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Articles récents

Poème de Noël.

27 Décembre 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Les choses retournent de peu.

Tout événement est une merveille.

Ou touche, de peu, cet état de merveille.

Les branches touchent terre, ou touchent,

De si près, le sol. Le soir, tu es venue, et, de peu,

Tu as effleuré ma main. On ne peut oublier, ou peu,

Si peu, la minute au cours de laquelle

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lettre à l'amour

4 Décembre 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

2h25, lettre à l'amour. je vais t'écrire une lettre, une longue lettre, et puis j'irai dormir. depuis quatre ans que je t'aime et que tu habites en moi une maison nouvelle, je n'ai cessé d'agrandir en mon corps l'espace ouvert pour toi. des pièces, dédales, des couloirs fous au bout desquels luit ton visage, mille portes qui claquent à longueur de journée, des escaliers à dévaler la nuit, et pour tomber sur à nouveau une grande porte... si je ferme les yeux je m'y promène, je suis tranquille, paisible, on dirait que la nuit est le jour, que le jour est la nuit. dans cette maison où tu grandis depuis quatre ans, on ne trouve nulle part ton portrait, nulle part le flacon de ton parfum, nulle part tes pantalons, tes chemises jetés aux quatre coins de la pièce ; dans ces pièces vides et lumineuses on ne trouve pas non plus ta voix, ton rire, tes yeux, ni l'impression que me procurent tes doigts quand ils me touchent. dans cette maison où tu te glisses le soir et le matin, dans ce château qui tient du labyrinthe et de la grotte, tu es tout entier contenu et tout entier invisible. je sais que je t'aime parce que les murs ont cette lumière, parce que le chemin est facile et connu, parce que pourtant portes, couloirs, pièces et fenêtres se plient à une discipline que je ne peux pas déchiffrer. hier, tiens, j'avais dévalé trois volées de marche, et sur le palier me suis heurtée à une porte verrouillée. la clef était contenue dix pièces plus loin, au bout d'une enfilade que je ne connaissais pas... je ne t'ai pas croisé. mon amour, depuis quatre ans que je t'aime cet espace est mon corps, je le connais et ne le connais pas ; il grandit, me dépasse souvent, me déborde quelquefois. je sais que parfois, lorsque tu me touches, lorsque tu me regardes, tu sens que je me promène à tes côtés dans cette grande maison folle ; je sais que parfois, tu as presque conscience de cet énorme espace, qui nous sépare et nous réunit à la fois. mon amour, depuis quatre ans que je t'aime, une maison immense se bâtit en moi.

Mais puisque vivre dans une cave à toute chose est préférable.

25 Septembre 2015 , Rédigé par Les miettes

Lorsque Marie ouvrit la porte, tout le jardin était fleuri, déjà. Une grande lumière berçait les roses, les dahlias grandis, les lavandes claires, la vigne sur le mur, l’azalée. 
Comme le Paradou, elle pense.
Comme le grand jardin que le mur peine à circonscrire et où Mouret commit la faute.
Marie a un sourire, peut-elle parler de faute ? Car coucher nue dans l’herbe et se rouler au corps d’un garçon, d’une fille nus aussi, est-ce encore une faute.
La faute, qu’elle murmure, la main glissant derrière l’oreille, y trouvant le cheveu qu’elle lisse.
Je vais vous apprendre à sentir vraiment l’odeur des roses et de l’herbe fraîche juste coupée. Prenez cela, froissez entre vos doigts, caressez avec le bout du nez, inspirez, fortement. Ne laissez pas imagination, sotte image, pensée autre, venir là entre vos doigts. Rien que le nez qui frotte et inspire, rien que l’odeur toute entière et finalement à ce point étrangère.

C'est un printemps étrange, qui ne voit le jour qu'avec les hirondelles (une dernière hirondelle). Il a fallu monter la marche, qui glissait sous le poids de l'humus. Il a fallu contourner le mur de pierre, poser la main sur le carrelage pour y chercher la poignée, poser la main encore, pousser enfin. 
Lorsque Marie ouvre la porte, tout le jardin est là, plein de ses fleurs, que le soleil éclabousse. Elle a un mouvement vif du bras devant les yeux, n'entend que le sifflement aigu des oiseaux. 

***

Marie avait passé l'hiver dans une cave, tout le long hiver, où elle avait descendu tous ses livres, des boîtes en fer blanc (haricots, carottes, pois écossés), dix pots de confiture, un long jambon très sec, des crayons de couleur, un petit miroir. Comme Robinson. Tout l'inventaire préparé depuis des mois, depuis que Jeanne lui a chuchoté : Marie, sais-tu ? Vivre dans une cave, à toute chose est préférable. 
Cela, Marie ne le savait pas. Des caves, elle en connaissait peu : il y avait celle de la maison de mamie, celle du grand immeuble qu'elle habitait alors, et aucune autre. Même Jeanne n'avait pas de cave.
-Jeanne, comment le sais-tu ? Tu n'as pourtant pas de cave.
-Mais, Marie, j'en ai eu une. Les caves, tu dois le savoir, on les trouve au hasard. Ce n'est pas l'affaire d'un héritage, ou que sais-je. Un jour, on y tombe: ainsi la cave grise et bleue dans les coins devint ma cave. Maman et moi l'avons épuisée de nos souffles, et plus un seul grain de poussière n'échappait à mon doigt. Y résonnent encore les tendres histoires de la mère, bien loin du vacarme de là-haut. N'oublie pas les histoires, ma petite Marie.

Marie hocha la tête. Tous les livres qu'elle emporterait dans la cave : une Bible, comme tous les aventuriers. Des poèmes d'Aragon, pour se souvenir des couleurs. Les Pensées, pour avec Pascal garder au fond de l'âme ce silence que font les étoiles (avec les espaces infinis). Et d'autres. Elle picore. Dans les livres, dans les plaisirs. Elle picorera aussi : Madame Bovary, pour l'âme d'Emma, L'Idiot, parce qu'elle aime la joie, et son livre préféré de l'enfance, celui qui sent le sel, Pêcheur d'Islande.

***

Jeanne avait prévenu Marie, aussi : dans les caves, existe un danger. On peut oublier la lumière, les couleurs, et perdre la vue. Mais pas la vue des yeux, celle-là ne s'étiole qu'avec des années. L'autre vue qui est celle du souffle entre les côtes, de l'angoisse comme une petite note de musique, de la main serrée moite. 
Pour se prémunir de ce danger, il faut fermer les yeux, les garder clos aussi longtemps qu'on est dans la cave. Et il faut penser, trois fois par jour (comme on fait sa prière) à la lumière. 
Marie alors a découpé un long bandeau noir dans un vieux rideau, et l'a mis dans le panier avec les provisions, les livres. Elle a décroché le téléphone pour prévenir sa mamie qu'elle arriverait, aux tous derniers jours de l'automne. La mamie, toute heureuse et un peu curieuse, a reposé le combiné en se frottant le menton : des confitures, elle en ferait, mais avec quels fruits ? Pommes, framboises, cassis, rhubarbe ou coing ? Avec le sourire, elle trottine jusqu'au jardin, et dans son grand panier commence une récolte toute exprès pour les confitures de la cave. Elle opte pour tous les fruits. Au-dessus de ses casseroles, elle se penche, touille, ajoute sans cesse des poignées de sucre qui vole et caramélise. Les framboises prennent une teinte lourde, rouge comme du sang ; au fond de la casserole, les pépins rougeoient un moment, la cuiller touille, fait remonter les traînées de sucre à la surface. Mamie déboulonne des pots (dix pots), et les remplit un à un. D'abord la fournée de framboise (deux pots, Marie aime ça), puis celle au coing (de la gelée presque transparente), celle pommes et poires au bon goût de compote, la rhubarbe un peu vanillée, et pour finir, un pot de cassis, pour l'acidité.

Pendant ce temps, Marie prépare sa mémoire. Comment faire pour y loger la lumière ? La pointe du pied sur le tabouret, elle se hisse jusqu'aux étagères du haut, et attrape le dictionnaire. Le Larousse dit : "Clarté émise par le soleil, qui éclaire les objets et les rend visibles". Mais cela, pour Marie, qu'est-ce. Dans le petit carnet, elle note quelques vers qu'elle apprendra, des vers pleins de lumière. Elle pense aux larmes de Junie, "Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence", elle pense à Rilke, "Rose de lumière, un mur qui s’effrite". Déjà sous ses yeux fermés, elle peut sentir le granuleux du mur de la cave, l'odeur pénétrante de la poussière et de l'humidité, elle ronronne de plaisir. Elle sait qu'avec ses poètes, elle gardera une lueur immense au fond du coeur, et que la nuit sera plus grande sous la paupière. Elle se fera pauvre.

***

Mamie se tenait sur le pas de la porte, car elle avait vu tomber la première feuille jaune. Son grand jardin se blottissait en lui-même, les fleurs avaient disparu au fond des corolles. Les oiseaux, même, picoraient une dernière fois les graines laissées par mamie avant de prendre leur envol.
Une voiture s'est arrêtée, Marie est descendue, a claqué la portière, dit au revoir. Mamie a trottiné jusqu'à sa petite fille, lui a pris la main. Marie est ravie, elle en lâcherait sa valise. 
-Tu me montres la cave ?
Mamie lui ouvre le chemin : de dos, Marie a les cheveux lourds, blonds qui tombent sur la nuque. Des fils follets virevoltent contre la peau saine, bronzée ; les bras sortent de sous la manche blanche, le chapeau pend sur l'épaule. Marie apporte toute la mer jusqu'ici, dans les terres épaisses de Giverny.

***

"Je vais descendre dans la cave, mamie, et y passer l'automne puis l'hiver. Lorsque la première hirondelle passera, tu viendras me chercher. Nous verrons, mamie, qui de nous deux connaîtra le mieux la lumière !"
La mamie a un sourire doux, elle connaît Marie comme un petit fruit tombé de l'arbre, elle en prend soin comme des oiseaux qui viennent taper contre la fenêtre, et retombent assommés. Familière et chaude, elle ouvre la porte de sa cave à l'enfant, et descend avec elle le panier chargé de provisions et de livres. 
-A quoi bon le miroir, Marie ?
Marie secoue l'épaule, l'air grave. On ne sait trop jamais. Le doigté froid du verre peut-être.

***

Lorsque Marie ouvrit la porte, tout le jardin était fleuri, déjà. Une grande lumière berçait les roses, les dahlias grandis, les lavandes claires, la vigne sur le mur, l’azalée. 
Comme le Paradou, elle pense.

Je suis le chardon.

23 Juillet 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je suis le chardon

On me ramasse

C’est l’hiver ou le printemps

Personne n’entend

 

Je suis cette montagne

Lourde et ruisselante

De mon coeur profond

Les oiseaux vous parlent

 

Ce que je ne suis pas

Je le deviens en hâte

Petite soeur des bois

Je cours et je suis nue

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Le vent.

17 Juin 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Le temps est venu beau sur la montagne

depuis longtemps cette montagne attend

que le soleil y vienne, touchant.

 

Je suis venue te voir mon bel absent

tu ne sais pas ce qui t’attend

rien qu’un nuage, et qui descend.

 

Porte entr’ouverte sur l’absent

et le vent pousse en chaque instant

un beau nuage qui descend.

J’ai dit le mot de mon absent

la mort est belle comme le vent.

vivante image de la misère

29 Janvier 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Vivante image de la misère
je ne peux rien pour toi,
n'ai rien pu pour d'autres.

Le soleil se couchera encore
sans voir en ton visage
détruit
la preuve qu’il y cherchait.

La mort alignée à cette
vie plus déchirante,
à cet infini qu'on ne 
trouve pas.

Je m'allonge, au fond, 
n'ai rien fait que m'allonger
et le lac me reçoit
pour son hôte de verre.

Ta mâchoire.

16 Janvier 2015 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je suis sous les étoiles 
Perdue en ce moment
Et la même note claire
Résonne infiniment

Qu'on pardonne à la chouette
Son cri le soir venu
Comme à mon cœur idiot
D'avoir si près tenu

Ton visage au long cours
Et à la voix perdue 
Mon beau visage sérieux
Où les eaux se déchirent...

Tu penses aux écritures
A toutes les merveilles 
Au grand trésor sauvage
Ton cœur serti de bois.

Tu peux tout.

6 Décembre 2014 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Tout t’est possible :
tu peux tomber comme une neige évidente
puis te relever lentement
trancher à même la chair
des mains bleuies de froid
Tu peux tout ;
me raconter l’hiver
et saigner une colombe
courir sur un chemin
où fleurissent des calvaires ;
Tu peux
mentir au tout-venant
s’il a visage de bois
sculpter la rose grotesque
le grand visage de l’homme
ou bien
te faufiler dans une aiguille
au chas ourlé de givre.

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Minuit.

30 Octobre 2014 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

Minuit ! douce nuit, je n’ai pas pris le temps
de parler de sa vie et
j’y ai perdu la mienne
(tu disparais
tu meurs
tu es la nuit déjà
sous les étoiles pleines)

Ophélie pour certains
et pour toi, un visage
pris dans le creux des mains
miroir ! je ne pensais pas…
fallait-il vraiment tout ce gâchis 
une vie.

Sept solitudes
à l’ombre d’une petite chambre
un coeur fou terré sous les draps
j’ai mis deux cierges à brûler
des roses sauvages, un verre de vin
un peu de poésie (Schiele, Michaux
Rilke et toute sa nuit
où se perdre comme dans un cri…)

Le tapis fané repose sous mon pied
et sous mes yeux, le lustre vacille
je pense à vous mes chers coeurs
pour qui soleil ni lune ne luisent
amis fous de la mort
anges fous de la nuit

et dans mon rêve
les roses fanent

Petite nuit.

16 Août 2014 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Je ne crois plus en Dieu
ni en cette lumière ;
puissante.
Tu sais, danser n’est plus
permis :
aux corps coupables ni
à ceux qui restent assis
tu sais, danser…

Parcourues de frissons, mes mains
cherchent dans le vague et retrouvent
le sens du mot - perdu.

Oh mon amour
prête-moi un instant, ou donne-moi ta main
le ciel est vide mais je t’en prie
donne-moi aujourd’hui ce pourquoi j’ai parié 
ma vie.

vois :
étendue immense et sauvage
ma vie est aride et l’ardeur
la secoue, 
ou, vois :
je tremble toute la nuit.

le sens du mot
perdu c’est 
le sel ;
c’est
la mer
où se délite la nuit.

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