser ces poèmes ici, c'est un peu les altérer : je ne dispose sur overblog ni des outils techniques d'édition propres au forum, ni de la richesse offerte par les multiples liens qui unissent mon fil à celui des autres participant·es.

Voici donc le lien vers les poèmes dans leur contexte naturel !

du 2 novembre 2019 au 28 décembre 2019, très exactement 44 années après Garcia Madero.
je pensais que cela pourrait donner quelque chose de marrant si l'on faisait une sorte de fête en hommage aux real-viscéralistes - puisque nous leur devons beaucoup - où les membres qui voudraient pourraient vouloir essayer d'écrire 55 poèmes

une ligne

Ça va être une histoire de terreur. Ça va être une histoire policière, un récit de série noire, et d'effroi. Mais ça n'en aura pas l'air. Ça n'en aura pas l'air parce que c'est moi qui raconterai. C'est moi qui parlerai et, à cause de cela, ça n'en aura pas l'air. Mais au fond, c'est l'histoire d'un crime atroce.
 
Roberto Bolaño, Amuleto

55

 

On te chercherait.

Dans le sable sur les pistes sous la poussière
Partout pendues à tes basques
Partout va ton ombre

Lunes et soleil, flottaison, tu laisserais dans la boue
Dans le sable, plein les puits
Des présages

2000 augures de ta présence.

On te chercherait partout, fille,

54

 

Fille du soleil, ô fille du
Soleil, ô fille, fille
Du soleil, ma
Fille

Fille
Ô papillon
Fille de la lune
Ô douce fille de la

Nuit vient le papillon
De nuit, ma fille
Un papillon
De nuit

Fille
Du soleil ma
Fille du soleil ô
Viens ma douce fille
 

53

 

il y a un foutu zéphyr qui court depuis des siècles

dans ces pages, dans ce roman, dans ces poèmes

(petite amulette)

dans ces nouvelles, dans cette revue, dans ces vers

(petite amulette)

dans ce gros livre, dans ce volume, dans cette nuit

(petite amulette)

 

Il n'y a chez moi, pour te chercher, fille, qu'Amuleto et Étoile distante. Quelques extraits des Détectives, truffés de faute, ont été copiés sur Babelio par des lecteur·ices que je ne connais pas et qui ont triché peut-être. J'ai si peu d'éléments à charge ! si peu d'indices ! je connaîtrai bientôt ta voix, le grain de ta peau, et quelques-uns de tes poèmes si Dieu le veut. On me dit que dans un miroir brisé à la page 666, Auxilio Lacouture s'est cachée 13 ans. Auxilio c'est la mère de la poésie.

52
 
Bolaño, traces trouvées sur le web:
La poésie entre dans le rêve
comme un plongeur dans le lac.
La poésie, plus courageuse que personne,
entre et tombe
comme du plomb
dans un lac infini comme Loch Ness
ou trouble et malheureux comme le lac Batalon.
Contemplez-la du fond:
un plongeur
innocent
enveloppé dans les plumes
de la volonté.
La poésie entre dans le rêve
comme un plongeur mort
dans l’œil de Dieu.

Bon. La poésie est comparée, ici, à un plongeur.

Mais pas à un plongeur d'eaux profondes et salées.

Au fond, un plongeur de lacs, c'est à peine un plongeur.

La poésie est une à-peine plongeuse, elle est d'eau douce.

Fille d'eau douce et fille qu'à peine. Je veux bien, moi ?

Mais autant d'incertitudes dans ma quête, autant

De conditionnel, d'à peu près, de traces qui, en plus,

Ne sont mêmes pas les bonnes - D'ACCORD, Bolaño

Avait une nette tendance à créer des univers cohérents

Et à en disperser les traces dans 2000 bouquins pour

Que nous les rassemblions. Au fond c'est comme pour Liz

Norton, on ne sait même plus si elle traque Archimboldi

Ou bien l'amour. D'ACCORD, je veux bien que ça vacille.

Mais quand même. Un plongeur mort !
 

51

 

Faut écrire faut pas
Chercher dans sa mémoire de minuscules morceaux,
Une étoile, un avion dont la traîne
Serait un poème.

Faut pas écrire faut
Retrouver d'angoissants rêves que nous faisions
Dans une très grande maison où les poètes réal-
Viscéralistes chahutaient tout le jour.

*

Tu n'es pas Cesarea, fille, ou Auxilio.
On ne te chercherait pas dans le désert
Ou dans les toilettes d'une université
Assiégée, temps de révolte et de peine.
J'ai retrouvé un petit bout de colloque
Où l'on reconstituait patiemment, maille
À maille, l'histoire d'un écrivain perdu.
On le cherchait dans toute l'Europe, dans
Les guerres, il était de toutes les guerres,
Dès que ça pissait un peu le sang, une odeur
De cruauté l'amenait.

Publications confidentielles, bouts de texte
Témoignages parcellaires - je n'ai pas pu lire
Sans peine cet énorme roman, 2000, 666
Où les femmes meurent et sont découpées
Une à une, maille à maille. La partie centrale
Tu te souviens comme on se passait le mot,
Insoutenable et longue et il y a ce spectacle
Où chaque morte crève un écran noir au
Bruit de la musique électronique, et nous
Étions entre ami·es, nombreux·ses, à cette
Réunion. Nous parlions à peine lors des
Pauses, déambulant dans ce quartier laid
De Paris où se trouve l'annexe de l'Odéon.

*

C'est au bord d'un lac artificiel, en Savoie,
En montagne, en altitude, que j'ai lu la
Partie centrale, que les femmes sont mortes,
Santa Teresa, ville trois fois maudite,
Des livres séchaient sur un fil, leurs pages
Distribuées au vent vengeur, tandis que
Rosa court le risque, toute la journée, tout
Le soir, de vivre une vie d'étudiante, normale
C'est au bord d'un lac que j'ai lu, longtemps,
Fille, ce livre, en quelques jours, très vite,
Dans une urgence incompréhensible mais
Dans ce lac artificiel nul plongeur, et mort
Encore moins.

*

J'ai lu les Détectives sauvages l'été 2012
Après un livre de Bernanos, avant les Vagues
J'avais 19 ans, fille, et c'était un "bel été" de lecture
Me dit plus tard Pattrice (en 2015). Le même été je
Découvrais Gogol, et Jacques Abeille, grâce à une
Critique de Nox, alors admin de JE, où il expliquait
Que ce livre avait failli le tuer.
Aujourd'hui, fille, je te cherche, et je suis admin
De JE à mon tour, et je te cherche, et je n'ai jamais
Rencontré Nox, ni Jacques Abeille ni Gogol.

*

Traces, voilà ce qu'il me reste de l'été 2012, des traces
Étalées au grand jour, rien de secret, alors tu sais
J'écris vraiment n'importe comment, dans une urgence
Qui n'est pas sans rappeler cet été au bord du lac,
Tu sais, j'allais rentrer en khâgne et j'étais
Amoureuse. Il fallait voir l'ivresse avec laquelle
Je lisais, et le peu d'entrain avec lequel
J'écrivais. Deux poèmes seulement,
"Conversation 1", qui demeure l'un de mes
Meilleurs poèmes, et "Les pensées du matin",
Qui demeure l'un des plus mauvais.

Cet été-là j'ai compris une chose, fille, que je
N'ai su écrire qu'en septembre, juste après
La rentrée. Plus de lac, plus d'ivresse, mais
Cela :

Citation :
Je comprends mieux la mythologie les grandes choses simples
Tout est clair maintenant je n'ai plus quinze ans
Allez donc jeter la pierre aux enfants morts ils le méritent
Le monde à leurs pieds est trop pur trop simple moins douloureux
Et parmi eux j'avance je sais la ligne est droite, claire et pure
Et mon regret derrière s'éteint dans un sanglot


Voilà, fille, à quoi mène l'exploration minutieuse
De ma biographie : à peu de choses.
Je ne te trouverai pas parmi les traces
Parmi les miettes, les indices
D'une mémoire vécue comme défaillante.

50

49
 
Je trouve que c'est précieux qu'on soit ensemble et qu'on se regarde.

Par exemple cette fille elle nous donne accès à une strate vraiment spéciale de son âme.

Elle nous offre toutes ses meilleures idées.

Ce garçon se dénude tous les soirs, comme un rituel. Il appelle ça des aveux.

Il nous donne la meilleure partie de son existence.

Il y a cette fille aussi, qui se connecte trois fois par jour. Chaque fois, elle se dépèce un peu plus.

Elle y met du cœur et on l'apprécie. Je veux dire, vraiment, à sa juste valeur.

Je trouve ça précieux. Je ne sais pas comment le dire mieux. Parfois je pleure d'émotion.

Enfin je dis ça parce que je crois qu'on continue un peu l'entreprise des réal-viscéralistes..

C'est comme étaler ses intestins sur la toile.

Des fois, le garçon ou la fille ou une tierce personne trouvent à critiquer ça, iels deviennent méfiant·es tout à coup. Je trouve ça malvenu. Je trouve ça beau en même temps.

Je veux dire. Je resitue très bien. Je connais la valeur des choses, des émotions et des discours. Je suis capable de me placer sur plusieurs plans à la fois et d'apprécier. Quand on possède de multiples points d'où apprécier les choses, on les apprécie d'autant plus.

Je ne suis jamais en colère ou agacée. J'apprécie juste et parfois je suis triste et pleine d'émotions alors je pleure.

C'est devenu la plus probante des réalités. Mais depuis longtemps.

Ça existe depuis tellement longtemps. Je ne me souviens pas combien de temps ont duré les réal-viscéralistes. Iels étaient sans doute plus jeunes, maintenant. Avant, iels étaient plus âgé·es que moi. On me les proposait comme modèle et je croyais qu'ici, on les imitait.

Ce que je veux dire, c'est que maintenant c'est l'inverse, et qu'on commence seulement à le comprendre.

Je trouve que c'est vraiment précieux.
 

48

47

 

je crois, fille, que parmi toutes les filles et toutes les femmes, tu es bénie
je crois que tu es ancienne, que tu es un beau marbre blanc
et je crois que tu es précieuse et que tu brûles
depuis des millénaires,
depuis, fille,
tu brûles

quand je crois, fille, que tu es bénie parmi toutes les femmes, je pense à
Marie, à son beau visage paisible, modelé dans les marbres,
taillé dans le bois des chapelles de montagne
ciselé, précieusement, pendant des
années, et pourtant tu ne
cesses de brûler

de quel bois sauvage tu es faîte pour ainsi trembler dans les flammes,
c'est ce que l'on tait, je pense, fille, que la pudeur n'est
plus de mise, que si j'évoque ton profil de
vierge grecque, de statue parmi
les statues tu es, fille,
trop brûlée

je crois, fille, que les chants de deuil ne t'ont même pas concernée,
que dans ta robe violette tu ne cesses de trembler,
que les flammes sont longues et te
lèchent, je crois que c'est
un spectacle cruel,
obscène

Marie, Sappho, de vous deux qui est la plus vierge ou la mieux
brûlée ? vous êtes pleine d'une grâce, d'une ardeur
d'un feu plongé dans le marbre, essence
de bois rare et ciselée, vous
êtes l'objet d'une
phrase

46

C'était le début d'un problème.

45

pasifaea, juillet 2017, fille du soleil a écrit:
Dans les flammes les villes brûlent
et nos corps brûlent
et nos seins, nos fesses, nos cous brûlent

Et tout ce qui fit sens et se délit-
-a brûle. Dans les flammes des bûchers
nos formes rondes et délicieuses
nos longs cous tendus, brûlent.

Dans les villes attroupées, dans les flammes du bûcher,
nous brûlons depuis des années. Nous y sommes habituées.

Dans les livres nombreux, dans les noms les années
tout brûle. Nous brûlons.


C'était l'hommage que pasifaea faisait à Sappho.

44

Les pêcheurs tombaient dans l'eau. Le plongeur tombait après eux. Dans cet ordre de cérémonie, le lac recevait les corps, pour les prendre au rivage et aux bateaux. Il les gardait pour soi.

Le lac pillait la fortune du rivage et des bateaux, et il pillait notre fortune. Nos corps – pêcheurs, plongeur, poésie.

Je ne me souviens plus comment je suis arrivée au lac. J'avais pris un si petit chemin de montagne... vallée après vallée, j'observais sagement le liant des reliefs.

Je m'étais trouvée dans cette expédition par hasard et me refusais à en prendre la tête ; les pêcheurs, le plongeur et la poésie m'en avaient pourtant fait la demande à intervalles réguliers. Je m'estimais heureuse si je ne trébuchais pas sur les racines, les pommes de pain et les branchages emmêlés, sur tout ce fouillis végétal et humide qui souillait le bas de ma robe.

Oh ! mon dieu, répétais-je ; je vais tomber.

Mais quand nous fûmes sur le rivage, sur les bateaux, je fus soulagée. Tous les hommes et la poésie se noyaient.

Et moi, je criais seule sur le rivage, dans ma robe souillée, je crois que j'étais troublée, oui parfaitement, je criais parce que les hommes étaient dans le lac.

Je restai seule au bord du lac de montagne avec juste mes souvenirs.

Juste mes souvenirs pour revoir les hommes tomber puis se noyer, et la poésie.

Je restai seule longtemps parce que je ne savais pas qui me croirait.

C'était le fond d'un vase depuis longtemps brisé.

43

42

 

Je crois de plus en plus que la fin du monde est proche.

Et je dis cela sans désarroi, avec, juste, un peu de colère,

Une colère que j'attise en prêtant une oreille souvent

Attentive à celleux qui étudient et documentent, pour

Nous, la fin du monde, la grande catastrophe. Dans ce

Climat de catastrophe je déforme mon visage, sous une

Eau, sous les vagues qu'un lac avale. Je pense à Aquae,

Et à cette bonne nouvelle : si tous les hommes se noient,

Les femmes resteront, qui réciteront des poèmes, douce-

Ment, déferont la catastrophe. Elles sont patientes mes

Sœurs. Elles n'ont plus peur. Elles n'auront qu'un peu de

Peine quand le monde basculera sous l'eau des lacs, car

Ce monde était le leur. Elles y étaient habituées comme

On s'habitue à tout, même à la douleur, alors quand j'ai

Peur de la catastrophe qui vient, je me souviens que ce

Monde a été saccagé par les hommes. Ils ne sont pas

Coupables individuellement, mais basculeront tous, et

Vite, sous l'eau. Je pense : "écoféminisme" et "poésie" et

Mères et sœurs et filles et femmes. Je pense "Auxilio",

"Sappho", "Cesarea". Je pense "pasifaea". J'ai un peu

Froid.

41

 

Peut-on tout justifier ? peut-on prouver, par exemple,

Que la mère de la poésie mexicaine est Sappho ou

Qu'Auxilio, dans le poème, tempête et hurle, fracasse

Ses poings ridés contre la porte ? peut-on prouver,

A l'aide d'un raisonnement verbeux ou limpide, par

Exemple, que les réal-viscéralistes n'ont écrit que

De mauvais poèmes ? peut-on justifier la violence

Et la haine d'Archimboldi en cavale, ou ma propre

Joie devant le lac où coulent les hommes ? Sans fin,

Je me pose ces questions. Je me demande, un peu

A la manière de Noxer, si Acanthe défera la grande

Catastrophe à mes côtés. Je me demande si nous

Avons le droit de rire pendant le cataclysme, et la

Possibilité de nous en justifier. Que cela soit la

Seule réaction saine dans un monde dévasté,

La seule quête possible, sur le Web comme à

La montagne, je n'en doute pas une seconde,

Mais qu'on puisse l'expliquer aux hommes,

Qu'on puisse leur tendre un miroir où d'un

Seul coup ils se reconnaîtraient, j'en doute.

40

 

Ma ville a des tentacules. Elle existe.
Partout, gestes saccadés, secousses
Font de ma ville un château ; espace
Illimité. Ma ville est un problème ; ô,
Ce problème est à moi. J'ai, en mon
Âme, une ville tentaculaire et je te le
Confie : elle existe.
 

39

Caborca

 

C'était la revue d'une poétesse mexicaine.

On l'aurait cherchée.

Dans le sable, sur les pistes, sous la poussière.

Elle ne nous aurait laissé qu'un poème.

38

C'était la poésie de l'Edda.

37

 

Au fond, peu m'importe ce que je trouverai sous l'eau.

Des visages d'hommes congestionnés, une buée, une

Eau trouble. La vase qui depuis longtemps nous guette

Blessera mon corps. Je ne descendrai pas. Je resterai,

Seule, sur la rive. Les montagnes m'environneront et

Me protègeront. La terre tremblera 666 fois, le soleil,

Mon père, viendra me cueillir. Au fond, je n'ai pas peur

Car mes idées sont claires. Je ne suis pas ta mère. Le

Plongeur me posera cette question : "Es-tu la mère de

La poésie ?", ensuite il coulera. "Je ne suis pas ta mère".

Cesarea, Auxilio et moi, nous glisserons dans la vase,

Légères comme des lutines, heureuses comme un ba-

Teau. Un bateau. Sous l'eau, tous les petits poissons de

Montagne guettent l'arrivée des corps. Ils guettent les

Hommes, la grande catastrophe. La coulée, la collaps-

La collapsologie. La fin de notre monde. Le début de nos

Vies. La naissance de la poésie mexicaine. Sous l'eau.

36

Je suis la mère de la poésie mexicaine, fille. La mère de la poésie.
On m'a retrouvée sous le sable des pistes. On m'a traquée !
Dans le désert du Sonora, jusqu'à cette ville trois fois maudite.

Santa Teresa.

Dans la partie centrale les femmes sont mortes. Elles se vengent
Désormais et rient dans l'eau du lac. Elles tendent des miroirs
Complètement fêlés aux hommes, pour la beauté du geste.

Fille, tu es

Un indice. Une fée. Une mère. On te traque dans le désert, moi
J'ai vu Cesarea. Je n'irai pas jusqu'à dire que je l'ai reconnue.
Je me suis présentée à elle en lui tendant une main tremblante :

"Pasifaea, mère"

Auxilio porte une main tremblante devant sa bouche et rit en cœur
Depuis les toilettes de l'université. Il faut du cœur. Moi, je suis encore
Devant le lac, Cesarea dans le désert, Auxilio dans les toilettes. Nous,

Sœurs,

Habitons trois lieux distincts. Les hommes sont dans le lac, coulés, avec
Le plongeur mort qui est la poésie. A Santa Teresa, il n'y a plus qu'Archi-
Mboldi venu libérer son neveu, bien sûr, les hommes se soutiennent !

Fille, l'histoire,

Nous la connaissons depuis longtemps. Nous n'avons pas fini de démêler
Le nœud, la botte de foin, la grande catastrophe. Cataclysme où nous rions,
Une main tremblante cachant nos bouches. Nous sommes édentées et nous

Sommes des poétesses.

Je suis la mère, et je vous protège. Je suis la mère, et je ris car c'est bientôt
La grande catastrophe. Je ne veux culpabiliser personne, prendre soin de
Personne, je suis seule et je pleure ou je ris, dans les romans de Bolaño.

35

34

C’étaient les prophéties d’Auxilio et Pasifaea.

33

On me grifferait le corps et on dirait :
« Eh oh, lâche la branche, vieille chienne »

Je ne sais plus pourquoi je m’agrippe.
Ça doit être une question d’endurance,
De fierté, je mets du cœur à l’ouvrage.

On me roulerait en boule, sur les cimes
Et on dirait « Oh eh, n’agrippe pas,
Cette branche, décrispe tes doigts. »

Je ne suis la chienne de personne. C’est
Pourtant consolateur, ces murmures :
Corps griffé, je m’agrippe aux petites branches.

« Sais-tu, sais-tu ce que l’on fait / Quand l’on sent
Que l’on va lâcher ? Vieille chienne, mère infâme,
On lâche ! »

32

 

Je n'ai pas peur. Je vais beaucoup rire, souffrir,

Et ces deux mouvements de mon corps seront

Placés sur une même ligne, vertueuse et claire.

Je n'ai pas peur : rire, hurler, mutiler mon corps

Et en retour, tenir bon : voilà comment les cata-

Strophes nous travaillent. Fille, nous serons l'une

Et l'autres assises au bord du lac. Nous n'aurons

Pas peur et détricoterons une longue écharpe de

Laine rouge. "Pénélope", fredonneront les hommes,

"Pénélope, plongez vos lourdes têtes sous l'eau du

Lac ; n'ayez crainte, vase et boue seront légères."

Nous tricoterons, fille, puis détricoterons, la lourde

Laine rouge, et c'est sous le poids d'un foutu zéphyr

Que nos têtes trembleront. Plongeur mort, poésie,

Lourdes têtes sur les rivages : ma montagne est si

Triste quand j'y pense.
 

31

 

Que me reste-t-il de toi, Liz Norton. J'ai cru apercevoir
Tout au fond de ma mémoire, un reflet, presque une
Illusion, dans le miroir, tout au fond de ma mémoire.

Ballotée dans les grandes villes du monde, Liz Norton
Cherche un écrivain. Elle cherche, au travers de textes
Fragmentaires et géniaux, un homme. Pourquoi est-ce
Si important, je me le demande. Liz était chercheuse à
L'époque de la mort de l'auteur. Elle avait sans doute
Très bien lu Barthes, et Foucault, et toute la cohorte
Critique du Texte. Cette théorie de la réception mal
Digérée, je ne peux que l'imaginer, elle devait l'avoir
Fichée dans de petits cahiers, nombreux, rangés sur
Les étagères de son appartement. Clair, élégant, plein
De livres, l'appartement de Liz devait digérer tant de
Théories complexes qui, aujourd'hui, sont déjà passées
De mode. De nos destins parallèles émerge alors cette
Différence : je ne cherche pas Archimboldi, et pourtant
J'ai assisté à la mort de Barthes et du Texte. Je voue un
Culte idiot et tendre aux auteur·ices, Liz, et dans 2666,
C'est toi qui m'intéresse.

Que me reste-t-il de toi, Liz Norton, ballottée d'un congrès
À l'autre, et fragile, et brillante, et malheureuse ; tes petits
Cahiers ont depuis longtemps brûlé. Et toi, Liz, au fond du
Reflet, tu cherches encore cet homme complexe et violent,
Archimboldi, un géant, l'ogre de l'Europe dont les pas font
Trembler la terre, dont les pas saccagent les océans.

30

C'était ce qu'il reste lorsque le lac se vide.

C'était ce qu'il reste lorsque le lac se vide.

29

28

 

Bon. J'ai perdu trop de temps. Resserrons l'enquête.

Il y a forcément des motifs dominants, dans la trame.

Les voici : Auxilio, Cesarea, Pasifaea. Trois femmes et

Avant elles, Sappho. Une poétesse lyrique. Un groupe

De très jeunes poètes saouls en permanence, repliés

Dans les pages d'un gros livre, et parmi eux, Garcia

Madeiro. Il y a quarante-quatre ans, il inventa, releva

Un défi, que nous relevons, inventons, aussi. J'ai eu

Comme un pressentiment... Ma mémoire lâche. Est-

Elle fidèle puisqu'on me fait remarquer qu'une jeune

Mexicaine vend des tapis, que Fate a tenu la main de

Rosa, toutes choses qui me sont désormais étranges

Etrangères. Jusqu'à quel point ces images lu, vues et

Ressenties ont-elles disparu ? je secoue la poussière,

Sous le tapis, sous la mémoire, ça ne fait pas un pli :

Il ne reste rien de cette main tenue, de ce tapis ni de

La jeune mexicaine. Il reste au contraire un motif, un

Motif lancinant : lac de montagne, plongeur mort, po-

Ésie, collapsologie. C'est tout comme si le monde se

Fendillait par tous les bords à la fois, c'est tout comme

Si le soleil était mon père, car certes il l'est sur le plan

Mythologique, ça, qui pourrait me l'ôter ; c'est un peu

Comme si le monde, fracassé, humilié, choisissait le

Souvenir vague des pages d'un roman de Bolaño pour

M'annoncer une chose que nous avions mal comprise.

Le monde est fini. Le monde va sur sa fin. Tout comme

Les femmes meurent, tempêtent, hurlent et fracassent,

Le monde meurt.
 

27

 

On ne peut diviser 55 poèmes en deux de manière parfaite :

Quel poème pour accepter ce rang, le 27,5ème poème ? Pas

Le 27 que j'écris en ce moment, pas le 28, moment de doute.

Je voulais citer Dante dans le texte et puis, je me suis souvenue

Que cette démonstration de culture légitime n'était, pas, ici,

Un choix pertinent. Et pourtant, c'est bien de milieu, de moitié,

D'une forêt et d'un chemin qu'il s'agit. Je me tiens seule à l'orée

Prête à dépasser le lac où j'ai trop rêvé... il ne reste pas grand-

Chose, il nous faut reconstruire. Je pense qu'Auxilio, Sappho et

Bolaño m'y aideront. Reconstruire. Avec patience. Quand Aquae

Aura dénoué tous les fils de sa propre enquête, quand la vieille

Voiture crachottante de dartyXXXI aura rendu l'âme, quand mira

Aura trouvé sous un chêne la paix, le silence intérieurs et quand

Scezelivo acceptera d'intégrer à sa mythologie des noms mex-

Icains, tout sera plus facile. Nous avons perdu en route quelques

Poéètes·ses qui nous rattraperont peut-être. Couloir miteux et

Glauque d'une revue, papiers dépareillés, journal hachuré de

Vers ; jumelles dépariées, coordonnées incomplètes, métier à

Tisser. Je dois oublier pour un temps toustes celleux qui me

Suivent. Je dois dépasser la frondaison des arbres, et laisser le

Lac qui au loin remue doucement.

26

 

Le livre que je lis en ce moment se passe au Mexique. Il n'a pas été écrit par Bolaño, et pour moi qui ne suis pas mexicaine, il ne se passe donc pas dans le même Mexique que celui des Détectives sauvages.

Ce livre s'appelle La Maestra. Une femme blanche, canadienne, y est malade, puis s'échappe de la bâtisse monstrueuse et dorée où son mari la cloître ; elle laisse derrière elle la glycine blanche, traverse Mexico, ignore les Huastecos qui manifestent devant la cathédrale, prend un autocar qui l'emmène à son terminus.

Elle accoste dans un tout petit village de montagne, misérable. Les gens y ont la peau dorée, sont analphabètes, et espèrent du Presidente un curé et un gendarme. Elle se fait passer pour une maîtresse d'école.

Les villageois·es ne l'aiment pas beaucoup, iels se méfient. Cette étrangère qu'iels nourrissent apprend à leurs enfants des choses qui les dépassent ou leur donnent des cauchemars.

La Maestra, qui peu à peu oublie qu'elle s'appelle Emma, se voit confier un nourrisson. Deux petites filles se confient ensuite à elle. Pour des choses aussi radicalement importantes que la maternité, et pour d'autres moins importantes, la Maestra ne sait pas dire non.

Dans le village, les petits garçons s'appellent Pepito, Juanito. Les petites filles portent des prénoms semblables, qui se terminent par un -a.

Que dire de ce village, au bord d'un volcan et d'un précipice. On y mange du maïs et, lorsque le maïs pousse mal, du cactus. Une forêt est investie par les esprits magiciens et conspirateurs, dans le fond du village.

Sept cabanes seulement, et les villageois·es demandent au Presidente un gendarme et une route goudronnée. L'autocar ne pousse jamais la route jusqu'au village, il faut marcher, escalader, contourner pour s'y rendre.

Je ne connaissais pas le Mexique des Huastecos misérables, qui vivent dans les montagnes et n'ont accès qu'à un service publique minimal. Le Presidente, ou son assistant, ou même l'assistant de son assistant, ne donne ni route, ni gendarme, ni curé, ni vraie maestra au village : il indique d'un doigt paresseux la décharge où, parfois, des livres usagés sont jetés.

On ramène des livres usagés au village. Ils parlent de guerres, et de pays trop lointains pour Pepito, Juanito et les filles.

Ce Mexique n'est pas celui de Bolaño.

25

 

25, comme ce jour de décembre où naît l'enfant Jésus.

Petite, je me berçais de cette image : berceau de foin,

Nouveau-né, animaux de l'étable aux naseaux fumants.

Je n'imaginais pas Marie en parturiente, mais plutôt en

Sainte, auréolée d'une lumière très douce, nécessaire

Dans ce village de Nazareth où les nuits devaient être

Très noires. Joseph occupait une place en retrait, et

Les rois mages, suivis des bergers et des villageoises,

Apportaient de riches cadeaux, ou une adoration très

Simple. Mon cœur d'enfant fêtait cette naissance, car

Jésus était l'Amour, et je ne rêvais de rien d'autre. Il

Me semblait que nous faisions fête à cette très douce

Lumière. Mais bien sûr, ma famille faisait fête à elle-

Même, et bien sûr, il n'y avait rien de honteux à cela.

Je me demande si les poètes et les poétesses du ro-

Man de Bolaño faisaient fête à l'enfant Jésus, s'iels

Faisaient fête à l'Amour. Ma tante accouchera deux

Jours avant Noël d'une petite fille. Cette année, une

Fois encore, je célèbrerai une naissance, une bonne

Nouvelle, mais j'ai perdu la foi depuis longtemps. Je

Me demande combien de naissances réelles seront

Célébrées, si tout comme Marie, ma tante aura des

Airs de sainte, une cicatrice recousue, une auréole.

24

Je suis allée au bord de la mer, pour y prendre des vidéos.

Les vagues étaient déchaînées. Le vent hurlait, les vagues

Se brisaient contre les rochers. Une mousse épaisse giclait

Sur le goudron de la route. Les taillis tremblaient, et leurs

Petites feuilles, sur mon écran, étaient à peine visibles dans

Ce tremblement. J'ai enregistré beaucoup d'images. Mes

Vidéopoèmes, dans cette deuxième partie de la traque, ne

Seront plus fabriqués à partir des images troubles du lac

De montagne. Ils seront désormais emmêlés à l'eau bleue

Des vagues, au vent qui tremble, à toutes les feuilles du

Taillis. Je les espère réussis.

23

 

poème privé

22

 

On serait en retard dans la traque. On en rirait et on se dirait : il est venu le temps de l'accélération.

Plus de ces vagues timides, lacs de montagne vus à travers une buée persistante, non ; plus de ces

Timides allusions intertextuelles, finies ! Plus de ces poétesses érigées en statues de marbre blanc

Et de ces vers longilignes et sages. Viendra bientôt la tempête. A quoi ressemblent la colère et la te-

Mpête lorsqu'elles sont à ce point liées à trois ou quatre séquences d'image ? je me demande aussi

Bien à quoi ressemblera ma voix, ce pâle instrument, timide et modulable, lorsqu'il voudra s'accor-

Der aux mille nuances de fracas de fin du monde, lorsqu'elle voudra s'entremêler aux tempêtes ?

Pasifaea est une poétesse mexicaine, Pasiphae est son double mythologique et furieux. Oui je sais

Vous me direz, que les hormones, que la précision, que la rigueur ne sont plus de mise, périodes

De séismes et de naissances... Comment lier ces nouvelles humeurs aux Détectives, c'est ce que

Nous ne savons pas encore, mais que nous trouverons bien. Dans le vacarme et l'improvisation, une

Pensée toute simple, nette, peut faire place aux meilleures alliances. Plus de ces allusions timides.

21

 

poème privé

20

19

 

On court dans les champs, on court dans les pages. Et quand on ralentit, on continue de courir. C'est ça, la traque.
C'est une course d'un jour, d'un mois, qui se prolonge.
C'est une course à travers champ, dans les pluies et dans les vents.
C'est une course violente qui n'en finit jamais.

Quand on croit qu'elle se termine, il lui reste des poèmes à écrire. Des images à prélever, aquatiques. Tout au fond d'un lac de montagne, au bord d'une plage bretonne : des images, pour la course.

Une traque ça se vit avec des chiens de chasse qui vous déchirent le mollet.
Une traque c'est solaire puisque, aussi bien, je m'appelle Pasiphae.

Pasifaea, fille du soleil, est parvenue sur une côte et regarde derrière : des vagues déchaînées, un phare, quelques images qui n'en finissent pas de chanter.

La traque c'est une suite de poèmes lyriques à donf, lyriques comme Auxilio Lacouture.

Auxilio Lacouture est la mère de la poésie parce qu'elle est le personnage le plus lyrique de Bolaño.

Il lui manque des dents. Elle n'est plus jeune. Elle est la mère de la poésie, dans le lac de montagne où elle plonge, elle est la mère et elle n'a pas peur.

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17
 
Yuko, le 26/07/10 sur Babelio a écrit:
Lorsque je suis revenu à mon fauteuil, je leur ai demandé de nouveau quelle était leur opinion maintenant qu'ils avaient devant eux un véritable poème de Cesarea Tinajero en personne, sans plus aucun intermédiaire, le poème et c'est tout, ils m'ont regardé et ensuite, tenant chacun la revue à la main, ils se sont plongés de nouveau dans cette flaque des années vingt, dans cette mare obscure et couverte de poussière, et ils ont dit caray, Amadeo, c'est tout ce que tu as d'elle ? et je leur ai dit ou peut-être je l'ai seulement murmuré : eh bien oui, les gars, il n'y a rien d'autre.


Eh bien oui, les filles, il n'y a rien d'autre.

Sion est un poème, c'est tout. On y VOIT DES CHOSES. Mais on n'y comprend rien.
On n'y comprend rien parce qu'on est perdues. Petites plantes mauvaises, chardons, au
Bord du chemin, nous sommes perdues. Nous avons trafiqué des cadrans de montre, et
On nous a crues. Mais nous sommes, tout de même, perdues. Ligne de mire, crête, c'est
Tout en haut de la montagne que j'avais cru te voir. Tu t'es dérobé, comme une chouette
Comme une mauvaise métaphore. Tu t'es dérobé et maintenant je suis toute seule et j'
Espère en mon père, une réponse douce, comme un rayon, comme un de ses rayons, sur
Mon visage fatigué. C'est une très mauvaise manière d'écrire !

16

 

Je voulais écrire en pensant très fort à Bolaño pour voir, pour voir
si l'ultime petite racine à en tirer était tirable vite fait comme un lait
noir, puissant, comme un lait coulé d'une colline, lait petite perle noire
lait puissant, sinueux... je m'égare.
                                                                que reste-t-il en moi des romans
longs et courts de Roberto Bolaño, mort en 2009 un an avant ma 1ère
inscription sur JE où tout le monde en parlait, que me reste-t-il, quelles
images ? Israël, dormir sur des canapés, points de chute, mélancolie,
il me reste aussi les hôtels où Liz Norton couche avec des chercheurs
et les meurtres, et le jardin où sèchent les pages d'un livre ; il me reste
une plage et de longues promenades, le Troisième Reich, et bien sûr
l'avion à la suite duquel s'inscrivent des poèmes dans le ciel chilien, mais
je dis ciel chilien quand je pense ciel d'Amérique du Sud. tout est vague,
pris dans une brume incontrôlable, et je sens par tout mon corps les pas
de géant d'un écrivain fictif, d'un écrivain perdu, je vois le corps crucifié
d'un général roumain, peut-être dans une villa luxueuse, peut-être pend-
ant la Seconde Guerre mondiale. je vois déambuler dans les rues les jeunes
poètes réal-viscéralistes, et l'ombre d'Auxilio qui les couve, car elle est leur
mère. je ne peux m'empêcher de voir aussi le lac de montagne, en Savoie,
et maintenant, le lac de montagne, dans les Pyrénées, que j'ai utilisé pour
mes vidéopoèmes. j'amalgame tous ces lacs, puisqu'ils sont nombreux dans
le réseau métaphorique de Bolaño, les lacs, les plongeurs... une grande tri-
stesse me prend car rien ne se passe comme tout aurait dû se passer. mais
on ne sait jamais. on ne sait pas, à deux jours de la fin de la traque, comment
tout ira se terminer. quels vidéopoèmes encore – j'ai dans mon téléphone des
vagues, de l'eau remuante, prise aux grands lacs suisses aussi bien qu'à l'eau
de l'océan breton. mais tout ira. tout se prolongera.

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On aurait un goût sucré dans la bouche. Une petite joie cruelle,

A peine. Goût de l'indélicatesse, de la stupeur, j'ai vécu trop de

Ces aventures longilignes. Il ne reste rien. Sappho s'est penchée

Par la portière de la voiture, et apostrophe les réal-viscéralistes.

Elle est la mère, leur dit-elle, la seule mère ; Cesarea, Auxilio et

Pasifea n'étaient que des mystificatrices en quête de légitimité.

Elles n'avaient qu'à rester au bord du lac, regarder les hommes

Couler. Toutes les bulles explosent à la surface, longtemps ; la

Mère de la poésie, c'est notre alliée, aussi longtemps que sa pl-

Ace lui est assurée. On aurait un petit goût de stupeur dans la

Bouche : un étonnement, une joie. Les sources de notre lyrisme

Étaient enfouies sous la terre d'une île. Un phare, au loin, nous

Rassure : Sappho, Lesbos, la mère de la poésie nous fait signe.

13

 

autre lettre à FINAMOR, postée de Mytilène – fragments

 

 

Citation :

 

ta langueur,

FINAMOR, ô ma fille .......
ta langueur, ton sein ......, ta lyre font de toi une .... étrange......
..................
on te chasse par les rues.........
on ne te confie qu'un petit panier de brume
...
ta ........, ma fille, a fait de toi une étrangère ..........
.................., ta stupeur, ton sein doux

toute caresse, toute tendresse consumées
ta ........., ma fille, ta lyre qu'on veut briser

12

 

Lyrique à donf est une chanson qu'on chuchote à l'oreille de Garcia Madeiro
Pour l'endormir. 55 poèmes, bientôt, la traque s'achèvera. Lyrique plus que
Sappho, lyrique plus qu'Auxilio Lacouture lorsqu'elle rêve briser un vase, pas
Possible. On sort nos lyres, on les dégaine ; lyrique à donf c'est une chanson
Pour les hommes qui écrivent de la poésie expérimentale. On défait douce-
Ment, patiemment, nos héritages. Sous la terre, on creuse, on fouille, de lon-
Gues fouilles nous mènent sous la terre de Mytilène. De petits vases ébréchés
Tintinnabulent lentement sous le coup de nos pioches. On creuse, on fouille,
On retrouve sous la terre, longuement amassés, les poèmes de nos aïeules.
On fouille, sous la terre, de petites faïences, d'oblongues poteries, on creuse
On retrouve, on défait nos héritages. Sappho est là qui nous rassure et nous
Chante cette chanson : lyrique à donf, mes filles, c'est une chanson pour vous
Une poterie, un vase ébréché. Sous la terre, mes filles, vos lyres vous attendent.

11

10

 

 

Ce serait le secret d'une ligne, car une ligne est une réal-viscéraliste en un sens.

9

8

 

Comme les huit marches d'un problème, je descends l'escalier ;
Intime et précise, comme mon escalier. Intime et précise, comme
Huit marches d'un problème qu'on aurait achevé. Pas tout à fait.
J'aimerais que soient perceptibles l'urgence et la hâte qu'on a finir
L'enquête au plus vite, devancer, courser, sur les pas de Scezelivo
et des Rouzillons de darty ; on a la sensation d'achèvement, elle
Est délicieuse. Comme un chocolat chaud pris entre ami·es ou un
Thé brûlant – comme le corps brûlé de Sappho. Je suis avec vous.
Je vous regarde et je vous vois depuis les profondeurs d'un lac de
Savoie, d'un lac pyrénéen, d'une mer lorientaise achevée. Aurez-
Vous cette force, vous hisser, tout en bas de ma traque ? avec joie
Répondirent les aventurier·es en ôtant leur chapeau. Bientôt, nous
Pourrons prendre ensemble un chocolat chaud. Ouh, ouh, traque
Hivernale, Garcia Madeiro ! qu'as-tu fait de ta bibliothèque, qu'as-
Tu fait de tes livres de Bolaño ? Dans le fond, Sappho ricane : elle
Goûte ces drôles de métalepses tout comme si elle était chilienne.
C'est tout comme. Sappho ébouriffe la tignasse de Cesarea, nous
Dirions deux complices depuis le début des temps. Mon père, toi
Qui permets de si douces choses, je te dis Merci.

7

 

 

On aurait trop vite oublié la solution. Les indices étaient là, depuis le début, dans les profondeurs du forum.

mirasoleou, Cesarea, RuthW, Aquae, Sor Juana Ines de la Cruz, Miromensil, Orties, une ligne, Acanthe, Sappho, Pasifaea, Auxilio, alicedartyXXXI

autant d'indices

de traces
 

6

 

Comment ne pas être épuisée par la traque ? Ma robe est souillée.

Comment ne pas trébucher contre les racines d'un problème ancien ?

Mon père, tu cesses de me guider. Tout remue sous la fange, depuis

L'espoir d'une apocalypse jusqu'aux rires de mes sœurs. Tout circule

Dentelle légère et remuée, c'est un vase qu'on aurait depuis longtemps

Brisé.

5

 

On t'aurait cherchée.

Dans le sable sur les pistes sous la poussière
Partout pendues à tes basques
Partout allait ton ombre

Lunes et soleil, flottaison, tu aurais laissé dans la boue
Dans le sable, plein les puits
Des présages

666 augures de ta présence.

On t'aurait cherchée partout, fille,

4

 

Il faut continuer, malgré tout. Malgré l'épuisement, malgré la joie – la joie est une denrée simple.

La joie nous maintient sur nos jambes, c'est un carburant solide. Nous dévalons peu à peu la pente,

Le sentier qui nous avait menées au bord du lac. Dans son sac à dos de montagne, Auxilio avait pris

Quelques livres de Bolaño. C'est une fourmi, elle ne prête pas, mais j'ai tout de même pu attraper

Quelques fragments d'une aventure sororale. Entre mes dents, je serre un brin de paille, je mâche,

Je songe à toutes les revues de poésie que nous retrouverons au pied de la montagne. Nous pour-

Rons leur envoyer des poèmes misandres et lyriques, mais rien n'assure que ces poèmes aient du

Succès dans les revues, fanzines, journaux froissés édités par les derniers descendants de la jeune

Poésie mexicaine. Il est certain, en revanche, que nous pourrions éditer une feuille de poésie rien

Qu'à nous. Nous ne l'appellerions pas Caborca. Nous sommes tristes, souples et légères.

3

 

Fille que j'ai cherchée se déclinait au pluriel. Elles étaient puissantes, mes sœurs.
Elles m'attendaient en bas, placées en rang d'honneur. J'ai pris, un peu, peur.
Elles sont plurielles, mes sœurs. Elles se déclinent tout le jour et invoquent d'une
Voix claire Rosa, Liz, Cesarea, tous ces personnages ; elles n'invoquent pas les
Victimes de Santa Teresa.

2

1

C'est la fin de la Traque solaire, en retard (mais Garcia Madeiro n'est pas regardant sur les chronologies)). C'est le début d'autre chose, Liquide.
 

Faire les choses.

8 Novembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Mon écriture est concentrée et naïve
Comme un souffle

Elle s’épuise contre le mur, elle est fracassée
Elle est triste

Et je suis triste quand j’écris à cause de cette sagesse
Qui me vient du fond du cœur
Et qui est millénaire

Manière de dire qu’on est victime de sa propre
Simplicité, simple gestion nerveuse
D’un flux de pensées

Enfin, mon écriture est naïve comme une boîte de crayons,
Elle gère l’ouragan elle est trop
Pleine de comparaisons

Mûre et en rythme, plaisante pour qui écoute
Surtout si toi tu écoutes
Mais tu n’écoutes pas

Bien que cela fasse naïf de le dire

Bâbord toutes.

29 Octobre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Les mouettes ont mal su, par bâbord, chavirer
Elles sont échouées.
Mais quelle pitié, ce fouillis de plumes,
Ce gâchis de becs.

Nous sommes sur le rivage où nous marchons.
L'eau de la mer est paisible,
Sa retenue, son maintien, les vagues
C'en est trop.

Les mouettes sont échouées, mais quelle pitié,
Petits tas de sable et de plumes,
Blanches inconnues, écrasées,
Rouges qu'à moitié.

Les mouettes ont mal tourné.

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Rose et tubéreuse.

18 Octobre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je voulais l'écrire, ce poème, j'en avais une grande envie puisque tu es mon amie et que je voulais rendre hommage à un thème que tu avais si bien mûri.

Je marchais – je marche toujours – vers la parfumerie de G. quand, inexplicablement, tu t'es dressée devant moi. Tu regardais les montagnes, de biais ; brusquement, je suis devenue responsable de l'instant où nos regards se croiseraient.

La limonade que nous avons bue m'a détournée d'un projet qui, pourtant, te concernait.

Quelques jours plus tard, nous sommes allées ensemble dans une pharmacie – pas une parfumerie – où, pourtant, quelques flacons étaient vendus. J'ai pris deux languettes pour les parfumer : rose et tubéreuse, tu vois, "rose et tubéreuse", c'est presque un poème, et tubéreuse, c'est presque ton parfum.

L'odeur violente de l'alcool m'a écœurée.

Maintenant qu'elle a sans doute décanté, je suis à L., loin de chez moi ; et loin de ta ville où sans doute tu bois le thé, dans ton appartement. J'y pense, car tu collectionnes les parfums et leurs fioles.

Je suis un peu triste de ne pas pouvoir écrire un poème, de ne pas poster sous FINAMOR un poème sur tes parfums, de ne même pas créer de rythme autrement que comme ça, par hasard :

rose et tubéreuse
tubéreuse et rose

Une petite prière.

7 Octobre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je vous en supplie, chardonnerets, ne me faites plus de mal
Rangez vos becs, vos ami·es vous suivront : mésanges,
Passereaux, les grives et l'étourneau
Ne sont pas en rythme.

Je les ai tous connus

Lorsque nous étions ensemble,
D'un bel ensemble, les oiseaux ne souffraient pas.
Je vous en supplie, chardonnerets, ne lui faites plus de
Mal, vos ami·es vous suivront : mésanges, grives, étourneau.

Les sujets à traiter puisqu'on est à Budapest.

23 Septembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

la règle est d'écrire, vite et d'une traite, pour épuiser ces choses vues / ressenties à Budapest (textes écrits en 14h22 et 15h06)

 

La dépression interrompue

Il faut se rendre à l'évidence. Le temps de la dépression, comme le temps de l'été, est passé. L'avion qui vous emmène à Budapest n'a que faire de vos larmes, de votre désespoir, de votre absence au monde. Il vous enfonce droit dans des problèmes qui ne sont pas les vôtres. Dans une gadoue politique dont bientôt vous serez familière. Il faut se rendre à l'évidence, le temps de l'été est bien passé.

 

Les mails professionnels

Il vous faut écrire de nombreux mails professionnels, qui vous enfoncent dans une angoisse que vous ne connaissez que trop. Un mail pour décliner, l'autre pour rassurer, le troisième pour quémander. Vous y passez toute une soirée, terrible. Puis vous recommencez, puisqu'aux mails on répond : un mail pour réassurer, un mail pour confirmer, l'autre enfin, pour saluer. Vous vous enfoncez dans une gadoue terrible.

 

Les acouphènes à ELTE

L'université de Budapest est un campus ancien et boisé ; vite, vous repérez les toilettes et le café. Vite, vous comprenez comment éviter les ennuis, comment vous isoler. Vite, les acouphènes vous rattrapent, toujours à ce même tournant de couloir. Vous vous demandez, l'humeur taquine et conteuse, si l'histoire dont vibre ce recoin de l'université n'en serait pas cause ; les révoltes étudiantes, si rares en Hongrie, ont-elles produit un écho blessant ?

 

Les yeux fatigués de T.

T. vient de loin pour présenter sa poésie. Il est jeune tout comme vous, n'est connu de personne tout comme vous. Sa poésie surfe sur les outils technologiques de pointe, les pseudonymes des tréfonds du Web, toute cette culture dont vous êtes familière également. T. a les yeux fatigués – sans doute le jet lag. On applaudit T. après sa performance, bien fort, bravo T. !

 

Deux poétesses

Deux poétesses, deux interprètes sur la petite scène éclairée de la salle. L'une vient de France, l'autre est hongroise. La poétesse française, venue de loin, lit des textes de poésie française, les siens. La poétesse hongroise, venue d'ici, lit des textes de poésie hongroise, les siens. Et pourtant, dans cette configuration toute en parallélismes, un écart se creuse, terrible, terrible. Dans la salle bondée, l'écart est désormais si grand que, gênée, vous vous rencognez dans votre fauteuil – il est vrai confortable.

 

La "poésie qui tombe des mains"

Un chercheur brillant et curieux nous avoue qu'une certaine poésie lui tombe des mains. Cette poésie, c'est la vôtre et c'est la nôtre. Vous vous demandez, inquiète, si vous avez le droit d'écrire. Le colloque hurle d'une seule voix, toujours répétée : votre poésie tombe des mains, tombe des mains. Alors vous intervenez, vous expliquez, vous défendez votre communauté – et vous comprenez que cette défense n'est pas perçue. Votre poésie tombe des mains.

 

Les tercets qui tombent des mains

Alors vous écrivez quelques tercets, nichée sur votre banc de l'amphithéâtre. Des tercets rythmés, qui vous bercent et qui clament leur droit à l'existence et à la berceuse. Vos tercets répètent et se répètent, ils rassurent. Vous vous dites que l'on aime être rassuré·e. Vous vous dites que votre acte de résistance est dérisoire et ambigu car, bien sûr, c'est ce colloque qui résiste, et à quoi bon résister contre ce qui résiste.
 
Yaourt hongrois

La gastronomie hongroise vous tombe des mains. Vous ne trouvez nulle part de quoi vous sustenter : charcuterie, fromages inodores, fruits peu mûrs dans les supermarchés ; saucisses grasses, chou mariné, fast food mondialisé dans les restaurants. Reste ce petit miracle qu'est le kefir, yaourt au lait caillé qui vous évoque le lait ribot de votre enfance.
 
Sandales cassées

Vos sandales sont cassées ; leurs lanières se défont, et la colle emmenée de France ne résout rien. Alors, vous vous cognez l'orteil contre la pierre disjointe et l'orteil devient bleu. Malgré tout vous observez régulièrement, sur cette application téléphonique, le nombre de kilomètres parcourus ; parcourir les berges, les rues droites et longilignes, parcourir la ville, c'est une quinzaine de kilomètres par jour, distances parallèles à votre été. Les sandales n'y ont pas résisté.
 
J. et sa haine

J. vous parle beaucoup ; il vous parle, surtout, de la manière dont il s'oppose aux choses et au monde, aux êtres et aux faits. Cette haine que vous connaissez mal est créatrice, elle possède une force qui déborde J. et lui permet de penser et de vouloir. Il vous dit que vous êtes bien peu poéètes·se, vous qui n'éprouvez jamais de haine ; vous lui répondez que vous connaissez la colère, que vous avez écrit un poème qui porte ce titre, précisément. Vous marchez devant le Parlement hongrois, devant lequel Erdős Virág a clamé ses poèmes.
 
Repenser à Sciamma

Vous avez vu, quelques jours plus tôt, Portrait de la jeune fille en feu. Ce film était conçu comme un traquenard et vous a poussée dans vos retranchements. La grande douleur diffuse continue de se propager en vous, à travers vos marches dans la ville. Vous pensez, souvent, à PersonA, aux îles contournées, à l'amour.
 
L.

On dirait de L., et ce serait facile, qu'il est un héros de roman hongrois. Que ses grands yeux, sa joie et son désespoir, ses vêtements d'intellectuel d'un autre monde, d'un autre temps, en font un personnage de roman. Les discours que prononce L., au début et à la fin du colloque, remercient et s'excusent. L. fait du colloque un tout petit miracle, un moment de chaleur où viennent se nicher quelques personnes perdu·es, traqué·es. Leur monde est finissant, et vous tremblez.
 
Regards insistants

Depuis que J. vous a dit combien certaines formes de racisme prenaient racine ici, vous ne pouvez vous empêcher de dévisager durement les personnes dont les regards insistants pèsent sur J. Vous ne savez plus bien si les costumes extravagants, les cheveux bouclés, ou le grand nez de J. sont visés. Alors, par défaut, vous durcissez votre regard et vous dévisagez celleux qui regardent. C'est bien sûr dérisoire !
 
Bruit des sirènes

Vous ne savez qu'écrire du bruit des sirènes, puisqu'il recouvre tout. Ambulances, forces armées, police, pompiers, les sirènes de la ville crèvent l'espace sonore à intervalles réguliers. Vous les liez aux acouphènes. J. s'exclame devant le bruit des sirènes, mais ne le couvre pas.
 
"Chez nous"

Vos espaces intérieurs sont divers ; la pension de famille, en marge de la ville, occupe un espace de terrain accidenté. On vous en remet les clefs à une réception qui vous évoque ces hôtels traversés par Humbert Humbert il y a des siècles. Le AirBnb, au cœur de la ville, est blanc et moderne, mais siège dans un vieil immeuble soviétique. Vos valises étalent leur contenu à l'air libre, et vos livres occupent sagement les étagères – Virginie Despentes, Sebald, quelques livres de philosophie.
 
Panique et promiscuité

Le soir, vous tentez d'aller manger un phở dans le meilleur restaurant du quartier. Vous faîtes la queue devant ce lieu où d'innombrables hippsters dînent en discutant, puis la serveuse vous amène jusqu'à une table collective et vous désigne deux places en vis-à-vis, intercalées entre des couples, serrées. Vous paniquez, et vous fuyez. Le ridicule de votre fuite, une fois sauvée, provoque en vous une panique que vous ne pouvez plus juguler. La ville est devenue hostile, vous en pleurez.
 
En finir avec Budapest

Après-demain, l'avion vous remmènera à Paris, en France, dans ce petit coin du monde où vous avez passé l'été ; vous vous demandez si cet interlude vous aura séparée de votre désespoir ; si la poétesse hongroise, L., les berges du Danube et les haines de J. vous auront guérie. Vous l'espérez.

La poésie expérimentale.

22 Septembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Ce que donne la civilisation c’est un grand pré
Où j’ai trop balancé les boulettes
Des rimes, la vue.

Ce qu’elle nous a donné, la civilisation, c’est une vision
De calme ; une ardeur où j’ai balancé
Les boulettes, la rime.

Dans ce grand présent, la civilisation, ce qu’elle nous a laissé
C’est une plaine où le calme, les boulettes
Font le lit de l’ardeur.

*

La version écrite, ce n’est pas la version chantée.

Il existe, entre les deux, un fossé
Que tu ne peux combler.

Tu perçois la crevasse, mais n’en tires pas le fil.
Tout au bout de la pelote, une rime
Que tu ne peux chanter.

As-tu honte, quand la pelote quand la crevasse
Se rejoignent quant au fil, cohérent
Que tu ne peux chanter.

*

Je recycle, car j’aime bien les tercets.

Trois fois trois fois combien
De strophes ?

La poésie ne
S’interrompra jamais. Mais
Je recycle, car j’aime bien les tercets.

Si ces poèmes-là nous enchantent, pourquoi
N’en écririons-nous pas de nouveaux ?
La vertu du même.



La vertu des foules.

Grand peuple des poèmes, toujours
Petits à petits pas serrés, venez nous enchanter.

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L'été

15 Septembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

L'été a passé long et tendre, qui me menait vers toi.

Nous nous sommes vu·es.
Nous nous sommes reconnu·es.

Pourquoi parler de ces X heures qui me furent offertes
Comme jalousement je m'étais refusé·e X années

Elles sont le trou qui n'appartient qu'à moi.
Elles étaient tendres et longues.

L'automne me tire à lui, seul·e désormais.

Corbeille de fruits.

3 Septembre 2019 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Corbeille de fruits.

 

L'odeur du fruit a crevé l'écran noir.
Je m'attendais à un film familier.
Mais les corbeilles étaient pleines
De fruits, capables au premier coup
D'œil de crever les écrans, noirs.

Ce n'était pas un film familier. Un 
Petit garçon aveugle tâte, palpe, renifle
De beaux fruits pâles dans des corbeilles.
Il cherche le plus goûtu d'entre eux. Alors
Il trouve une grenade, ou une pomme rouge.

Leur odeur lui monte aux narines, et ses
Narines se confondent momentanément 
Avec l'écran. L'odeur de la grenade ou de
La pomme, rouge, crèvent l'écran, noir.
Je m'attendais à un autre film que celui-là.

 

Corbeille à fruits.

 

Les fruits ont quelquefois une étrange fonction.
On les pend par la queue aux barreaux des fenêtres.

Il se mettent alors à irradier dans la ville. A toutes les fenêtres,
Les fruits s'imaginent nombreux, pluriels et mûrs.

Visqueux, ils dégoulinent sur les passant•es. Tant et si bien
Que les passant·es lèvent le nez vers les fenêtres, tant et si bien

Que la ville irradie. Cette fonction étrange est peu exploitée dans
Les villes. Je me dis quel dommage, devant la corbeille à fruits.

 

Corbeilles.

 

Je délire. Mes textes imaginent à ma place
Des dispositions loufoques d'objets familiers.
Mes textes revisitent, à ma place, des films
Que je n'ai pas tournés. Des films familiers.

 

Je délire dans le texte, comme je marche dans
La ville. À très longs pas prudents, et seule.
Toujours, seule, dans le texte comme dans la
Ville. Une corbeille à fruits, une corbeille vide.

 

Mon appartement familier contient des fruits
Et se situe dans la ville. Dans mon appartement
Familier j'écris de nombreux textes où je délire.
Je ne le quitte que pour marcher, toujours seule.

 

Je suis un être, au fond, familier et rationnel. 
J'achète des fruits pour les placer dans une 
Corbeille, je ne les choisis pas visqueux. Pourtant
Dans mes textes, les fruits deviennent étranges.

 

Dans mes textes, je marche dans un film iranien
Où un petit garçon aveugle tâte la chair opaque
De fruits (grenades ou pommes, je ne me souviens
Que de leur fonction de fruits, dans le film).

 

Je revisite les films, et je revisite la manière familière
Dont les objets sont agencés dans mon appartement.
Nulle main étrangère n'a tenté de les dissoudre.
Nulle trahison ne se fomente lorsque je marche dans

 

La ville. Pourtant je suis disjointe de la manière familière
Dont mes longues enjambées prudentes usent le sol
De ma ville. Je me noie dans l'écriture de textes et
Je sens bien qu'ils sont lumineux, étranges et pâles.

 

Ce n'est pas dans l'écriture que je peux résoudre
L'étrangeté des fruits, ou la mienne.

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