Douce.
Douce petite chose,
Le bruit que tu fais, dans le corps,
Est mien. J'ai ce bruit d'oiseaux, de menthe
J'ai le bruit en moi des rivages où tu t'allonges car
Tu es lascive. Et tu tends le museau. Douce petite chose, j'ai
En moi le bruit sec que tu fais en te brisant.
Bientôt je serai chose, comme, un jour, tu fus chose. Bientôt je serai
Douce, comme, un jour, tu fus douce. Ce bientôt qui est demain,
Et dont tu te souviens – car tu n'es pas hors d'usage –
Tu es, au contraire, chose douce et chose
Utile – fera de mon bruit, un corps.
Douce petite chose,
Est-ce que j'ai l'obligation, de penser,
Quelque chose à ton propos ? Pourquoi me
Maintiens-tu tout le visage, puis tout le corps, sous
L'eau ? je me noie. Je meurs, et doucement, je me dévide,
Je suis la menthe fraiche, je suis même les oiseaux,
Je suis tout ce que tu noies, et je meurs.
Douce petite chose,
Je ne sais pas ce qui, en toi, est
Pareil à la mort. Ce qui en toi se dévide,
Ce qui produit en toi le bruit, le carillon, de l'oi-
-seau. Il y a des herbes sauvages qui tombent de ton
Museau, et des graines. Douce petite chose, n'as-tu pas fini ?
Est-ce que je suis obligée, quand tu me noies,
D'écouter le carillon qui bouge à toute allure dans mes entrailles,
Ou me laisseras-tu un peu de répit ? comme la forêt, tu
Bruisses, et tu es lascive. Le bruit que tu fais dans
Le corps, est un bruit d'oiseau, est un bruit
De menthe, douce petite chose.
l'enfance
J'ai lu, relu, re-re-lu les récits qu'on fait des premières écritures. C'est François Bon qui la pose, une fois de plus, cette question.
Dans l'espace des commentaires, récits inauguraux. J'ai souri.
Je n'avais jamais pensé faire de ma première écriture un récit inaugural ; c'est-à-dire, je n'avais jamais pensé, sorcière, à donner du sens par l'alchimie de l'écriture, à cette scène d'écriture. C'était une scène, avec, dedans, moi qui joue mon rôle. Rien de plus.
Et pourtant, c'est facile : j'ai 8 ans. Je suis une lectrice presque aguerrie ; en CE1, je lis les Harry Potter.
Un jour, assise en tailleur sur ma moquette bleue, je prends quelques feuilles de papier A4 et des stylos de couleurs. De couleurs diverses : écriture et image vont de pair. Les livres d'enfant fondent les mots dans l'image ; l'image avale les mots. Je suis ce serpent de couleur, et je me tortille. Mais pardon.
Un jour, assise en tailleur, j'invente une sorcière en robe verte ; une enfant sorcière qui ressemble à Mélusine, de la BD, et à Ginny Weaslay ; une enfant qui est rousse, et qui ressemble à Harry.
Cœur d'enfant qui bat sous sa blouse. Une petite sorcière commence à déambuler sur mon A4. Je n'ai pas beaucoup écrit ; je n'ai pas d'endurance encore. La sorcière en robe verte, elle, a longtemps couru dans mon imagination ; sauté au-dessus des buissons de ronce, renversé les rochers, saisie dans les griffes, ma petite sorcière...
Dois-je, vraiment, donner la morale de cette fable ? j'en connais qui l'ont saisie, et je les salue avec douceur.
Récrire, c'est corriger. Faire mieux. Récrire c'est, bon, c'est un grand mot, mais c'est politique. Ma petite sorcière était une fille qui n'était pas un personnage secondaire du meilleur roman du monde, de la plus belle histoire du monde ; elle était comme Harry, mais elle avait une robe.
À 8 ans l'espace des livres s'ouvre devant moi, immense. Mais la plupart des livres sont courts, mêlés d'images. Harry Potter est long ; se décline d'un tome à l'autre, et d'ailleurs, il faut attendre que l'année passe pour que la vie d'Harry, comme la mienne, passe. Ces livres épais, sans images, constitueront longtemps pour moi la plus belle histoire du monde.
Et le héros de la plus belle histoire du monde est un petit garçon, avec une cicatrice.
À 8 ans j'ai une légère cicatrice au-dessus du sourcil. Moi aussi, je suis une héroïne ; en robes. Les robes de mes 8 ans sont très belles : elles tournent, s'évasent, se resserrent à la taille sur du smock, ont de ravissants cols Claudine et des manches ballons. Je suis la petite fille du livre que j'écris, enfant-sorcière, alchimiste et correctrice, je bidouille et trafique le monde pour qu'il me fasse une place.
Vous l'avez, ma scène inaugurale ? il y aurait aussi le journal intime, en velours violet avec son petit cadenas. J'y avais noté trois secrets ; tout le monde les connaissait déjà. Il y aurait les premiers récits tapés à l'ordinateur, les correspondances avec les amies – il y aurait les rédactions en salle de classe. Il y aurait la maîtresse qui lirait ma fable aux autres maîtresses, pendant la récréation. Il y aurait tout ça, mais ça n'est déjà plus le début.
Résine sèche.
Nous étions trois, parfois quatre enfants. Des petites filles uniquement ; nous étions trois, quatre et parfois cinq, petites filles qui couraient la journée au milieu des sapins. Au bord des trous creusés par les obus autrefois, nous nous penchions ; au fond des trous, nous distinguions des bruyères, des herbes sèches, de la rocaille éclatée. Nous aurions aimé voir la vipère ; la légende dit qu'un été, la vipère mordit un chien et le tua. Mais nous ne la vîmes jamais.
Nous jouions à cache cache. Claire et moi, nous nous cachions au fond des trous creusés par les obus autrefois, parmi la bruyère et les vipères, et nous restions très longtemps serrées l'une contre l'autre. Le soir tombait, les adultes nous cherchaient, ils appelaient nos noms dans la forêt. Quand nous rentrions, deux petites filles ébouriffées, les adultes nous grondaient. Ils nous parlaient des vipères, ils nous parlaient de leurs peurs et des images terribles qui leur étaient venues : deux enfants mordues par les vipères, perdues pour toujours au fond d'un trou d'obus.
Claire, dans nos jeux, c'était l'homme. Elle jouait le rôle des princes, le rôle des guerriers, le rôle des guerriers galactiques, et des maris. Elle partait à l'aventure et nous l'attendions, les deux Mathilde, Julie ou moi. Nous l'attendions dans nos grandes robes de châtelaines, des robes faîtes d'un drap ou d'une nappe. Dans nos torchons, assises, nous tissions et nous causions, nous attendions que Claire revienne vers nous, transie, depuis le vaste monde qu'elle parcourait.
Les deux Mathilde avaient le même âge. Elles avaient deux ans de plus que moi ; Julie avait mon âge. Et Claire un an de moins que Julie et moi, trois ans de moins que les deux Mathilde. Mathilde et Claire étaient sœurs. Julie, l'autre Mathilde et moi avions plutôt des petits frères, occupés plus loin à jouer à des jeux immondes – c'est ce que nous pensions. D'ailleurs, je le pense toujours.
Mathilde et Claire venaient en vacances dans le même quartier que moi ; les autres petites filles venaient en vacances plus loin dans la station. Nous étions les petites filles qu'on confie aux grand-parents, qu'on pose en voiture et qu'on embrasse, qu'on serre contre soi avant de repartir. Les voitures de nos parents disparaissaient et nous étions tout occupées à nous retrouver.
Dans une boîte aux lettres, perdue dans la forêt, abandonnée par les adultes, nous nous laissions des mots. "J'arrive à la Norma le 27, j'en pars le 12 " ou bien "Tu peux venir sonner, je suis à la maison ".
La boîte aux lettres était rouillée. Il fallait descendre un sentier jonché d'épines, de pommes de pin et de cailloux pour fouiller dedans ; souvent, nos mots étaient humides, gondolés. Il y manquait des lettres. Mais nous les déchiffrions.
Les deux Mathilde, Julie et Claire étaient les amies que j'aimais le plus, enfant. C'étaient des fées, des reines, des sorcières. La forêt, les sapins et les bruyères formaient le fond de semaines splendides, où nous courions, imitant le cabri, dégringolant sur les cailloux, dans les pentes ; nous étions des enfants-fées, enveloppées dans de grands tissus.
En réalité, je vous dis cela, mais je ne vous dévoile pas encore le plus beau de nos secrets. J'installe une toile de fond, qui est celle de la couleur de nos moments – d'été, d'automne ou d'hiver. Mais surtout d'automne. La forêt, nous l'aimions pleine d'épines et de pommes de pin qui roulent ; la température encore clémente nous permettait de passer de longues heures dehors ; bien sûr, nous en passions d'autres, tout aussi longues, à dessiner au coin du feu, enveloppées dans de longs châles tricotés par nos aïeules.
Nos parents étaient ami·es lorsqu'ils avaient notre âge. Nous avions à cœur de maintenir une tradition d'amitié qui remontait loin ; qui remontait à la fondation de la station, mais plus loin encore. Si nos aïeul·es avaient choisi de construire des chalets à la Norma, c'est parce que nos trisaïeul·es étaient des bergèr·es qui possédaient de vastes pâturages dans les montagnes. L'ouverture des stations de ski, partout autour de la vallée, a exproprié tous·tes nos aïeul·es des pâturages dont, de toute façon, iels n'avaient plus l'usage.
Et nous, les descendantes, nous les petites filles, nous parlions de nos filles à venir qui seraient amies entre elles et qui forgeraient leurs secrets. Nous avions le sens de la transmission, et celui du sacré. Enveloppées dans nos longues robes de drap, nous nous rendions en file, par le petit sentier, plus bas que la boîte aux lettres rouillée, jusqu'à un petit tertre où brusquement, dans la grande pente, le terrain s'aplanissait. Nul trou d'obus, là, mais quatre ou cinq sapins immenses plantés en rond. Nous avions chacune un arbre attitré. Moi, celui qui donnait sur le précipice ; Claire, à ma droite, Mathilde à ma gauche, Julie en face, et pour l'arbre qui reste, Mathilde.
C'étaient nos réunions d'enfants. Importantes, sacrées, dépositaires de quelque chose que nous ne voulions pas nommer, nous parlions à tour de rôle ; une branche déplumée, toujours la même, passait de mains en mains. Nous l'appelions le bâton de parole. Je ne me souviens pas des hiérarchies subtiles qui couraient entre nous ; Claire admirait Mathilde, bien sûr, elle était si petite. Julie riait, gênée d'être parmi nous la dernière arrivée. Pour le reste, Mathilde possédait une imagination touffue, et moi, le sens du sacré.
Que disions-nous ces jours-là ? jours de serments, de parole tranchante. Nous riions peu. Ces rendez-vous avaient lieu au début et à la fin de nos séjours. Ils venaient sceller le temps passé ensemble. Peut-être planifiions-nous ce que nous allions y faire : ramasser trente sacs de pommes de pains, pour financer l'achat des bonbons. Dessiner cinquante affiches : des sorcières, des fantômes, des gnomes et des fées, puis les coller aux quatre coins de la station pour prévenir les rares résident·es d'octobre que c'était Halloween. Cuisiner un gâteau au chocolat, découper des guirlandes de citrouilles, décorer le sous-sol. Peut-être faudrait-il aussi apprendre quelques chansons terribles dont les paroles effraieraient nos petits frères.
Les trois, quatre ou cinq petites filles que nous étions remontions le sentier, en file, sages. Les jeux ne reprenaient qu'ensuite, peut-être plus haut, dans la grotte que nous avions creusée dans la falaise, ou dans la cabane que nous avions aménagée grâce au tronc couché d'un sapin abattu par la foudre. Peut-être rentrions-nous prendre le goûter sur les grandes tables en bois, serrées les unes aux autres sur le banc, chahutantes. Je ne m'en souviens plus.
Aujourd'hui que je ne suis plus enfant, il manque, je crois, un sapin au cercle. Il s'est affaissé peut-être, ou c'est la foudre. La boîte aux lettres a rouillé davantage. La génération d'enfants suivante a laissé la grotte se remplir de terre, la cabane s'effondrer, les pommes de pin s'accumuler sur les sentiers de la forêt. Je ne veux pas y penser. Je retourne souvent m'asseoir contre le tronc de mon sapin, tout contre la résine sèche.
Les histoires de prénoms.
Mon père porte deux prénoms.
Le premier, c'est Régis.
Je l'imagine petit, rouge, fripé. Régis.
À l'hôpital, les infirmières passaient, elles
Gloussaient, elles vérifiaient que Régis, mon
Père, tétait correctement.
Mon père est né d'une femme.
Cette femme, par hasard, un jour, a entendu ce
Nom de Régis, qu'elle a aimé. Elle le lui a donné.
Mon père porte un autre prénom. Le deuxième prénom de
Mon père, c'est
Bernard.
Ma grand-mère, parfois, raconte les histoires des
Prénoms. Elle a deux fils.
Deux fois dans sa vie, ma grand-mère a choisi des prénoms qui,
Pour toujours, seraient les prénoms
D'hommes qui, pour toujours,
Les porteraient.
Elle est née dans une famille française. On donnait aux enfants
Dans les familles françaises,
Un prénom qu'on aime, d'abord, et d'autres prénoms, ensuite,
Qu'on n'aime pas forcément, mais pour l'hommage.
Personne, je crois, n'a jamais appelé mon père du
Prénom de Bernard. Il faut qu'un premier prénom
Soit d'une grande laideur pour qu'on lui préfère
L'autre.
Souvent, les hommes, et les femmes,
N'aiment pas leur deuxième prénom. Il est vieux.
Incommode. Vulgaire. C'est un prénom prévu
Pour d'autres générations. Moi, c'est Eugénie.
Eugénie est mon arrière-arrière-grand-mère.
Je m'en souviens. Elle était très vieille, et très
Ridée. Elle était bretonne. Elle vivait à
Pontivy, à côté d'un potager.
On n'appelle pas les petites filles de 1993
Eugénie. On les appelle Charlotte, Myriam ; on
Les appelle Chloé ou Elisa. On les appelle Sarah,
On les appelle Mélissa, on les appelle Marie.
Les petites filles de 1993 ont un deuxième prénom.
C'est parfois Mireille, Clothilde ou Bénédicte. C'est
Aussi, c'est une possibilité, Lila. Les petites filles de
Mon âge ne s'appellent que rarement Bernard.
Je me demande si les petits garçons qui naissent en ce moment,
Qui sont dans les hôpitaux petits, rouges et fripés, qui ont
Des aïeux, nés dans les années 50, et qui s'appellent Bernard,
Commencent à porter le prénom de mon père.
Objets.
écrit dans le cadre de la troisième enquête des Îles numériques sur le site de l'Air nu
Il fallait passer de l'encombrant ordinateur de mes 13 ans à autre chose ; une chose qu'on pouvait transporter avec soi, amener sur les grandes tables du lycée ; une chose qu'on utiliserait pour enclencher de vieux films muets – années 10, 20, c'était ça ? – pendant les cours. Chaplin, Méliès, Griffith...
On esquivait l'ennui des cours comme ça. On se connectait discrètement sur le forum, le même depuis 2010 – on n'a jamais quitté le web 1.0 –, on allait voir les nouveaux messages, icônes de couleur, les stats, puis les poèmes écrits pendant la nuit.
*
J'ai peu réinventé mes routines. Le passage de l'encombrant iMac rose de 2006 au léger macbookair de 2011 est allé avec, quoi – un ronron de moins. Petite bulle qui tourne sur elle-même, escargot, c'étaient des épreuves pour ma patience.
Oh, si. Au gré des modes, les triades glissent doucement : skyrock-deezer-MSN vers youtube-facebook-instagram. L'extension du mail, d'hotmail vers gmail.
On n'a jamais quitté le web 1.0. On a, comme tout le monde, un usage addictif et désabusé des réseaux sociaux. On scrolle. On produit du contenu. On réfléchit aux heures où poster ; on se surprend cynique. On préférerait ne pas transiger avec l'algorithme, ne pas se soumettre à ce qu'on a mis du temps à comprendre – accompagné d'une photo, le texte sera lu ; posté en début de soirée, il touchera plus de monde. On sait qu'on n'agit pas autrement que les influenceurs, que les influenceuses, mais elles, mais eux, sont payées pour ça.
*
On n'a jamais quitté le web 1.0 parce qu'on utilise toujours le même ordinateur pour se connecter au même forum. Soulagée, on navigue dans l'arborescence – on laisse du temps à tout, aux poèmes, aux topics, aux vidéos. On peut lire demain ce texte, on peut se le réserver, on ne ratera pas le coche. On aime l'arborescence parce qu'on sait qu'elle n'est pas algorithmique ; on pense aux architectures de la mémoire ; on pense à cet ami qui compare le forum à un espace, qui évoque Aristote, on n'est pas d'accord, on pense que c'est le même lieu pour tous·tes.
On pense que l'algorithme n'est pas là qui vous bidouille l'apparition des textes, qu'on est moins enclos dans la petite bulle, mais on idéalise. On essaie d'expliquer pourquoi on préfère le forum à twitter, à instagram, à facebook, mais c'est volatile, inaudible. On essaie aussi parfois d'expliquer pourquoi on n'aime pas trop instragram mais plutôt bien twitter, puis on va consulter les stats de son blog ; une vingtaine de visites dans le mois. Ça pèse combien, ça, au regard de vos twitts qui sont parfois vus plus de 10 000 fois ?
*
Mon amie C. habitait un appartement humide qui faisait sauter, les unes après les autres, les touches de son clavier. Elle remplaçait les touches par d'autres touches, achetait des claviers portatifs qui eux non plus ne résistaient pas à l'humidité, puis finissait par écrire une langue entremêlée de signes magiques et d'espaces manquants, que nous apprenions à déchiffrer.
Les buveuses de thé le savent : thé et ordinateur forment un couple querelleur. En mars, ça devait être un thé au jasmin, ou à la rose, ou aux agrumes – les touches de mon clavier ont commencé à sauter, les unes après les autres. J'écrivais la langue de C., entremêlée de signes magiques, d'espaces manquants et d'approximations. J., lui, consultait des tutoriels sur youtube, consultait de vieux topics de forums de bricolage, et passait de longues heures penché sur mon ordinateur ; je l'observais de loin, assise, convaincue que cette machinerie complexe n'était pas de mon ressort.
C'est un véritable professionnel qui a finalement réparé mon clavier. Désormais, ses touches sont plus sèches ; s'enfoncent de manière moins molle. Il est difficile de décrire le toucher d'un clavier d'ordinateur ; pourtant, ce toucher est lié au plaisir de l'écriture. Les poèmes s'écrivent-ils autrement, lorsque le toucher est sec, et précis ?
Réceptions critiques.
Intriguée, je suis allée à la recherche, sur le forum, de la réception critique des deux poèmes des Miettes sélectionnés par le comité de lecture de Revu pour apparaître dans le prochain numéro.
Je leur ai envoyé sept poèmes ; les sept poèmes forment, dans mon imaginaire, la série des oiseaux ; ils la formaient déjà au moment de l'écriture – je n'ai pas ouvert le poème A dans une fenêtre pour écrire le poème B dans une autre fenêtre, mais disons que j'avais mémoire des coupes, des noms d'oiseaux, des images, de quelques tournures syntaxiques. Mémoire fouillée dans l'écriture du poème B, puis C, puis D. Ces poèmes ne forment pas un recueil – d'ailleurs, ils font bien chacun partie des Miettes et d'autres poèmes sont intercalés entre eux. Une série, ce n'est pas encore un recueil – c'est déjà une voix secrète qui, sous-terraine, pioche en main, creuse parmi les images...
Je me perds. Secouez-moi par les épaules quand je fais ça.
Les deux poèmes sélectionnés sont les suivants :
Le secret des oiseaux, écrit en juillet 2018.
Nourrir les oiseaux, écrit en février 2020.
On peut dire que beaucoup de mois les séparent. D'autres poèmes d'oiseaux sont venus s'écrire dans cet intervalle de temps.
Dans le premier, les oiseaux ne sont pas spécifiés ; comme les oiseaux des fillettes de Wittig, ce sont des oiseaux. On leur imagine donc un corps de mésange, ou d'étourneau ; ce genre d'oiseaux qu'on rencontre dans les parcs, ou sur les sentiers de montagne.
Dans le deuxième, les oiseaux sont de plusieurs espèces : des moineaux, des sittelles, puis de manière impromptue, dans la dernière strophe, des mésanges.
Je me souvenais bien de la réception critique, sur le forum, de ce second poème ; et pour cause, il a bénéficié d'une première lecture d'Aomphalos quelques heures après son écriture, donc quelques heures après sa publication. Aomphalos était mitigé ; il trouvait ce poème à la fois trop propre et virtuose. Il comparait la disposition des sonorités au son des oiseaux qui picorent ; il suggérait même une version idéale de ce poème où le mot "picorer" figurerait. Dans mon souvenir de cette lecture, je pensais qu'il aurait, à sa manière, fini par admettre que l'absence du mot "picorer" était préférable, puisque, trop attendu dans le poème, ce mot lui aurait été redondant. Mais non, c'était un souvenir erroné, formé à partir :
- d'images parcellaires du grand boulevard désert sur lequel je marchais, tandis que j'écoutais, dans le froid mordant de février, la première lecture
- de mon habitude heureuse d'être commentée par Aomphalos, et de ce savoir maigre et souvent rompu, déçu, trahi, que l'on commence à former à partir de l'addition ininterrompue de lectures de nos proches
- de l'image de la campagne du Nord Finistère – son enfance – accolée à celle des sentiers de Savoie, de Maurienne – mon enfance –, images qui s'étaient formées dans mon esprit tandis que j'écoutais une deuxième fois cette première lecture, priant pour que la batterie de mon téléphone tienne jusqu'au bout de cette seconde écoute
Je me souvenais moins de la réception critique du premier poème. Posté quelques jours avant un autre poème de la série des oiseaux, Les choses sérieuses, il avait été peu commenté. Les choses sérieuses, sans doute plus brut, plus simple, plus en adéquation avec les sensibilités communes sur le forum ce mois d'août 2018, avait reçu une abondante et généreuse réception critique ; Le secret des oiseaux avait déçu plouf. plouf était déçu parce qu'il avait été touché par la première strophe et qu'il attendait monts et merveilles de la suite. Je m'étais mordu les lèvres en lisant son commentaire, puis empressée de réécrire une suite de strophes, que j'imaginais plus en adéquation avec les attentes déçues de plouf. Mais cette variante était médiocre, et plouf ne l'a sans doute jamais lue.
Je sais qu'on accorde parfois beaucoup d'importance à la cérémonie du comité de sélection – d'une revue, d'une maison d'édition – et sans doute, malgré mes tentatives répétées de vider de leur substance les symboles qui construisent le champ littéraire depuis deux siècles ou trois, je suis toujours sensible à leur aura. Il faut dire que les cérémonies sont collectives, et que les lectures de plouf, Orties et Aomphalos s'intègrent à une collectivité de dimensions plus modestes que celles de la revue de poésie – non que la revue possède un très grand lectorat, mais la revue s'intègre et se fond dans le champ littéraire quand le forum ne s'intègre et ne se fond que dans lui-même.
Dans la série des oiseaux, il est un poème qui me tient à cœur et qui n'a pas été retenu par le comité de sélection : c'est Bâbord toutes. Je me souviens qu'Orties m'avait plaisantée, puisqu'elle savait que quelques jours encore avant de l'écrire, je confondais ma bâbord et ma tribord – comme on dirait d'une enfant maladroite, sa gauche et sa droite. Cette plaisanterie-là, c'était dire à demi-mot qu'on connaît les souterrains qui mènent aux poèmes. Le savoir qu'elle m'avait dispensé s'était matérialisé dans des nuées de mouettes rougies par le sang. C'est drôle : je trouve Bâbord toutes plus virtuose que Nourrir les oiseaux ; le premier est léché jusqu'à la dernière plume de la dernière mouette, quand le second hésite, virevolte, et se casse franchement la gueule – cette histoire de "petits rois des bois", obscure référence à Michon, décidément, ça ne colle pas.
Je ne sais plus où je voulais en venir. Décidément, secouez-moi par l'épaule.
Oh, si, à cette chose très simple. J'ai pu constater, et combien cette constatation est banale ! que les sensibilités du comité de lecture et des membres du forum, que les sensibilités des membres du forum entre eux, étaient diverses, disparates, et contradictoires.
Punitions.
J'ai l'impression qu'on m'a punie. On m'aurait installée dans le coin de la pièce, et condamnée à répéter sans fin le même geste : écrire une histoire. Conserver les rythmes qui me sont échus. Et le lexique, répétitif. Les mêmes pages cornées de mon dictionnaire ; quatre ou cinq noms d'oiseaux, pas plus. Et les fleurs, leurs noms, détachés de leur image. À croire que je partage une plus grande intimité avec l'alpiniste qui les découvrit, au détour d'un neve, qu'avec la fleur réelle ; sa couleur, sa forme, la longueur de sa tige et ses lieux d'élection.
Je suis comme ça. Muette et bricoleuse ; bricoleuse et muette. Mais je me suis rendu compte, il y a quelques mois, qu'il m'était devenu possible d'écrire tout ce que j'avais senti ; comment les choses, une fois advenues, traversaient mon corps. Je me suis rendu compte que les grands récits pouvaient demeurer pour moi des fictions ; ça n'avait pas d'importance, puisqu'une fois écrites, mes émotions devenaient tout à fait réelles.
C'était le problème. Dans mon coin, avec mon encrier et ma blouse tachée, j'écrivais des histoires. Je mentais sur ce qui m'arrivait, ce qui me traversait, ce qui me renversait le cœur et sur la morale rigide qui était la mienne. Bonté, pardon, espoir. Dans les histoires, les poupées étaient cruelles, les abeilles l'étaient aussi, les femmes participaient à d'étranges et cruels sacrifices. C'étaient des histoires.
J'ai le cœur tendre. L'émotion, large et aisée. Je suis capable de pitié pour tout ce qui bouge sur terre ; malhabile à la prodiguer. C'est comme si j'étais l'avare qui avait perdu les clefs de son coffre. J'imagine Picsou, seul et assis sur un monticule de lingots, versant de nombreuses larmes de dépit. C'est qu'il aperçoit par la fenêtre la file des nécessiteux qu'il ne pourra pas régaler d'ice cream et de boissons gazeuses... Il est triste, l'avare-né.
journal sentimental 16
Le journal sentimental a commencé comme une bonne plaisanterie ; j'ai mis du temps à comprendre combien j'étais sérieuse.
J'ai mis du temps à m'autoriser à considérer l'écriture diaristique avec tout le sérieux qu'elle me semble désormais mériter – pas d'auto-fiction ou d'infra-ordinaire, ces mâles récupérations de nos carnets de femmes ; mais des émotions, des sentiments, une jungle entière de choses minuscules qu'on débroussaille à la serpe. Oui, toutes ces choses qu'on a dévaluées au prisme de la valeur – littéraire –, par-dessus lesquelles on a écrit des détournements, des pastiches, des réécritures – ces mâles récupérations de nos carnets de femmes.
Le journal sentimental n'est rien de plus qu'un journal de femme. Le journal de mes émotions, sensations, de ce qui se diffuse et me transforme – de toutes les petites choses qui me traversent et au travers desquelles je fluctue. Je suis une saison qui passe, une année entière ; les petits animaux se pendent à mes branches, et dans un grand éclat de rire, se balancent. Je suis une louve accueillante, une balancelle – et parfois, le frémissement inquiet des forêts, la nuit.
Pour écrire un journal sentimental, bien sûr, il faut croire dans l'unicité et la permanence. J'écoutais hier une lecture érudite de Trouble dans le genre ; Judith Butler pense qu'on performe le genre, lui-même constitutif de l'identité – ce que ça veut dire, c'est qu'il n'est d'identité que dans le jeu ; l'assentiment aux règles du jeu. Mais que l'on performe, d'un seul coup, autre chose ou, pire ! que l'on cesse de performer, et alors...
J'ai haussé les épaules, comme dérangée – je veux écrire mon journal et croire dans la permanence, dans l'altération, dans le renouveau quelquefois. Il y a un temps pour tout : le temps de la pensée, le temps de la sensation. Le temps de l'assentiment au jeu, s'il est un jeu profond ; et l'autre temps, celui qu'on consacre, précieuses, à l'analyse.
Je sens l'odeur du bouillon qui mijote : crevettes, citronnelle, gingembre et lait de coco. Nuoc mam, piment, ail et échalotes. Carottes, enfin nouilles soba. Toutes choses épluchées puis coupées finement, l'un à côté de l'autre, devant le plan de travail. Le soir tombe et j'ai peu lu, aujourd'hui. Depuis quelques semaines, j'explore les littératures asiatiques contemporaines ; Japon, Corée, Iran. Je m'étonne des effets de réel que savent convoquer ces romancièr·es : petit bout d'annulaire coupé par la machine, tombé dans la limonade ; les quatre parfums de la limonade ; clitoris sec de la femme que la maladie altère ; carcasse de la truie, qu'on découpe avec amour pour un festin de mariage.
J'ai la sensation de me vautrer dans ces effets de réel. D'être, soudain, la femme qui s'abîme, la truie qu'on fend par le milieu, la limonade rougie par le sang de l'annulaire. D'être ailleurs, très loin, main dans la main d'enjeux qui me sont étrangers. J'ai même espéré goûter à la soupe d'amour cuisinée par Rinco ! elle y avait mis du potiron, des pommes et des patates, pour que la chaleur de la soupe pénètre dans le cœur de deux adolescent·es amoureux·ses.
Je ne sais pas si le journal sentimental est, à la manière des romans asiatiques contemporains, semé d'effets de réel ; si les légumes que je coupe en été, le fossile que je trouve, plus jeune, sur un sentier de montagne, si les poupées poussiéreuses du grenier, si tous ces objets de ma vie fournissent à l'attention d'une lectrice, d'un lecteur, des prises auxquelles s'agripper. Je l'espère.
journal sentimental 15
Depuis que je t'ai vu·e, j'ai rêvé de toi trois fois. Les deux plus récentes datent de cette semaine ; nuit après nuit, je m'enfonce dans ta mésestime.
L'émotion réelle qui me prenait à la gorge lorsque nous nous sommes vu·es s'est matérialisée, cette nuit, dans cet épisode que je relate pour le journal sentimental : nous parlions du texte de B. Ce texte, me disais-tu, est un chef-d'œuvre, mais il a pourtant été peu traduit. Tu énumérais trois langues : le français, l'anglais et l'italien.
Étonnée, je suis allée lire la notice wikipédia ; le savoir concret contenu dans cette notice te donnait tort, mais j'étais décevante, si décevante que l'émotion m'empêchait de prononcer cela qui pourtant était du savoir concret : le texte de B. a été traduit pour les habitant·es de l'Albanie, alors si même en Albanie on peut lire le texte de B., c'est qu'on l'a souvent traduit.
Ce savoir concret mettait tant de temps à franchir mes lèvres que déjà, tu m'annonçais que notre entrevue était terminée. Je devais m'en aller. Tu devais rejoindre une autre personne, qui t'était évidemment plus chère que moi. Je me demandais alors ce qu'il se passerait si j'étais capable de te parler du texte de B., de ses lecteur·ices d'Albanie, mais rien ne me venait. Je marchais sur le parking pluvieux, n'ayant nulle part où me rendre. J'étais un spectre d'humaine, déchue, décevante.
De la même manière que ces spectres de personnes que je ne suis plus destinée à revoir, je suis devenue, pour toi, une personne déchue ; visitée en rêve quelquefois, mais visitée plus souvent par ses obsessions, par ce lent ressassement de l'émotion, que par une personne réelle.
Quand je te vois en rêve, tu as un visage morne et indifférent. Je ne t'ai pourtant jamais vu ce visage ; c'est mon angoisse qui l'a formé pour toi, sur mesure. C'est le visage que je t'imaginerais déçu·e, si je ne rêvais pas ; mais mon rêve s'est chargé de ce travail d'orfèvre. Il n'avait pas besoin que je l'aide à amasser la glaise, les embruns, la brume, ces matières mortes et diaphanes parmi lesquelles je me promène quelquefois la nuit.
J'ai vu un tableau qui s'appelle l'Île des morts. Il en existe plusieurs versions, mais je parle de l'une des plus sombres ; la couleur en est saturée, et des spectres sur une barque, de dos, abordent une île. Rien ne me vient en aide, pensé-je avec douceur, parce que ma détresse est réelle.
*
Lorsque nous nous sommes vu·es, j'ai beaucoup bégayé, prise à la gorge par l'émotion. Les mots se délayaient au fur et à mesure que je tentais de les attraper ; il n'en ressortait qu'une parole hachée, directe, factuelle. Plus factuelle qu'une notice wikipédia. Je me suis souvenue de la manière dont, plus jeune, je tentais de parler, ouvrais grand la bouche ; rien ne sortait parce que j'avais peur.
Dans PersonA, Liv Ulmann décide d'elle-même qu'elle ne parlera plus. On tente de la soigner. On l'enferme d'abord dans une chambre d'hôpital ; on croit qu'elle perd la raison. Puis on l'emmène sur une île, en compagnie d'une jeune infirmière un peu futile. On espère qu'elle reviendra de sa décision. Assise en tailleur sur mon lit de jeune fille, l'ordinateur posé sur les genoux, j'ai appuyé sur le bouton de pause parce qu'une émotion immense tentait de m'étrangler ; j'avais 17 ans.
J'en ai dix de plus, aujourd'hui que je rêve, et nul visage ne se superpose au mien par la grâce du montage, et de la tendresse, ou de la passion. Ce rapport complexe à la parole s'est pour moi un peu démêlé ; il n'advient plus qu'en rêve, ou dans le champ labouré, tavelé, énorme, des émotions. L'île du tableau est composée de glaise, d'alluvions humides charriés par les marées – troncs, branches, débris, briques brisées, mornes couleurs.
Les paysages intimes, on les forme, puis on les traverse. On est rarement accompagnée. Ces excursions m'emmènent si loin que, lorsqu'on me réveille, lorsqu'on me secoue par l'épaule, je me dis : est-ce bien possible ? suis-je bien revenue au monde ? où sont la glaise, les débris amassés sur la plage, la présence horrible de cette jeune femme qu'on a chargée de me surveiller ? on se demande si la jeune femme nous a guérie. S'il est possible, désormais, de lire les notices wikipédia d'une traite, sans omettre une seule syllabe. On se le demande.
Anti-commentaire.
Salut *louve* !
J'ai lu ta dernière volée de poèmes, "Les clous", "Scier la planche" et "Réparations".
Déjà, j'ai trouvé belle l'idée que trois poèmes se répondent, en modulant d'un poème à l'autre des images qui, prises isolément, sont assez banales – le clou comme "un insecte tordu", par exemple –, mais qui d'être travaillées et variées d'un poème à l'autre gagnent en densité ; quand on comprend le procédé, on commence à les attendre au tournant, à se dire qu'elles ressortiront, et on se demande comment : bel effet de suspense !
Sinon, ce passage :
Les cigales scient. Les hannetons, scient aussi et
La vaste plaine, est sciée.
m'a paru d'un effet un peu plus faible que le reste. Pourquoi au juste ? peut-être parce que cette vaste plaine semble sortir de nulle part, là où justement l'énumération des insectes et des types de recoins ombrés donnait une impression homogène d'oppression. Il y a rupture de cette impression, et quand on continue la lecture, c'est difficile de reprendre pied !
J'ai bien aimé aussi l'effet de progression chronologique : "Les clous" est oppressant, mais conserve une lueur de joie sautillante ; "Scier la planche" est beaucoup plus touffu, la lumière est aperçue comme de loin dans les trous de feuillage (ou dans les copeaux du bois lol) ; "Réparations" déraille complètement. Arythmique, saccadé, on le lit dans la douleur. Mais dans les trois, on finit par ne plus distinguer les outils du bois et des insectes – tu m'as d'ailleurs obligée à aller voir sur google ce qu'était un "platype", je ne te remercie pas !
Donc voilà ! d'ailleurs ça m'a fait penser, il y a trois ans tu avais déjà écrit un poème avec l'image des grillons aux ailes coupées, c'est fait exprès ? Je viens de faire une rapide recherche, c'était dans "Pluie d'automne", j'avais beaucoup aimé la mélancolie de ce poème et la manière dont cette image sordide faisait irruption, le grillon qu'on découvrait pourrissant sous des vieux vêtements, dans un tiroir, avec les ailes coupées, qu'on retrouvait une à une dans les plis du tissu ("Lent, le grillon aux ailes / Coupées git, pourrit / Dans un tissu frais / Et je trouve, une à une, ses ailes / Pourries, dans les plis").
Je me demande dans quelle mesure la reprise de cette image est aléatoire ; ici, le grillon semble aller de soi, quand dans "Pluie d'automne", il venait pourrir le poème de l'intérieur. C'était une découverte macabre qui tranchait avec la sérénité, les rimes liquides, le lent balancé des vers. Là, juste, tu as un grillon mutilé parmi plein d'autres insectes et d'outils en ferraille, c'est plus cohérent...
Un dernier détail avant de finir ce commentaire : pourquoi avoir choisi ce titre de "Réparations" ? m'est avis que les réparations qu'il évoque ne sont pas que matérielles, ce serait presque trop facile. Des réparations morales, alors ? mais que peuvent bien venir réparer trois poèmes lugubres et étouffants comme ceux-là ? si tu pouvais éclairer ma lanterne !
En tout cas, merci, encore une belle lecture sur ce topic des Outils.