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Articles récents

Un poème triste et sombre.

15 Octobre 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Tu ne sais pas mon enfant, tu ne sais pas que le vent
D'où vient qu'il chante comme il danse - c'est la nuit
Dans ton oreille (une conque petite-étrange) ouverte au bruit
Mais c'est enfin à toi! A toi que l'infini a fait
Une grande et douce étoile sous le front 
(comme il tremble)
Quelle est donc cette sueur Elle est moite Elle enivre
Et l'exil dans tes yeux a ouvert cette trappe
Dis-moi
Dis-moi toi
Dis-moi comment c'est quand la nuit tu vois
Tous les soleils éclater - de grandes foudres tomber
Quel bruit tout ça fait à se briser
Et toi qui dégringoles le long d'un puits fermé

(Et cette main qui ne vient pas, 
Cette main qui jamais ne viendra)

De ce puits tu seras la luciole cette folle la lueur et la main
Tendue on ne sait pas
- On ne sait vraiment pas -
L'enfant écoute un peu l'écho
De tes pieds (boum tac les parois qui claquent)
Quel silence encore
(Drôle de silence alors)
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Poème de quand je suis enthousiaste voilà.

6 Octobre 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

 
Il y a dedans moi un miracle
Tu le sais mes doigts brûlent
Et ton visage immense a rongé le monde
(ce qu'il en restait
si peu déjà)

Enfin, dans la rue des tas d'immeubles tremblent
Ils attendent comme moi
Sont plein de vertige, comme moi

J'ai dans le coeur des papillons ; ils tremblent!
Aussi, eux.
Nous sommes ensemble
et le matin s'il est cruel nous sépare
de ses longs doigts de sorcière
J'ai peur mais c'est pour rire
Je pleure tout est si grand
Un rien m'émeut cette fille par exemple
Ses poches percées d'où coule une drôle de poussière
"On l'appelle infini et je suis comme Rhoda"

Ta poussière…
(est la notre)
quel gâchis
si j'avais pu t'aider avant la grande catastrophe
je regrette - ne me pardonne pas - s'il te plaît

J'ai fait un drôle de rêve: à mes pieds des moutons
tout un troupeau salement triste
moi: Jésus
mon amour me trouait le ventre
à genoux je tombais je baisais les pattes
à genoux pour toujours de trop d'amour le monde me tremble mon dieu je suis comme toi mes poches se trouent m'échappent où donc est la mesure ne sommes-nous plus des enfants sages
Des enfants Sages comme le ciel
Posés…
Ce rêve putain ce rêve
enfin peut-être la tête me tourne
et ce grand élan ce grand enthousiasme
Comme un peu de poussière…
venez-à moi enfants j'ai trop d'amour 
et je meurs oui si vous vous détournez
Tu sais ce cri ce qu'il fait ? J'en peux plus de ce vertige que tu m'as donné
sale contagion
il ne reste que la nuit mon dieu que-la-nuit
là, des petites lettres sages
là, là, nous n'avons rien dit rien entendu on ne pourra même pas
signaler à la police
heu
des dégâts nocturnes par ex
Je suis très belle je vais me recoiffer
Tiens, dans le miroir, j'ai de grands yeux de folle
Il me vient à l'idée que je suis la Pythie de Delphes et puis que je vais refaire le monde
entier!

Truc.

29 Septembre 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

 
Je me retire en silence
Puisque c'est plus sain
Ce n'est pas parce que jamais dans le jardin les oiseaux ne chantent
Que je refuse désormais tous les bruits
Et la montagne s'est fermée pour moi

Nous n'avons pas trop d'un visage pour y poser nos peines
Et au monde le donner simplement
Je ne me souviens pas cette chanson
L'air bien sûr mais les paroles échappent
Ca me rend triste, ça y suffit
Oui au fond j'ai à peine un sentiment
Je le cherche il ne veut pas crever la surface
Drôle de bulle souterraine
Enfin, c'est un sentiment avorté

Je ne suis plus sûre de rien
J'ai le vertige tout le temps
La nuit le jour sont pareils
Quand le soleil se cache 

Mais jamais je n'arrive à simplement le dire
Les mots encore ouvrent leur piège
Etouffent doucement la chose tapie
On la dirait venue d'un autre monde
Son visage défait n'est pas tracé pour les couleurs d'ici
Enfin que vous dis-je je m'emmêle
Et voici une pensée sur le rebord du ciel

Je comprends mieux la mythologie les grandes choses simples
Tout est clair maintenant je n'ai plus quinze ans
Allez donc jeter la pierre aux enfants morts ils le méritent
Le monde à leurs pieds est trop pur trop simple moins douloureux
Et parmi eux j'avance je sais la ligne est droite, claire et pure
Et mon regret derrière s'éteint dans un sanglot

Les pensées du matin.

3 Septembre 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Péris, doucement, péris
Et n'oublie pas à ton regard ses jolis mensonges
"ne mens pas ne meurs pas"
vain espoir et trop grandes lueurs

(la voix des petites filles
se perd dans la nuit)

Si l'espoir est vain et ma vie oubliée
Si...

"Ma conscience est si proche
Je veux pas la quitter
Si d'un geste elle m'échappe
Mieux vaudra en crever"

La nuit est venue, a dicté souriante
Des paroles et des mots lâches
A l'enfant sous le drap

J'aime ce jour enfin Ce jour d'ombres et de lumière
Il a mis dans mes mains La jeunesse de mon père

(les montagnes sont très tristes
c'est à cause des oiseaux fous)

Voilà comment s'épuise enfin
Le clavier sur la note
Voilà comment se voilent déjà
Les pensées du matin
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La pitié joyeuse.

25 Août 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Ne me parle pas de pitié de joie de compassion

Aussi longtemps que meurent les enfants

Et si c'est ta faute

Ou celle du curé

Ou celle des arabes

Ou celle des mères De leur haine quotidienne

Ne pleure pas

On enterre les enfants dans de petites tombes

Carrées, blanches 

On y met des fleurs

Ne pleure pas

Il restera les fleurs

Toujours

Ne pleurons pas le ciel n'est pas assez grand

Ni la pluie assez froide

Et qui te regarde

Me regarde?

Le ciel couvre mal nos épaules

Je frissonne, je suis merveilleuse, je reviens de l'Atlantide

Et ma bouche n'est pas assez large pour engloutir

Ta langue enfantine et joueuse

Que reste t-il Il reste le silence 

Et nous nous y cloîtrons

Les bras rentrés le coeur ballant

Donne-moi ta main il fait si froid

Si nous faisons quelques pas nous ne briserons pas la glace Elle est épaisse

Tu as une écharde à ton pieds?

Et le ciel est trop lourd? Encore?

Où m'emmènes-tu insouciante?

Plein de roses de chardons de pétunias

La fleur des forêts la fleur des champs la fleur de sang

Je n'ai pas pitié de toi

Mais viens!

Marchons

Carole.

20 Août 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Nouvelle

Carole a les yeux bleus, les yeux étonnants des fillettes déjà perdues, ceux enfin que lui a donné le jour en balayant quelques étoiles. Pas de faux grain, de grain lunaire à ce regard, et Carole a entendu toutes les paroles adultes, elle n'en veut pas, et qui d'ailleurs encombrerait sa douce lucidité de mots si vilains et enfin trop violents?

 

-Moi pense Carole un jour je serai si petite que je me glisserais entre les pages d'un livre, je n'ai d'ambition que cette idée en pagaille, et d'ailleurs quelle drôle d'idée que l'ambition, on la fera pendre de la plus haute tour d'un château pour venger les vaincus enfin les perdants enfin ceux qui n'ont jamais su manier les clefs. J'ai entre les doigts un gros trousseau et pas même l'ombre d'un mode d'emploi, je chevauche les vagues à l'heure du thé pour me consoler, le monde ne m'attrape pas, ne m'attrapera jamais, ils ont beau jeu tous ces pilleurs de lancer en l'air des foulards, pouah, le geste est trop adroit, qu'attendent-ils de ça, toujours les foulards reviennent se glisser entre leurs doigts, et moi si je fais ça je crois je crois qu'ils s'envoleraient.

 

Un beau jour c'était le printemps et Carole a décidé de s'en aller dans un pays très loin pour et qui peut savoir peut-être en revenir. Elle s'imagine un grand retour plein de fanfare, au moins un bataillon d'éléphants russes, toutes les trompettes de la province, elle s'imagine des regards plein de larmes joyeuses, elle s'imagine du gravier teint en rouge pour faire à ses pieds une traîne.

Carole part sans même dire au revoir, claque ses savates sur le seuil et prend un chemin long et jaune. Elle a dans les cheveux une couronne d'enfant pleine de perles de couleur, dans la main un grand sceptre de roi  et autour du cou le noeud dramatique des pendus futurs. Tic, tac! Le temps passe si lentement que tous ses pas ne la mènent nulle part. Et flic, et flac… Déjà la boue s'entasse autour de ses chevilles. Elle est heureuse sur le chemin.

 

Un jour Carole n'est plus enfant. Sur son visage des poses ménagent toutes les paroles, leur font prendre une drôle de couleur, pas faîte pour elle, mais ça c'est dans la tête qu'elle le répète

-je mens je mens je mens

Elle donne quelquefois des coups de fouets à ses pensées car les pensées sont pleines d'orgueil et Carole veut être un vrai diamant, pas de ceux qui rutilent comme ça en creux et puis vraiment qu'irait-elle creuser si ce n'est dans la roche, pourquoi changer pourquoi avoir toute cette douleur entre les tempes et pourquoi la nuit fait-elle si peur.

 

Carole lit des poèmes appuyée sur le bras du vieux fauteuil et se mord entre les lèvres, toutes ces pensées sont si simples quel beau mensonge, elle veut être simple comme ces mots et loin d'elle envoyer la douleur d'entre les tempes, en réalité Carole veut être comme une petite enfant sous un arbre et qu'on la console longtemps.

Conversation.

24 Juin 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Miette

"Mes cheveux on dirait des araignées sur ma peau, ils me font peur, tu te rends compte? Mes cheveux! Des étrangers tu te rends compte" 
Elle était terriblement lucide en disant ça, ses mots elle les sentait plein de chair et concrets, posés contre ses lèvres pour être aussitôt déglutis, et elle espérait qu'on les entende à peu près de la même façon, grands, un par un, forts et plein de sens, ou du moins plein de leur absence de sens.
Elle espérait qu'on l'entendrait - qu'on saurait le faire! Ca n'avait pas l'air si difficile d'écouter et de comprendre, de refermer le cercle précieux du langage.
Elle a reposé la cigarette à côté d'elle, sur le sol plein de poussière de la cave, triste. La silhouette de son amie lui a semblé vidée, elle n'essaya pas ses griffes à ce jeu d'enfant, le jeu du Es-tu là? presque cosmologique.
Il n'y avait personne ni elle et rien à dire. Pourtant les cheveux quelques secondes avaient été plus lourds, prêts dans le noir à se muer en araignées invincibles.
L'amie se retourna alors, et dans le noir c'était indistinct cette silhouette qui changeait un peu, mais le son.
Elle se mit à parler de choses longues, longues et orageuses, pleines de sanglots qu'elle ne formula pas, d'ailleurs. La fille aux araignées lui prit la main, et la caressa pendant tout le temps de sa parole, va et vient, et encore, va et vient, elle pensait à la mer et mesurait les variations d'intensité dans les mots de l'autre.

blablabla.

14 Juin 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

je suis très frileuse

maman est loin

je suis amoureuse aujourd'hui

des occurrences des occurrences

on se les prendra par la main et gentiment on ira

au marché ou bien ailleurs

mais très loin, c'est sûr

moi je suis née dans un pays

qui n'avait pas de frontières parce que 

il était très loin très loin là où les pays

n'ont jamais de frontières

 

***

 

une légende: monika tient dans la main une pêche

sa peau s'effrite et crie

on ne voit pas les fruits crier

pourtant monika entend comme rarement

comme rarement entendent les jeunes filles

les cris de douleur les cris de malheur

les cris de bonheur

enfin, tous les cris

et peu importe d'ailleurs

 

***

 

moi je n'ai pas de compassion

pour les bergers ni les moutons

que tous ils aillent dans le fossé

la tête le coeur et sans hurler

c'est ce qui m'importe

et d'ailleurs

 

***

 

un jour un chien a crevé

sur la plage

la gueule ouverte

pas de cri.

 

***

 

si je cherche le son comme une monomaniaque

c'est pour mieux vous voir

je ne sais pas d'où vient ma voix

peut-être pas de moi

ni du soleil

ni de la terre ni d'ailleurs

peut-être vaudrait-il mieux ne pas

ne pas…

on ne sait pas

 

***

 

caillou sur la chaussure

en forme de désir

j'ai honte

et mal

le temps me fait mal

pourquoi?

 

***

 

le temps ne glisse pas

la nuit est une gigue

la nuit est une valse

la nuit glisse

le temps ne glisse pas

la nuit est noire

le temps n'est pas la nuit 

jamais

 

***

 

et dommage! écoutez un peu cette chanson

de jésus et ses disciples qui prennent la voix

de beaux énergumènes, chapeau de paille

c'est un mythe ancien

écrit dans un livre

 

***

 

paisiblement je regarde passer le train

qui ne repassera jamais

qui ne viendra pas me chercher

je suis paisible

 

***

 

une longue loghorrée

voilà ce que c'était

trop rapide comme conclusion

trop facile

comme illusion

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Conversation 1.

29 Mai 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Poème

Dans la nuit tu ouvriras les bras
A des silhouettes qui comme moi
Ont des mots plein la gueule des mots
Plein les bras
La nuit est une galerie de songes
-Ce n'est peut-être pas ça

De ces songes qui pris en plein fracas…
-Je ne le sens pas

Ecoute-moi et pense
-Ca je ne sais pas

Si encore seule un jour
Ta nuit prend trop de place
Si tes côtes d'exploser
Miment encore les prémisses
-S'il-te-plaît tais-toi

Dans tes yeux, trop de soleils, je joue à me faire peur
C'est ta bouche ma merveille, et ton coeur mon ablu…
-Plus tout à fait ça

Ta voix c'est l'évidence
-Tu ne comprends pas.

(silence, silence, à toi…)
-Ton silence enfin c'est moi
J'ai dans la gorge enrouée, chatte de fureur, une boule de silence
Tu le crées tu l'espères et tu l'inventes
Phèdre encore sur la colline
Les yeux brouillés de rouge
C'est moi
C'est moi
C'est moi
Pour toujours c'est moi

Catherine.

18 Mai 2012 , Rédigé par Les miettes Publié dans #Nouvelle

Je ne peux plus me moquer de toi quand tu me regardes avec ces yeux étranges, la tourbe que toute la journée tu as retournée à la main, à la recherche du plus grand des trésors introuvables, semble s'y être logée gentiment. Tu n'as pas de douleur. Aucun mal à ce regard fangeux, pas de plainte animale, pas de crocs prêts à sortir de ta bouche pour me mordre. Puis tu me tournes le dos, tu le bombes un peu et invites ma main; je décroche ton soutien-gorge et le pose sur le lit. Tu soupires, tu es épuisée, tu as le corps prêt à tomber partout et murmures tout de même quelques détails de ta journée; pas pour m'en faire profiter, ni pour entre nous créer un lien oral, mes doigts froids sur ton dos ayant suffi à nous unir encore et pour un soir de plus. Je ne pense pas qu'il existe de raison à ce murmure, et si elle existait, je ne pense pas que des mots qui m'appartiennent trop puissent l'expliquer.

 Déjà tu dors, mise plus loin de moi que jamais ne le feront les étangs, les marais, la tourbe de la journée. Tes rêves t'appartiennent, je ne sais rien d'eux, je voudrais pouvoir au moins y apparaître un peu, cela m'ôterait cette inquiétude. Et tous les soirs tu rentres, je pense à cette énigme, tous les soirs un peu tard tu rejoins la maison, tu t'assois silencieusement sur le rebord du lit, tu attends le contact de mes doigts, tous les soirs tout de même tu es là pour quelques instants, toutes les nuits tu choisis de dormir et de rêver à des choses, à mes côtés. Je ne veux pas confondre ces drôles de gestes avec l'amour, le besoin, et encore moins avec l'habitude. Tu n'as pas d'habitude, le matin te fait naître et vierge, tu recommences des gestes que tu ne connais plus, il y a une étrange nouveauté à repartir avec un panier au bout du bras vers la tourbe.

Maman dit que tu es folle, que je devrais trouver près de moi une femme à aimer, elle dit que je n'ai pas pour toi d'amour, que je suis lâche de te laisser revenir, que je suis vieux déjà d'ouvrir ma porte à un femme sans mémoire pour la raison trop simple que déjà la veille je la lui avais ouverte. Elle a raison sur ce point que pour toi je n'ai pas d'amour, mais je ne te pense pas comme une folle. Tu es telle que doivent être toutes les femmes qui oublient, émouvante lorsque tu m'offres quelques instants ton regard. Je ne t'aime pas mais ton regard me change un peu.

***

Catherine plonge ses doigts dans la fange, elle sent couler entre eux des milliers de grains de sable mélangés à une eau épaisse, froide. Avec un peu de surprise, elle observe les gerçures piquantes qui courent sur tous ses bras, son panier timide hoquetant sur une flaque. Au loin une grue passe - se confond à l'eau, aux roseaux, mais déjà son cri n'est plus là pour indiquer comme les heures passent peu. Elle voit son reflet dans une flaque plus claire, des tonnes de cheveux sans couleur sur des yeux étonnés, des lèvres très fines, méchantes presque. Un jour quand elle était petite, une de ses dents s'est cassée en deux, il en manque un morceau d'en bas. Elle se trouve laide, rit un peu, pense à l'homme et à sa maison, à ses doigts froids sur son dos froid, à la tristesse qu'il aura quand elle partira. Elle remue la flaque avec un couteau. L'eau brille et peu à peu perd de son pouvoir réfléchissant, plus de visage mauvais vraiment.

***

Catherine est partie ce soir. Elle est rentrée, a laissé craquer la porte, partout sur son visage glissait le plaisir de n'être qu'une silhouette en partance. Elle s'est déshabillée, il y avait sur le sol trop soudainement un tas blanc, ses omoplates offertes à la fenêtre ouverte, je ne l'ai pas touchée. Ses doigts ont parcouru tout le loquet comme une fièvre, mon tremblement, elle est partie.

Il reste ses vêtements en tas blanc, il reste son absence qui se glisse et s'insinue entre toutes les articulations de la maison. Catherine ne sait pas où elle va mais ne reviendra pas; il suffisait d'un geste nouveau pour le savoir, sa vie se collera à d'autres mains, d'autres regards sans doute moins émus que ne l'était le mien, mais Catherine ne reviendra pas. Je ne sais pas ce qu'il faut éprouver, pas encore. Laisse le silence creuser les contours, partout dans l'air, les contours de la folle.

***

Mieux qu'une signature, mieux qu'un panier de tourbe, le dos froid de Catherine dépasse d'une flaque. Tu n'es pas obligé de regarder, qui pourrait le faire. Elle n'est pas morte, elle a simplement oublié. Je sens l'écriture battre comme une pulsation. Je sens Catherine battre comme une pulsation. Le dos est blanc sous l'eau, merveilleux, veiné de noir, ourlé de plein de grains de beauté, pulsation, dos qui bât sous l'eau, qui s'en détache et y revient. Comme on revient souvent à la fange. 

Et comme je préférerais n'être pas là pour ne pas te voir détourner le regard. Je sais, le ton est dramatique, mais puisque il faut sortir de l'enfance, regardons le dos encore battre.

***

Un homme est venu qui a repêché Catherine, désormais sans panier. Personne ne le connaît, Catherine ne reviendra pas chez l'homme le premier dont la maison dégouline sur le pavé, dont les fenêtres gémissent avec le vent, mais qui a oublié que tous les soirs le corps se nichait prêt du sien prêt à l'ablution fantastique de ses mains. L'homme nouveau a une barbe agressive, des lunettes d'intellectuel, de grandes mains pour les caresses, on ne sait pas, mais on ne veut pas savoir. Pourquoi refuser le regard, la merveille du regard, au dos, aux mains de l'homme, aux silhouettes de l'étang, perdues dans la tourbe et la fange et le vent.

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