Un poème triste et sombre.
Tu ne sais pas mon enfant, tu ne sais pas que le vent D'où vient qu'il chante comme il danse - c'est la nuit Dans ton oreille (une conque petite-étrange) ouverte au bruit Mais c'est enfin à toi! A toi que l'infini a fait Une grande et douce étoile sous le front (comme il tremble) Quelle est donc cette sueur Elle est moite Elle enivre Et l'exil dans tes yeux a ouvert cette trappe Dis-moi Dis-moi toi Dis-moi comment c'est quand la nuit tu vois Tous les soleils éclater - de grandes foudres tomber Quel bruit tout ça fait à se briser Et toi qui dégringoles le long d'un puits fermé (Et cette main qui ne vient pas, Cette main qui jamais ne viendra) De ce puits tu seras la luciole cette folle la lueur et la main Tendue on ne sait pas - On ne sait vraiment pas - L'enfant écoute un peu l'écho De tes pieds (boum tac les parois qui claquent) Quel silence encore (Drôle de silence alors) |
Poème de quand je suis enthousiaste voilà.
Il y a dedans moi un miracle Tu le sais mes doigts brûlent Et ton visage immense a rongé le monde (ce qu'il en restait si peu déjà) Enfin, dans la rue des tas d'immeubles tremblent Ils attendent comme moi Sont plein de vertige, comme moi J'ai dans le coeur des papillons ; ils tremblent! Aussi, eux. Nous sommes ensemble et le matin s'il est cruel nous sépare de ses longs doigts de sorcière J'ai peur mais c'est pour rire Je pleure tout est si grand Un rien m'émeut cette fille par exemple Ses poches percées d'où coule une drôle de poussière "On l'appelle infini et je suis comme Rhoda" Ta poussière… (est la notre) quel gâchis si j'avais pu t'aider avant la grande catastrophe je regrette - ne me pardonne pas - s'il te plaît J'ai fait un drôle de rêve: à mes pieds des moutons tout un troupeau salement triste moi: Jésus mon amour me trouait le ventre à genoux je tombais je baisais les pattes à genoux pour toujours de trop d'amour le monde me tremble mon dieu je suis comme toi mes poches se trouent m'échappent où donc est la mesure ne sommes-nous plus des enfants sages Des enfants Sages comme le ciel Posés… Ce rêve putain ce rêve enfin peut-être la tête me tourne et ce grand élan ce grand enthousiasme Comme un peu de poussière… venez-à moi enfants j'ai trop d'amour et je meurs oui si vous vous détournez Tu sais ce cri ce qu'il fait ? J'en peux plus de ce vertige que tu m'as donné sale contagion il ne reste que la nuit mon dieu que-la-nuit là, des petites lettres sages là, là, nous n'avons rien dit rien entendu on ne pourra même pas signaler à la police heu des dégâts nocturnes par ex Je suis très belle je vais me recoiffer Tiens, dans le miroir, j'ai de grands yeux de folle Il me vient à l'idée que je suis la Pythie de Delphes et puis que je vais refaire le monde entier! |
Truc.
Je me retire en silence Puisque c'est plus sain Ce n'est pas parce que jamais dans le jardin les oiseaux ne chantent Que je refuse désormais tous les bruits Et la montagne s'est fermée pour moi Nous n'avons pas trop d'un visage pour y poser nos peines Et au monde le donner simplement Je ne me souviens pas cette chanson L'air bien sûr mais les paroles échappent Ca me rend triste, ça y suffit Oui au fond j'ai à peine un sentiment Je le cherche il ne veut pas crever la surface Drôle de bulle souterraine Enfin, c'est un sentiment avorté Je ne suis plus sûre de rien J'ai le vertige tout le temps La nuit le jour sont pareils Quand le soleil se cache Mais jamais je n'arrive à simplement le dire Les mots encore ouvrent leur piège Etouffent doucement la chose tapie On la dirait venue d'un autre monde Son visage défait n'est pas tracé pour les couleurs d'ici Enfin que vous dis-je je m'emmêle Et voici une pensée sur le rebord du ciel Je comprends mieux la mythologie les grandes choses simples Tout est clair maintenant je n'ai plus quinze ans Allez donc jeter la pierre aux enfants morts ils le méritent Le monde à leurs pieds est trop pur trop simple moins douloureux Et parmi eux j'avance je sais la ligne est droite, claire et pure Et mon regret derrière s'éteint dans un sanglot |
Les pensées du matin.
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La pitié joyeuse.
Ne me parle pas de pitié de joie de compassion
Aussi longtemps que meurent les enfants
Et si c'est ta faute
Ou celle du curé
Ou celle des arabes
Ou celle des mères De leur haine quotidienne
Ne pleure pas
On enterre les enfants dans de petites tombes
Carrées, blanches
On y met des fleurs
Ne pleure pas
Il restera les fleurs
Toujours
Ne pleurons pas le ciel n'est pas assez grand
Ni la pluie assez froide
Et qui te regarde
Me regarde?
Le ciel couvre mal nos épaules
Je frissonne, je suis merveilleuse, je reviens de l'Atlantide
Et ma bouche n'est pas assez large pour engloutir
Ta langue enfantine et joueuse
Que reste t-il Il reste le silence
Et nous nous y cloîtrons
Les bras rentrés le coeur ballant
Donne-moi ta main il fait si froid
Si nous faisons quelques pas nous ne briserons pas la glace Elle est épaisse
Tu as une écharde à ton pieds?
Et le ciel est trop lourd? Encore?
Où m'emmènes-tu insouciante?
Plein de roses de chardons de pétunias
La fleur des forêts la fleur des champs la fleur de sang
Je n'ai pas pitié de toi
Mais viens!
Marchons
Carole.
Carole a les yeux bleus, les yeux étonnants des fillettes déjà perdues, ceux enfin que lui a donné le jour en balayant quelques étoiles. Pas de faux grain, de grain lunaire à ce regard, et Carole a entendu toutes les paroles adultes, elle n'en veut pas, et qui d'ailleurs encombrerait sa douce lucidité de mots si vilains et enfin trop violents?
-Moi pense Carole un jour je serai si petite que je me glisserais entre les pages d'un livre, je n'ai d'ambition que cette idée en pagaille, et d'ailleurs quelle drôle d'idée que l'ambition, on la fera pendre de la plus haute tour d'un château pour venger les vaincus enfin les perdants enfin ceux qui n'ont jamais su manier les clefs. J'ai entre les doigts un gros trousseau et pas même l'ombre d'un mode d'emploi, je chevauche les vagues à l'heure du thé pour me consoler, le monde ne m'attrape pas, ne m'attrapera jamais, ils ont beau jeu tous ces pilleurs de lancer en l'air des foulards, pouah, le geste est trop adroit, qu'attendent-ils de ça, toujours les foulards reviennent se glisser entre leurs doigts, et moi si je fais ça je crois je crois qu'ils s'envoleraient.
Un beau jour c'était le printemps et Carole a décidé de s'en aller dans un pays très loin pour et qui peut savoir peut-être en revenir. Elle s'imagine un grand retour plein de fanfare, au moins un bataillon d'éléphants russes, toutes les trompettes de la province, elle s'imagine des regards plein de larmes joyeuses, elle s'imagine du gravier teint en rouge pour faire à ses pieds une traîne.
Carole part sans même dire au revoir, claque ses savates sur le seuil et prend un chemin long et jaune. Elle a dans les cheveux une couronne d'enfant pleine de perles de couleur, dans la main un grand sceptre de roi et autour du cou le noeud dramatique des pendus futurs. Tic, tac! Le temps passe si lentement que tous ses pas ne la mènent nulle part. Et flic, et flac… Déjà la boue s'entasse autour de ses chevilles. Elle est heureuse sur le chemin.
Un jour Carole n'est plus enfant. Sur son visage des poses ménagent toutes les paroles, leur font prendre une drôle de couleur, pas faîte pour elle, mais ça c'est dans la tête qu'elle le répète
-je mens je mens je mens
Elle donne quelquefois des coups de fouets à ses pensées car les pensées sont pleines d'orgueil et Carole veut être un vrai diamant, pas de ceux qui rutilent comme ça en creux et puis vraiment qu'irait-elle creuser si ce n'est dans la roche, pourquoi changer pourquoi avoir toute cette douleur entre les tempes et pourquoi la nuit fait-elle si peur.
Carole lit des poèmes appuyée sur le bras du vieux fauteuil et se mord entre les lèvres, toutes ces pensées sont si simples quel beau mensonge, elle veut être simple comme ces mots et loin d'elle envoyer la douleur d'entre les tempes, en réalité Carole veut être comme une petite enfant sous un arbre et qu'on la console longtemps.
Conversation.
"Mes cheveux on dirait des araignées sur ma peau, ils me font peur, tu te rends compte? Mes cheveux! Des étrangers tu te rends compte"
Elle était terriblement lucide en disant ça, ses mots elle les sentait plein de chair et concrets, posés contre ses lèvres pour être aussitôt déglutis, et elle espérait qu'on les entende à peu près de la même façon, grands, un par un, forts et plein de sens, ou du moins plein de leur absence de sens.
Elle espérait qu'on l'entendrait - qu'on saurait le faire! Ca n'avait pas l'air si difficile d'écouter et de comprendre, de refermer le cercle précieux du langage.
Elle a reposé la cigarette à côté d'elle, sur le sol plein de poussière de la cave, triste. La silhouette de son amie lui a semblé vidée, elle n'essaya pas ses griffes à ce jeu d'enfant, le jeu du Es-tu là? presque cosmologique.
Il n'y avait personne ni elle et rien à dire. Pourtant les cheveux quelques secondes avaient été plus lourds, prêts dans le noir à se muer en araignées invincibles.
L'amie se retourna alors, et dans le noir c'était indistinct cette silhouette qui changeait un peu, mais le son.
Elle se mit à parler de choses longues, longues et orageuses, pleines de sanglots qu'elle ne formula pas, d'ailleurs. La fille aux araignées lui prit la main, et la caressa pendant tout le temps de sa parole, va et vient, et encore, va et vient, elle pensait à la mer et mesurait les variations d'intensité dans les mots de l'autre.
blablabla.
je suis très frileuse
maman est loin
je suis amoureuse aujourd'hui
des occurrences des occurrences
on se les prendra par la main et gentiment on ira
au marché ou bien ailleurs
mais très loin, c'est sûr
moi je suis née dans un pays
qui n'avait pas de frontières parce que
il était très loin très loin là où les pays
n'ont jamais de frontières
***
une légende: monika tient dans la main une pêche
sa peau s'effrite et crie
on ne voit pas les fruits crier
pourtant monika entend comme rarement
comme rarement entendent les jeunes filles
les cris de douleur les cris de malheur
les cris de bonheur
enfin, tous les cris
et peu importe d'ailleurs
***
moi je n'ai pas de compassion
pour les bergers ni les moutons
que tous ils aillent dans le fossé
la tête le coeur et sans hurler
c'est ce qui m'importe
et d'ailleurs
***
un jour un chien a crevé
sur la plage
la gueule ouverte
pas de cri.
***
si je cherche le son comme une monomaniaque
c'est pour mieux vous voir
je ne sais pas d'où vient ma voix
peut-être pas de moi
ni du soleil
ni de la terre ni d'ailleurs
peut-être vaudrait-il mieux ne pas
ne pas…
on ne sait pas
***
caillou sur la chaussure
en forme de désir
j'ai honte
et mal
le temps me fait mal
pourquoi?
***
le temps ne glisse pas
la nuit est une gigue
la nuit est une valse
la nuit glisse
le temps ne glisse pas
la nuit est noire
le temps n'est pas la nuit
jamais
***
et dommage! écoutez un peu cette chanson
de jésus et ses disciples qui prennent la voix
de beaux énergumènes, chapeau de paille
c'est un mythe ancien
écrit dans un livre
***
paisiblement je regarde passer le train
qui ne repassera jamais
qui ne viendra pas me chercher
je suis paisible
***
une longue loghorrée
voilà ce que c'était
trop rapide comme conclusion
trop facile
comme illusion
Conversation 1.
Catherine.
Je ne peux plus me moquer de toi quand tu me regardes avec ces yeux étranges, la tourbe que toute la journée tu as retournée à la main, à la recherche du plus grand des trésors introuvables, semble s'y être logée gentiment. Tu n'as pas de douleur. Aucun mal à ce regard fangeux, pas de plainte animale, pas de crocs prêts à sortir de ta bouche pour me mordre. Puis tu me tournes le dos, tu le bombes un peu et invites ma main; je décroche ton soutien-gorge et le pose sur le lit. Tu soupires, tu es épuisée, tu as le corps prêt à tomber partout et murmures tout de même quelques détails de ta journée; pas pour m'en faire profiter, ni pour entre nous créer un lien oral, mes doigts froids sur ton dos ayant suffi à nous unir encore et pour un soir de plus. Je ne pense pas qu'il existe de raison à ce murmure, et si elle existait, je ne pense pas que des mots qui m'appartiennent trop puissent l'expliquer.
Déjà tu dors, mise plus loin de moi que jamais ne le feront les étangs, les marais, la tourbe de la journée. Tes rêves t'appartiennent, je ne sais rien d'eux, je voudrais pouvoir au moins y apparaître un peu, cela m'ôterait cette inquiétude. Et tous les soirs tu rentres, je pense à cette énigme, tous les soirs un peu tard tu rejoins la maison, tu t'assois silencieusement sur le rebord du lit, tu attends le contact de mes doigts, tous les soirs tout de même tu es là pour quelques instants, toutes les nuits tu choisis de dormir et de rêver à des choses, à mes côtés. Je ne veux pas confondre ces drôles de gestes avec l'amour, le besoin, et encore moins avec l'habitude. Tu n'as pas d'habitude, le matin te fait naître et vierge, tu recommences des gestes que tu ne connais plus, il y a une étrange nouveauté à repartir avec un panier au bout du bras vers la tourbe.
Maman dit que tu es folle, que je devrais trouver près de moi une femme à aimer, elle dit que je n'ai pas pour toi d'amour, que je suis lâche de te laisser revenir, que je suis vieux déjà d'ouvrir ma porte à un femme sans mémoire pour la raison trop simple que déjà la veille je la lui avais ouverte. Elle a raison sur ce point que pour toi je n'ai pas d'amour, mais je ne te pense pas comme une folle. Tu es telle que doivent être toutes les femmes qui oublient, émouvante lorsque tu m'offres quelques instants ton regard. Je ne t'aime pas mais ton regard me change un peu.
***
Catherine plonge ses doigts dans la fange, elle sent couler entre eux des milliers de grains de sable mélangés à une eau épaisse, froide. Avec un peu de surprise, elle observe les gerçures piquantes qui courent sur tous ses bras, son panier timide hoquetant sur une flaque. Au loin une grue passe - se confond à l'eau, aux roseaux, mais déjà son cri n'est plus là pour indiquer comme les heures passent peu. Elle voit son reflet dans une flaque plus claire, des tonnes de cheveux sans couleur sur des yeux étonnés, des lèvres très fines, méchantes presque. Un jour quand elle était petite, une de ses dents s'est cassée en deux, il en manque un morceau d'en bas. Elle se trouve laide, rit un peu, pense à l'homme et à sa maison, à ses doigts froids sur son dos froid, à la tristesse qu'il aura quand elle partira. Elle remue la flaque avec un couteau. L'eau brille et peu à peu perd de son pouvoir réfléchissant, plus de visage mauvais vraiment.
***
Catherine est partie ce soir. Elle est rentrée, a laissé craquer la porte, partout sur son visage glissait le plaisir de n'être qu'une silhouette en partance. Elle s'est déshabillée, il y avait sur le sol trop soudainement un tas blanc, ses omoplates offertes à la fenêtre ouverte, je ne l'ai pas touchée. Ses doigts ont parcouru tout le loquet comme une fièvre, mon tremblement, elle est partie.
Il reste ses vêtements en tas blanc, il reste son absence qui se glisse et s'insinue entre toutes les articulations de la maison. Catherine ne sait pas où elle va mais ne reviendra pas; il suffisait d'un geste nouveau pour le savoir, sa vie se collera à d'autres mains, d'autres regards sans doute moins émus que ne l'était le mien, mais Catherine ne reviendra pas. Je ne sais pas ce qu'il faut éprouver, pas encore. Laisse le silence creuser les contours, partout dans l'air, les contours de la folle.
***
Mieux qu'une signature, mieux qu'un panier de tourbe, le dos froid de Catherine dépasse d'une flaque. Tu n'es pas obligé de regarder, qui pourrait le faire. Elle n'est pas morte, elle a simplement oublié. Je sens l'écriture battre comme une pulsation. Je sens Catherine battre comme une pulsation. Le dos est blanc sous l'eau, merveilleux, veiné de noir, ourlé de plein de grains de beauté, pulsation, dos qui bât sous l'eau, qui s'en détache et y revient. Comme on revient souvent à la fange.
Et comme je préférerais n'être pas là pour ne pas te voir détourner le regard. Je sais, le ton est dramatique, mais puisque il faut sortir de l'enfance, regardons le dos encore battre.
***
Un homme est venu qui a repêché Catherine, désormais sans panier. Personne ne le connaît, Catherine ne reviendra pas chez l'homme le premier dont la maison dégouline sur le pavé, dont les fenêtres gémissent avec le vent, mais qui a oublié que tous les soirs le corps se nichait prêt du sien prêt à l'ablution fantastique de ses mains. L'homme nouveau a une barbe agressive, des lunettes d'intellectuel, de grandes mains pour les caresses, on ne sait pas, mais on ne veut pas savoir. Pourquoi refuser le regard, la merveille du regard, au dos, aux mains de l'homme, aux silhouettes de l'étang, perdues dans la tourbe et la fange et le vent.