Mon amour venu d'en bas.
Laisser passer le mois
Me laisser passer, moi
J’ai joie dans la tête
Tout est si bête.
Laisser passer ma joie et
Revenir chez toi
Te prendre dans mon coeur
Mon amour venu d’en bas
Te prendre dans mes bras
Mon amour : tu
M’es venu si beau et
si chaud,
revenir vers toi.
Souffler sur mon visage
C’est une prière pour les heureux
Un cadeau, un coeur rempli de terre
Te descendre sous la terre
Ô mon
Amour venu d’en bas
J’ai tant de joie
Et j’explose (si tu ne me prends pas
Dans
tes bras)
Sans titre.
Si au fond l’air enlace
Qui vous lasse
puis Délace
Alors l’air et je…
délasse, et t’embrasse
toi l’air las
mon amour venu d’en bas.
Le temps peut bien.
Des corbeaux.
1.
tu es ravie
à toi-même et aux autres
tu vois le monde sous des auspices étranges
tu as le coeur des hirondelles
battant, fou comme une porte
étrange, pâle et tu me dis
qu’au fond des lacs git un visage
où tu ne peux plonger
que tu es impuissante
tu es
parfaite comme une image
tu as
le coeur dans les passages
tu dis
que le visage est pâle
que le visage est mort
tu creuses
une tombe pour le visage
que tu ne peux combler.
1 bis.
Soudain, la nuit éclate
et je suis heureuse.
Nous sommes peut-être en ville
Agissant sur la lumière
comme des bêtes
comme de drôles de bêtes
nous nous traînons à la force du poignet
sur le pavé nocturne, sur la terre et sur les champs
Ô mer qui bât depuis son coeur
Dis-moi
est-il mort, vraiment ?
A-t-il des rides profondes, un visage immonde
Son visage : sous l’eau, son visage
Difforme, comme une coquille de noix
Pâle (ça personne ne le verra)
- et soudain, la vie éclate
profonde, noire comme la joie -
Ami étrange aux mains serrées
Dis-moi ce qu’est la nuit
Ce qu’est ta mort ce qu’est le vide
où tu t’écrases lentement
Et soudain, la vie éclate
profonde, noire comme la joie.
petit poème de mars
J’ai de très grandes visions
Délirantes
et nouvelles.
Le petit jour s’il se lève
Tremble à ma fenêtre
Enfin! La rue, où crie le vent
Vous happe cette garce, et tous les
matins, tous les soirs, pas de trêve mais je ne
crains pas le défilé des jours puisque ton visage
y creuse des rides, de très longs plis, voici l’amour comme
une neige. Fraîche soudaine et sourde.
Ce que je dis.
Ce que je fais?
Mais ça n'a pas de sens
Pardonne, pardonne cette
Indécence
Marie-couche-toi
Là
Et surtout ne reviens pas
Marie, Marie,
amputée souveraine
Du sexe et de la gêne
Marie, Sinon marie-toi
Surtout ne reviens pas.
J'entends des mots partout
On dit la haine souvent
(Les mots ne m'aiment pas)
Mieux faîte pour les enfants
Ce que je fais
N'a vraiment plus de sens
Permets cette indécence
Pitié Seigneur
Ma solitude, tu sais
Est une pierre trop lourde
Au cou de la nuit
J'ai des lambeaux d'amour
Des soupirs, un corps humide
Ma nuit mon cri
Nuit docile, nuit d'amour
Ce que je dis, Seigneur
N'a pas vraiment de sens
Pardonne cette indigence
Petite méditation grave.
Je me suis étendue sous un arbre, et j’ai attendu la pluie venir. Je ne voulais pas de la pureté de ma langue - je suis de ceux qui l’aimeraient voir ensauvagée, pleine comme une femme, et peinturlurée parfois. Je ne crois pas que ma langue vienne d’ailleurs, ou d’ici; elle est comme un arbre, elle bruit depuis ses feuilles, s’enfante dans un bruit… De partout. Nous avons tous le droit.
La pluie est venue. Je tiens serré contre ma poitrine le langage et comme je l’utilise. C’est une armature, ma phrase, quelque chose plein de fer et de contraintes, que l’on sent s’animer et pour de faux. Je voudrais travailler ce paradoxe: mon langage, tenu contre une poitrine, tenu serré, tenu caché, et qui pourtant tout prêt à naître parfois… en dit plus (j’en suis convaincue), non par hasard mais pour ce que j’y force ma voix. Ce sont des coups brefs, ces moments où je laisse échapper le mot de trop - l’armature pourtant le saisit et l’avale, mais ne le dissimule pas, à travers encore on voit le mot coupable - il irradie.
C’est compliqué, ce que j’ai à dire - peut-on aimer Artaud, Miller, tous ceux dont la voix est étouffée par le chaos lâche d’une phrase approximative, et choisir la langue la plus contrainte? Ai-je eu le choix, et n’aurais-je pas mieux aimé d’une langue imagée et vivante comme un liquide? Et faut-il revenir à ce français central, et graviter autour comme l’ont fait des Racine et des Genet? Ils furent fascinés comme je le suis par une langue pleine de silence, et auraient aimé la taire. Il ne s’agit pas de haine (le peintre ne jette pas sa boîte de couleurs, ni le musicien la partition). Je n’ai que ça, et eux alors, et c’est d’impuissance qu’il s’agit; nous ne savons peindre ni chanter, et c’est la langue alors que l’on tente d’étouffer, car la langue est si loin de l’émotion.
Quand je lis Claudel, ou Rilke, je sens ce que Pascal disait, du silence de ces espaces infinis, et je vois leur écriture tenter de se faire oublier - mais on ne sait pas le silence lorsqu’il n'est pas troublé. Il y faut des mots, des mots timides, doux, des mots qui se coulent dans une armature. Au-delà et seulement, c’est le silence qui se donne.
Mais le silence pour Artaud, c’est inadmissible, il ne peut répondre que par la colère à cette chose vaine et grande, se sachant vaincu d’avance et luttant pourtant.
Artaud brise le verre, Claudel et Racine coulent leur phrase dans ses ridules, et sur la pointe des pieds, moi, je ne choisis pas.
Mensonge.
En apnée sous la
mer rouge
je me souviens avoir vu
un visage
sans nom, long visage pâle, visage de sioux
et qui me faisait mal
Par là, sous la côte
(caresse avec la main,
sous ma côte)
c'est là, amour
que le visage hurlait
en moi, amour.
Ce n'était pas ton visage
Je ne te connaissais pas
pas encore alors je ne savais
pas ton visage-poème, amour
(sous la mer apparaît ton visage)
les jeunes filles voient dans l'eau des présages
Je ne suis pas comme ça
moi
sans interroger le monde
je venais à toi
et je ne le savais pas
Je n'ai pas de curiosité
mais beaucoup d'amour
et beaucoup d'indifférence
en apnée, sous la mer
rouge
j'ai vu une raie
géante
et ton visage
amour
que pourtant je ne connaissais pas.
La pluie.
La pluie est là
Où le feu n'est pas
La pluie ne brûle pas, ne chante pas, ne souffre pas
On a perdu le sens du sourire - elle est enchaînée, la pluie
Elle ressemble à notre mélancolie
On ne décrira plus la pluie.
On ne la prendra plus du doigt qui tremble
Sur le bord de la fenêtre
(A la mansarde de nos rêves
Nos espoirs n'ont pas de couleur
Et nos pas ne font pas de bruit)
La pluie -
Ne s'arrête pas quand tu meurs
Ni quand tu vieillis
Elle n'a pas cette pudeur
A Jésus qui crie d'en bas
Aux pains de se multiplier
La pluie répond que non
Ce n'est plus l'heure des miracles
Elle ne peut plus noyer le monde
Pour que Noé sur son bateau
A la dérive et à vau-l'eau
Soit comme le père du monde à naître
Non.
La pluie sur mon ventre
A fini de couler
Peut-on l'avouer ?
Bourdonnement.
Si on me pose des questions simples
J'y réponds simplement
Je ne prends pas longtemps pour
répondre et pourtant je
me noie.
Il y a des collines dans ma tête
Qu'un long bourdonnement, et lent
Inonde habite et noie
Des couleurs hésitantes
Comme en ville les pieds les mains
Font mal en me frôlant
Mais me débarrasser
Du long bourdonnement
dans le poème
Il y faut la rigidité
D'un sexe d'homme
Et pris dans la sévérité
D'un vers étroit - il faut...
Mais, si l'on chuchote très bas c'est pour
Avouer que rien ne change
Et surtout pas les mots.
Enfin! Tu sais, toi
Tu sais depuis longtemps
Et un peu mieux depuis que,
Depuis quoi?
Non.
Tu sais en tout cas
Que c'est perdu d'avance
Rien, rien, toujours
Rien que le bourdonnement
La nausée le spasme de vivre
Vomir jusqu'à l'aube des tripes
Imaginaires et encore
Les ravaler pour mieux
la digérer, cette maladie
Tu sais, toi
qu'elle n'est pas contagieuse et pourtant
Tu portes un masque, et tu crois
Qu'on peut être pudique comme ça,
S'excuser au pas de la porte
S'excuser encore une dernière fois
Tu crois même que ça pourra
Te sauver et tu tends la main
A des mendiants comme toi
(A des mendiants qui, comme toi, rachètent leur image longuement et sauvagement brisée
Aux miroirs et aux passants
Infiniment)