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Les plages blanches ont des bouteilles.

7 Mai 2011 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Nouvelle

Il y a des vermisseaux qui grouillent sous le rocher de la plage. Célestine les dégage avec son bâton - on lui a répété qu'ils ne souffraient pas, sans doute est-ce du à une absence de nerfs sensitifs, sans doute à la voix absente qui ne peut hurler (la douleur).

Les vermisseaux sont de minuscules larves blanches qui tortillent leur queue et dégagent des volées boueuses de leur passage. Célestine les compare au dentier d'Abigaïl, et Abigaïl est sa mère morte.

Les vagues effacent le sillon creusé des insectes, la mer salée ronge les petites peaux mortes qu'ont le bout des ongles de Célestine. Elle a mal. Elle ne dit rien. Puisque les vermisseaux s'échappent et font des roulis sous l'eau, sous le sable-gravier, on ne les voit plus.

Un vieux temple dresse sa carcasse au soleil, celui-ci se décline et ses rayons mièvres embrassent le dernier feuillage printanier.

 

*

 

J'ai dans la tête un noeud marin trop serré, maman a dit qu'il fallait - quoi? Une décoction. Le mot est délectable, pas la vieille tisane qu'elle a posée sur mes genoux. C'est parce qu'avec les vermisseaux j'ai fait la tambouille saline, il fallait goûter, le petit doigt tendu, et voilà maintenant je n'irai plus à l'école. Ca peut durer deux jours ou quatre, ça dépend de comment je simule.

En plus c'est bien, je fouillerai le jardin, sous le treillis il y a je crois un trésor. Pas l'odeur de l'aubépine que maman appelle -délice vital, mais du vrai or, des vieilles pièces de pirates, qui sont morts sans les venir chercher. Avec ce trésor déterré, j'achèterai un vrai bateau, un des vieux qui sur le port sont amarrés avec des mousses sur les côtés, et lui et moi, moi-lui on ira jusqu'à d'autres pays, et le sel griffera mon bateau, il sera blanc.

Des cachalots me suivront et ils feront des cris. Même… J'emmènerai seulement ma sacoche en cuir de chèvre avec dedans un beau dictionnaire à mots inconnus, du chocolat noir, du papier et mes crayons de dessin, mais personne ne posera de vilains pieds d'humain sur le pont de Celestin -parce qu'il faut toujours donner aux choses des noms. Voilà.

 

*

 

Abigaïl traîne ses savates dans les escaliers et sert des tartines pleines d'ail à Célestine. Elle est morte Abigaïl, parce qu'elle ne parle jamais sauf pour dire des choses qui sont simplement comme ça, que la tisane c'est une décoction ou que son jardin est délices. Célestine sait pourquoi: quand elle a eu sept ans, le petit truc qui moisissait dans le ventre de la grosse juive s'est détaché et à cause de ça, il n'y a pas eu de bébé nouveau, les adultes disent d'ailleurs que c'est plus possible qu'un jour un autre revienne s'accrocher aux parois intestines d'Abigaïl. 

D'autres dames elles en font pas trop d'histoires compliquées, pénibles, ratatinées, mais Abigaïl elle, elle est morte, au delta d'un ruisseau (sans chercher Charlie, la chatte).

 

*

 

J'ai dans l'idée d'insuffler à Célestine une certaine noblesse, l'étoffe d'un héros très minuscule, mais la niaiserie classique qui atteint le lecteur au portrait d'images d'une fillette (cette race étant de loin la plus méprisée), qui pense avec des mots-bascules, me décourage à en expliquer longuement les subtilités. Garder seulement à l'esprit que cette fillette-ci a dans le corps une force mouvante qui la fait mépriser les complexités de la médiocrité, Célestine est noble et n'en a pour connaissance qu'un fil tendu des côtes au sommet du crâne, et ce fil la vrille vers ailleurs, un peu au-delà aussi.

 

*

 

La nuit s'abat derrière les volets et fait craquer les dents des très vieux. Célestine gratte sa nuque et elle pense à comment s'échapper du regard chaud, mort d'une grosse femme brune. Derrière la porte de la cuisine, il y a une pioche, très utile pour creuser jusqu'aux trésors. Alors Célestine descend l'escalier et bute sur des marches plus biscornues que les autres, mais elle ne tombe pas, l'escalier grince terriblement et ça ne réveille pas les morts. Il y a une pioche derrière la porte de la cuisine et Célestine la prend entre ses doigts, elle fait des caresses sur le manche froid comme des frissons remontent sa colonne vertébrale.

 

*

 

Accélérons la cadence: il y a - Célestine qui creuse - des pièces rouillées avec des effigies - un vieil Haddock qui ne prend plus la mer - une poignée de main pas très vigoureuse - l'accord? conclu - une sacoche en cuir de chèvre boursouflée, fouillée par des mains, des noeuds de mains - des pieds malhabiles sur une coque - un noeud qui se détache de la berge - le soleil qui se marre et cogne les dos - un roulis, roulis amoureux - une pièce (la dernière) qui sombre sous la première vague.

 

*

 

C'est le troisième jour.

Le ciel, c'est comme une aquarelle, il y a des rayons qui passent sous les nuages et font une bouillie jaune, bleue, blanc, gris. Mes crayons dilués à l'eau salée font presque un effet d'aquarelle mais hier la tempête a renversé mon papier de droite et de gauche, il n'en reste qu'un tas d'effritement hâtif, Hou, Hou. Celestin est plus solide que je ne le croyais lorsque le vieil Haddock a ricané, la main crispée (elle était moite, la sienne).

 

 

*

 

 

Deux pieds posés sur le sol flageolent et tentent des pas. Et l'équilibre fragile, le voilà rompu, et Célestine tombe, mais ce n'est pas comme la "chute lente d'une plume", c'est un gravât balancé et misérable.

Célestin sur le sable est échoué, son petit mât tordu, ses petites planches émaillées de crustacés. Il a vu passer des nuées d'oiseaux qui portaient sur leurs ailes toutes les couleurs, il a vu passer aussi quelques limandes dodues qu'un hameçon transperçait aussitôt. Plein la panse tendue de Célestine. Des heures passées à les sécher, une face puis l'autre sous le soleil, et le sel de la mer croustillant sous leurs écailles.

 

 

*

 

 

Mes heures blanches. Quand le bateau tanguait en roulis tièdes, je dessinais des crêtes blanches. Le temps a été uniforme pendant deux mois, j'ai des tas de coquilles noisetées sous la cale et maintenant à terme je sais que j'ai trouvé l'île du trésor. Elle a des nuances: de verts, de roses, beaucoup de bleu en haut et un peu de caillasse.

 

 

*

 

 

Célestine a trempé ses pieds dans le sable d'une île à peine imaginaire. De drôles de crabes rouges courent jusqu'à elle et s'inclinent - c'est la bienvenue des maîtres incontestés du lieu.

Comment construire une cabane? Et l'envie? Ne vient pas à la fillette, allongée sous des tonnes d'arbres, à la main une bouteille repêchée à l'océan. Il y a dedans une lettre, les caractères un peu sanskrits ont coulé sur son bras et font une vague, Célestine sent le désespoir dans les signes et veut aider l'homme un peu tassé qui les a tracés.

 

Il pleurait et une arche comme son dos voûté soutenait les pans de sa maison. Ce n'était pas une masure, mais presque un château, et pourtant il était triste. Il avait tué quelqu'un qui était à peine une silhouette, son fils. 

Je voudrais être un emporte-pièce et expliquer ces gestes un peu tristes et sadiques qui tirent les bras sages d'un homme riche à étrangler un nouveau-né, expliquer la passion pour une femme morte, expliquer les traits cyniques d'une boule de graisse, tracer les cris-boules d'un animal exécrable et les tangentes qui heurtent un crâne-douleur.

 

Et puisque l'océan timide frappait trois coups à sa porte, dans le sang qui est un sacrilège, l'homme avait hurlé, écrit avec de l'encre bleue, et jeté plus loin que loin une bouteille. C'est tout.

 

 

*

 

 

Je ne comprends plus où emmener Célestine. Elle a tangué sur le monde entier et perdu ses crayons. Un homme l'a appelée par hasard, elle ne peut pas lui répondre (la compassion est une bête qui comme de petits monstres aux rayons âcres transperce l'humain enfoui sous les côtes d'une fille sans autre humanité que celle d'un corps, un corps mince tendu ombragé).

Elle ne sait pas avec sa force bâtir de tous petits empires, les lianes et le bois sec d'une plage lui sont sans lien d'avec les cabanes que construisent les enfants des livres scolaires. 

Célestine est un peu perdue.

 

 

*

 

A dire vrai, les rêves brumeux de Célestine ont rempli une petite vasque.

"Les mots on les utilise avec une bouche qui n'est qu'à nous, alors sais-tu, en plus des oreilles qu'on tord comme on pense, comment on peut comprendre les autres?"

Elle a dit cela comme une évidence, la première de toutes les évidences.

Un jour un crabe viendra qui l'emportera et retroussera son short rêche, il la pincera et elle mourra une plaie sur le flanc et des sanglots blancs coincés au travers de sa gorge, Célestine comme un cadavre jeté sur une plage blanche, comme une fin en soi et sans bouteille, comme la fille d'une mère morte qui ne démêla pas l'histoire familiale.

 

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La miette qui suinte.

1 Mai 2011 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

 
Je suinte.

Oui, il y a sur mon torse des éclats durs. Je suinte, un peu, c'est trop.
Electrifiés, mes pieds gambadent, cadavres, ils sont écorchés, ils sont peu.

Sur le torse de Gabriel
Des balafres signent l'émoi
Je suis pas du tout aquarelle
Mon dieu l'arrosoir pas moi

Gabriel est rouge l'émotion partout le perce il a des trous de couleurs et le papier glisse à ses pieds - nus.
Gabriel a l'arrosoir planté en haut, toupet roux sur main moite, je l'aime.

Trois
et deux
même font des roulades

Je suis franche comme une vieille sardine, reprenez vite vos guibolles et courrez jusqu'à la butte, dansez après moi et suez vieux cochons.

Mathilde au sable.

21 Avril 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Au lieu de parfaire le château de sable, Mathilde tresse ses nattes. L'une a plus de longueur que l'autre, alors elle les ramène sur le côté, sa nuque est pleine de grains de beauté. Elle a retroussé sa jupe et l'ourlet décousu traîne sur un genou -celui qu'elle plie sous ses fesses. 

 

Au loin des hommes passent, ils rentrent du travail comme tous les soirs et Mathilde les regarde comme tous les jours. Des noeuds partout emmêlent ses nattes, elle pose ses doigts entre les mèches et tire. Un homme surtout passe, un peu plus voûté que les autres, et tient à la main une ombrelle sans couleur. Il est plus lent. La cadence l'enveloppe et le dépasse et toujours il garde à terre ses yeux de pêche. Mathilde ne sait pas pourquoi elle pense ça, mais sans doute est-ce parce qu'il a les yeux juteux. Elle s'imagine les gobant, le droit d'abord et symétrique l'autre, elle sent exploser leur contenu sucré sur son palais.

 

Un jour l'homme s'est arrêté juste à côté du bac à sable. Il s'est allongé, sans détours, et son ombrelle traîne sur l'herbe (mouillée parce qu'il a plu la nuit).

 

Mathilde est une petite fille, mais elle n'est pas curieuse. Elle le regarde évidemment, il n'y a aucune autre forme dans son champ de vision, et ses cheveux cèdent quand elle leur tire la longueur. Comme un réflexe millénaire, elle cache sa culotte qui dépassait et rampe sous le tas de sable qu'elle a construit en deux mois. Il est immense et ses tunnels trouent la campagne, des pommes ont roulé dans son coeur et il y a leur odeur pourrie.

 

Au bout de trois croisements, Mathilde est perdue. Et alors? Elle fera des réserves de noisettes comme les écureuils et comme ça elle pourra voir comment grandissent ses cheveux, sans lumière. C'est le fruit d'un pari avec Annabelle, parce qu'Annabelle est très blonde et pense que le soleil fait pousser les cheveux. Mathilde les a noirs et parie sur le sommeil, quand on dort tout accélère, alors les os s'étirent et l'appétit s'étiole.

 

Elle ne s'ennuie pas. Des lombrics rampent contre sa poitrine plate et froids font des frissons, elle en jette quelques-uns et glisse le plus gros contre son pied, la plante de son pied est noire de sable humide. Le ver de terre s'en va tellement doucement qu'elle a le temps de compter très loin, dans son langage inventé.

 

Ca lui a pris au moins deux ans de perfectionner le vocabulaire de son langage secret, mais la grammaire n'existe pas, on peut tout mettre dans tous les sens et crier, on peut chuchoter et mélanger des syllabes inertes.

 

Elle sent la pression d'une main qui n'est pas la sienne sur son mollet, on la tire vers dehors, c'est le monsieur bizarre. Mathilde laisse tout son corps racler la terre, le sable, elle a des grains dans la culotte et des brindilles dans les chaussettes, des petites égratignures suintent sa peau de partout.

 

Le monsieur la regarde et il bave en bas, il a la main posée sur son pantalon, entre les deux cuisses. Il veut juste que Mathilde enlève sa culotte, mais alors pourquoi? Elle ne comprend pas. Il ne lui explique pas. Mathilde retrousse sa jupe, fait glisser sa culotte verte jusqu'aux pieds et ouvre les jambes écorchées, le monsieur fait des chatouilles sur son très petit trou, mais Mathilde n'a pas envie de rire, c'est comme d'habitude, elle observe.

 

Lui il baisse juste un peu son pantalon et prend les doigts de Mathilde, c'est chaud contre son froid à elle. Ses nattes sont toutes ébouriffées et du coup elle a un peu honte, il la rassure parce qu'il l'appelle petit corbeau.

Après son visage est tout tendu, ses yeux regardent n'importe où - mais Mathilde sait qu'il est un peu ailleurs et que c'est bien.

Marie

21 Avril 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Poème

Marie il faut que l'on parle

Tu poses tes mains sur le clavier

Regarde un peu les lettres

On en fera des châteaux nus

Parce qu'ils s'effondrent

Le long d'une falaise

La mienne

Marie ne t'essouffle pas

Tu caches tes fleurs 

C'est que tu en as honte

On les mélangera à la poussière

Tu es bien faible d'y croire

Encore à mes promesses

A mes ébats le soir -solitaires

Tu vois je déséquilibre encore

Ca t'embête tu es déçue

Marie

Prends ta fleur et colle-la moi

Elle m'agresse mais 

Anaïs.

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La mort à la fin.

17 Avril 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Il a de petits cils qui pendent des yeux, il se désagrège et même ses ongles ternes amènent des relents de truite desséchée au nez de sa soeur. Elle, elle lui tient la main et gémit dans ses yeux, parce qu'elle l'aime beaucoup, elle le lui dit, qu'il est sa petite moitié de coeur et que sans lui vraiment, elle aura du mal à marcher, il lui manquera cet équilibre discret auquel nul ne porte d'attention.

 

Ils sont posés comme par hasard au fond d'un vieux chalet tombé en poussières depuis des siècles et leurs pieds raclent des lattes très vermoulues, une souris dégage d'un trou et court vers une cheminée noire. Il crie sans voix, rien ne sort, qu'il craint les souris, leurs dents qui lui semblent des bris de verre surtout. Elle pose deux mains moites sur son regard et lui ordonne de ne plus penser aux souris, ainsi elles existeront un peu moins.

 

La lumière s'effiloche. La nuit remue et gagne sa bataille symbole, la nuit glisse son bleu marine entre les corps tièdes des deux enfants (leur enfance est loin pourtant).

 

-Tu meurs? 

Il ne dit rien. Cette question-là ne se pose pas, lui fait un peu plus de mal sous le dos, sous les pieds, de partout.

 

-Hé! Tu meurs, tu meurs, tu meurs.

Sa soeur chante soudain et sa voix utilise des sons sans plus de sens, les "tu" chevauchent des "meurs" en saccades, sautillent plus haut que ses bras tendus, puis s'éteignent - ce n'est qu'un subterfuge qui fait mieux reprendre son envol aux syllabes.

 

Il cherche l'émotion dans les mots, il ne trouve rien. Déçues, ses petites hanches se referment autour du bassin de sa soeur, il la désire sans avoir ce petit sursaut qui le lui ferait comprendre. Elle gueule encore ses sons et le caresse sans frissons, trop ferme pour qu'il la sente toute vivante.

 

Le toit craque très sinistre et prépare ses planches moisies à la chute; elle, elle lève la tête et ferme ses lèvres beuglantes. 

 

-On va mourir.

-Je pense pas.

-Si, on va mourir.

-Peut-être.

 

Ils ont les paroles dures, le dialogue creux, les aisselles humides.

La souris repasse et dandine ses cavités à leurs yeux placides, la souris porte deux fils de laine entre ses pattes bossues.

 

Ils parlent soudain, méli-mélo de mots en pagaille, ils ont peur et suent, c'est comme des animaux qui sentent les ultra-sons, c'est comme un matin d'ouragan qui sait déjà lui que tout va s'effondrer sur leurs crânes en os d'humains, les os craqueront et de la cervelle recouvrira leurs doigts mêlés parce qu'ils ne se comprennent plus, le frère meurt, la soeur meurt.

Les vasques.

16 Avril 2011 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

Il y a des gouttes qui traînent le long du mur noir. Et quelques silhouettes se bousculent qui tiennent de petites vasques ouvertes au liquide. Elles s'agglutinent, les vilaines nuées humaines, et raclent les vasques contre la paroi, récupèrent jusqu'à la dernière humidité.

Il y a un garçon qui arrive d'ailleurs et ne sait pas ce que sont ces coutumes. Il ouvre son visage avide aux va-et-viens de la foule, ses pieds heurtent le monticule qu'il a choisi pour se hisser un peu au-dessus. C'est le moindre des efforts.

Une jeune fille comme dans les contes marche blanche jusqu'à ses pieds bringuebalants et s'agenouille. Elle lui tend une vasque pleine qu'il refuse en lui caressant le poignet. "Je m'appelle Olga". Il trouve Olga si jolie et son nom si laid qu'il se promet de lui mentir quant au sien. "Je suis Ernest mais je viens d'autre part". Olga ne l'a plus regardé et s'en retourne en faisant valser le liquide sur son visage, il est trempé.

Le garçon essuie des gouttes comme de la sueur et passe un doigt sous le menton. Sa mâchoire craque très placidement, et quelques douleurs conduisent ses pieds en serres, recroquevillé, petit, tas, boueux.

En réalité le voilà seul, et ce n'était sans doute pas une des idées qu'il se faisait des voyages, ceux des livres ont des trains plein de cahots, des visages hauts de couleurs, et des musiques astrales dans les images.

Histrion

5 Avril 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Poème

Histrion

 

J'ai sauté sous un pont

Il crén'lait le noir-nuit

J'ai cogné l'histrion

Sans moi, sans bruit ni cri

 

Il avait des dentelles sous la peau

Qui tombaient sur ses yeux - je les clos

Il ne faut plus souffler quand il cogne

 

Ses paupières

 

L'histrion

 

Blond

Ballon

 

Sous nos pieds le gravier a disparu

Avec emphase

Il s'est désagrégé

Plein d'eau coule…

Sous nos pieds

Nus

Perdrix.

10 Mars 2011 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

Tout au fond de la baraque, deux perdrix se battaient une miette de pain. La plus hargneuse serrait ses griffes volatiles autour du cou très tendre de Mina, celle qui n'était plus tout à fait domestiquée, à supposer qu'elle l'ait un jour été.

Il arrivait souvent que la baraque excitât la hargne animale, mais jamais encore Mina ne s'était sentie attirée par le pain. La galette cuisait pourtant, une croûte dorée sur des mollesses de pâte à crêpe, et quand la perdrix la plus hargneuse avait fait basculer le petit plat jusqu'au sol, et quand le craquement avait retenti de toutes parts, et quand une miette losange s'était envolée vers la cheminée, eh bien, Mina avait dandiné son croupion volatile. Puisque si les moineaux apprécient le courbes fugaces des miettes de croissants, les perdrix ne s'attardent jamais que sur les angles qui tranchent.

Mina se sentait mourir, son petit cou balancé en tous sens sous des griffes de tyran, pauvre Mina.

Il advient que les moments pénibles soient entrecoupés de riches imprévus, et ce fût évidemment le cas lors de cette scène.

Un chat (assez stupide, du reste), apparût dans l'entrebâillement de la porte et ouvrit des yeux assez globuleux, je me dois de le dire. Il aimait le croustillement qu'offre la peau sombre hâlée des perdrix… Ce chat.

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Loubna.

5 Mars 2011 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

Quelques petits d'homme s'assoient au bord d'une route rêche et regardent passer les camions, ceux qui ont roulé des milliers de kilomètres depuis la ville. Ils soulèvent des nuages de poussière bleue, puisque la terre d'ici a des reflets de porcelaine. Parfois, une portière s'ouvre et une tête crépue se glisse dans la fente, des cheveux dans les dents et une main sur le coeur. 

Un jour crémeux, l'un des petits d'homme s'est levé au passage du dernier camion du convoi. Il s'appelle Loubna. Il a des amandes dans les yeux. Sa mère quand il est né a soufflé une fois de trop puis comme une bougie louche a laissé des vagues de cire l'effacer. Son père a tué une mouche qui grimpait sur son avant-bras puis est parti de l'autre côté du continent.

Nadège et le papillon

5 Mars 2011 , Rédigé par lesmiettes Publié dans #Nouvelle

Ce qui n'a pas de prix c'est le goût d'une tomate cerise qui rougeoie percement sur la main tendue d'une petite fille, rousse. Elle s'appelle Nadège, comme toutes les petites filles rousses qui sautillent dans ma tête (mais comment y associer une réalité de petite fille, non, je ne crois pas qu'aucune Nadège ait jamais eu connaissance de mon existence, et vice, et versa).

 

Elle la croque en faisant couler tout le jus le long de son bras dodu et lèche le petit sillon humide en fermant les paupières, car Nadège se concentre sur le goût des choses. Un papillon ridicule qui volait autour de sa silhouette se pose sur un doigt, il réclame sa ration de rouge aussi. Ce ne sont pas ses yeux clos qui lui permettent de prendre conscience de l'existence (toujours ridicule) du papillon, mais son frôlement niais de petites ailes poudrées.

 

Nadège chasse le papillon d'une pichenette et le regarde s'écraser sur la chaussée, un frémissement et c'est fini. Il est mort -pense t'elle en rosissant. Des petits nuages de poudre se rabattent sur sa figure (c'est le vent du printemps). Elle claque la langue humide et salée contre la palais sec et fripé. Tac.

 

Une voiture passe sur le chemin plus bas. Elle soulève toute la chaussée et frappe Nadège au coeur. Un petit garçon blond et globuleux passe une main à la fenêtre et lance un mouchoir aux initiales brodées azur, Nadège courre et le froisse contre son nez. Il a l'odeur du talc et d'eau de toilette très sage, les initiales rudes sont Z et E. Il s'appelle Zoé, pense Nadège, ce qui est totalement incohérent mais elle ne connaît pas encore Zacharie. 

 

Nadège ne reverra jamais Zoé mais ça n'a aucune importance puisqu'elle a enveloppé le cadavre du papillon ridicule dans le mouchoir-linceul, ça n'a aucune importance non plus parce qu'elle ne l'aimait pas vraiment.

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