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26 novembre 2022 6 26 /11 /novembre /2022 19:08

C'était comme si c'était
Cerné d'un fin liseré
Petite mandibule
Fermée.

*

C'était comme l'aurore le
Couchant, aube et cré
Puscule, c'était ce qui
Changeait.

*

Ça pesait peu. Ça pèse
Moins.

*

Ouvrage lent, biche
Atroce comblée
D'aumônes.

*

Ru tumultueux, aubé-
Pine, genévrier.
Automne.

*

C'étaient les saisons comme elles débutent. Comme elles
S'achèvent. C'était ce qui mutile et ce qui courbe. L'herbe
Penchée, parachevée avecque  ligne obscure. Comme l'
Arbre qu'on écorce pour l'abîmer. Comme si les sentiers
De toutes les forêts n'étaient qu'un seul sentier. Ou

Qu'une clairière, un trou atroce.

*

C'était parachevé. Trop finement
Orné, battu avec une branche
De genévrier.

*

Comme une baie, trop écrasée.
Mûre à en crever. Comme un
Fin liseré.

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19 novembre 2022 6 19 /11 /novembre /2022 19:09

À Cordoue dans les étuves, dans les
Flacons, un peu de plomb, brûlé afin
Que science soit comme toute fiction
L’or d’un monde ravagé par l’ignition.

Bien sûr, c’est Marie, la mère de Sion,
Auxilio d’un autre temps pour autre
Entreprise, et même démolition. Deux
Alchimistes bien déchues le diront,

Pardon. Pardon, pour le temps qu’on
Fissure, pour l’unique blessure, pour
Tout ce qui dure. Pour ce qu’on fixe,
Pardon. L’ambition s’exprime dans

Le canevas de la seule fiction. Écri-
Vaines terribles, porteuses d’une
Seule malédiction. Filtres, tueries
Et longues migrations. Car Auxilio

Partie de l’Enfer, sème une seule
Fiction, Marie est mère de Sion.
Plomb transformé en or comme
Eau brûlée, casserole renversée

Sur le front de l’initiée. Pour que
Le temps dure, il faut qu’on soit
Bien pur, qu’on porte la blessure,
Torche brûlée par l’ignition.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 21:28

Je suis une machine à enseigner. Et cette phrase, toute nue, me vient souvent en tête – sans arrière-pensée, ni prolongations. Je peux la développer par écrit ; quand l'on commence à enseigner dans beaucoup de situations différentes, et beaucoup de choses différentes, c'est l'enseignement tout seul qui, seul, commence à prendre la place du corps. Le corps enseignant, placé devant les corps enseignés : magistralité plus ou moins grande, variabilité des affects, mais toujours corps comme support d'un savoir qu'il s'agit de transmettre. Savoir mâchouillé, savoir d'abord ingurgité, de plus en plus rapidement, puis restitué. On fait la becquée dans les salles de classe. Je suis une machine à enseigner parce que je deviens mécanique, bien huilée, rodée, consciente qu'il existe partout autour d'autres machines à enseigner. Le savoir comme mémoire bien triée, ne pas oublier, transmettre. Je suis le rouage qui assure la transmission d'une parcelle de mémoire. C'est mon métier : corps comme rempart devant l'oubli. Machine à enseigner pourvue de toute une palette de gestes à enseigner. On ruse : avec les apparences du cours. La machine à enseigner se faufile, a pour mission, plus élémentaire des missions, de transmettre le savoir sans donner la nausée. La machine à enseigner ne sait pas bien ce qu'autrui retient de la leçon ; quelle part de la mémoire est comme rattrapée. La mémoire comme sable qui coule entre les doigts de l'humanité. Machines à enseigner remparts friables. Je suis une machine à enseigner bien appliquée : le même savoir, élémentaire, transmis avec les mêmes gestes aux stagiaires, aux enfants, aux étudiant·es. Aux lycéen·nes. Aux collégien·nes. Aux ami·es, quelquefois et sans y prendre garde. Machine à enseigner support transitoire : savoir mâchouillé, aussitôt oublié. Par mon corps comme machine ont transité savoirs druidiques, historiques ; linguistiques et numériques. Savoirs poétiques et savoirs méthodologiques. Grammaticaux, philosophiques. Questions pour amener savoir à se former : gestes, jeux, dialogue pour de faux. Ou pour de vrai : on sort du rôle. On échappe, on n'est plus la machine. Le rire comme huile dans le rouage, et le sourire pour apaiser. Savoir perçu comme dangereux, machine à apaiser. Je tapote, j'invite, j'accueille : dans les bras de tout savoir. Savoirs indifférents ; ne suis que véhicule.

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 14:15

On crut longtemps que l'écriture était d'origine céleste. Mais personne n'en avait de preuve, donc personne n'y croyait trop ; donc la reine, qui était joueuse, décida un jour qu'un concours déciderait de l'origine de l'écriture. Toutes les conteuses les plus rabougries, toutes les plus vieilles, les plus claudicantes de la région se rendirent en hâte – parfois poussées dans de grosses chaises en bois, peu maniables – au palais, et prirent place autour de la souveraine. Des petits coussins verts et dorés avaient été négligemment jetés au sol ce qui, compte tenu de l'âge moyen de la conteuse moyenne, constituait une vraie maladresse protocolaire – mais les conteuses restèrent debout, respectueuses, ou assises dans leur grosse chaise, et firent silence.

La reine prit la parole, et expliqua que chacun des contes ne devait pas excéder le temps que mettrait l'enfant royale à faire le tour, en courant, des fortifications – aucune aïeule ne se plaignit de ces termes ; le palais étant immense, elles surent qu'elles pourrait ajouter à leur récit de très nombreuses fioritures narratives et même, pour les plus agiles d'entre elles, une chorégraphie gestuelle qui viendrait incarner les premiers gestes d'écriture.

Ce fut Baba Yaga qui prit la parole en premier. Elle était venue sur une chaise, poussée par sa nièce à la langue coupée. Un profond nid occupait le haut de son crâne, où quelques œufs étaient couvés par une pie. Telle était Baba Yaga : très impressionnante, et un brin cruelle. L'enfant de la reine partit en courant, et Baba Yaga raconta.

C'est l'histoire d'une enfant qui, un jour de neige, prend la route pour retrouver son vieil oncle ; elle sait qu'il se meurt et désire lui tenir compagnie. Elle prend avec elle un panier rempli d'objets – à cet instant, Baba Yaga bégaie, elle ne se souvient pas bien des objets. Une aiguille ? un miroir ? peut-être un peu de pain ? la vieille conteuse sait que chacun d'entre eux jouera un rôle crucial dans le conte, mais elle sait aussi que le conte qu'elle invente à mesure est inédit, et qu'aucun objet n'y peut donc manquer. Alors la petite prend la route, arrive devant un ruisseau en crue ; le pont est brisé, et à ce moment-là...

L'enfant royale, essoufflée, pousse les portes du château et tonitrue que le tour de parole est terminé.

Baba Yaga se renfonce dans sa chaise, tandis que la jeune nièce, rougissante, ajuste un châle sur ses épaules.

C'est Carabosse qui prend la suite. Elle n'attend pas, elle se précipite dans son histoire : tout de suite, un vieillard aveugle tâte la boue qui sèche, sur le palier de sa maison ; il tâte, dans l'histoire de Carabosse, des suites de petites trous, qui pourraient aussi bien être les empreintes d'un oiseau. Tandis que Carabosse parle, les vieilles s'endorment et la reine s'éclaircit la gorge. Cette histoire n'a rien de séduisant.

Quand l'enfant revient, plus essoufflée encore, la Befana se dresse au milieu de l'assemblée ; elle a, sous le bras, un panier rempli de caramels et de charbon, et toise l'enfant qui court en grognant. L'origine de l'écriture, dit-elle, c'est le moment où la jeune fille voulut parler à son amant, parti à la guerre ; alors elle... toutes les vieilles lui coupent la parole, jurent et crachent. Dibutade se lève, furieuse : Befana, dit-elle, tu plagies mon histoire ! j'ai tracé le profil de mon amant sur un mur, en suivant les contours de son ombre. C'est l'origine de la peinture qu'explique mon histoire, pourquoi nous égarer...

Cette brève polémique est interrompue par le retour de l'enfant royale. De petites tâches rouges commencent à apparaître partout sur son visage, ses épaules et ses mollets.

Alors les trois Parques s'avancent ensemble. L'une dit le début d'une phrase que l'autre prolonge, tandis que la dernière achève. On dirait qu'elles ont toujours parlé comme ça, et leurs voix sont presque les mêmes. L'histoire qu'elles racontent est belle et inquiétante, si bien inquiétante que la reine les interrompt avant le retour de l'enfant ; elle ne veut pas d'une origine lugubre.

La bonne fée jure, en s'avançant au milieu du cercle, qu'elle est une bonne conteuse, de celles qui garantissent les fins heureuses. Avec elle, pas de risque : et ce boniment dure, dure, effet d'annonce par effet d'annonce, si bien que la bonne fée ne commence jamais de raconter sa version.

La reine perd courage. Ses conteuses sont vieilles et, pour tout dire, un peu gâteuses. Elle a cru que leur grand âge les rendrait solidaires d'une vision mythologique des origines de l'humanité, mais elle a oublié que ces vieilles dames vivent en recluses, et sont trop heureuses de faire étalage d'une voix qui ne leur sert plus à grand-chose.

Il ne reste que Bonne maman. L'enfant part en marchant, à tout petits pas. Alors Bonne maman raconte l'histoire, et la lie subtilement aux nécessités économiques d'étiquetage des pots de confiture – les autres conteuses soupirent, car elles voient tout de suite où veut en venir la vieille cheffe d'entreprise. L'histoire de Bonne maman est cynique et, en définitive, cela plaît à la reine, qui la récompense richement d'une rente à vie, et d'une petit palais accolé au sien.

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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 21:31

La vérité – et toute vérité n'est pas bonne à dire – c'est qu'elle commence à avoir de l'empathie pour les insectes. Elle ne peut plus les tuer, plus se débarrasser de leurs pattes velues et de leur bourdonnement. Ne peut plus les pincer entre deux doigts pour les balancer par la fenêtre, leur arrachant une aile dans le mouvement. Il y avait eu des effets d'annonce : enfant encore, dans les piscines municipales, elle attrapait ceux qui se noyaient pour les poser, délicatement, sur le rebord. Elle surveillait qu'ils sèchent bien puis qu'ils s'envolent. "La vie est un trésor", c'était le titre de son livre de catéchisme, et il lui semblait bien que le monde serait meilleur, à condition qu'il fût pourvu d'une plus grande quantité de vie. Les vies insectes étaient les seules sur lesquelles elle eût un quelconque pouvoir. Enfin, adulte, c'est différent ; l'on est supposée dépasser ce sentimentalisme, ne plus jouer les maîtresses nageuses de l'infime. Mais elle a lu quelque part qu'il n'était pas dit que les insectes ne ressentent pas de douleur ; elle sent désormais la chose infâme qui consiste à infliger une grande douleur pour un confort ponctuel et, au fond, mesquin. Les mouches peuvent bourdonner, les moustiques lui tourner autour, et même les araignées (qui ne sont pas des insectes, elle le sait bien, sans que ça n'enlève rien au raisonnement) courir sur son lit en crachotant sans qu'elle agisse. Elle a sauvé, deux jours plus tôt, un papillon de nuit qui s'était emmêlé dans la bonde de la baignoire – il lui faut avouer que son mouvement réflexe, ç'aurait été de le noyer, de le faire disparaître dans les canalisations, sans retour – mais face à la perspective de cette mort atroce, elle a changé d'avis, lui a tendu la main – effarouché, le papillon ne voulait pas s'y tenir tranquille, alors elle l'a enfermé sous un gobelet, qu'elle a glissé le long du mur en remontant, jusqu'à la fenêtre – et le papillon s'est envolé, pour les quelques heures de vie, peut-être, qui lui restaient à vivre. Mais elle sait bien qu'elle n'a pas à juger de la durée de cette vie, ni de sa qualité. Elle n'a pas à infliger la mort, et le fait sans doute pourtant quotidiennement, faucheuse indirecte. Elle a lu un roman de Philip Roth où une adolescente juive américaine se fait jaïn – une secte pour laquelle la vie est si sacrée que l'on doit porter un petit voile devant la bouche, pour n'avaler aucun moucheron, pour n'ôter la vie à rien qui bouge – une secte végétalienne que Roth moque abondamment, raillant cette jeune fille voilée pour le maintien de la vie sur Terre. Elle s'est sentie accusée, mise au rebut, comme si l'empathie et la parole biblique étaient au fond un peu ridicules. Elle ne sait pas toujours que faire des livres, même des bons livres. Dans un recueil de nouvelles, Lydia Davis évoque une femme qui sauve un petit ver, le pose sur une marche d'escalier et, toute la journée, est hantée par la possibilité, même infime, de l'écraser machinalement ; elle en perd la trace et, le lendemain, l'oublie. À l'échelle d'une vie d'insecte, qu'auront représenté ces heures d'angoisse ?

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23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 11:31

Regard où gît la peur :
Quinze biches atroces,
Cerveau gelé. Une chair

Dévorée. Les monstres
Habitent la forêt, et hu-
Rlent pour le prouver.

Habitués aux pierres,
Par l'euphorie gagnés,
C'est comme pour te

Chasser. Tu es le nœud
De bois, l'écharde et le
Frimas ; tu es salie par les

Éclairs, seule vie dans la
Forêt. Qu'on te fracasse
Dans le désert, eau douce

Suintée par une chair,
Eau trouble qu'on a
Pleurée.

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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 19:03

Petit carré, tu brilles. Jaune d'œuf comme pour

Pleurer, ouvert comme s'ouvre une fenêtre

Ou un parapet ; on peut te sauter. On

Dirait que tu es plein de farine pilée.

Piscine étrange pour marlous

Apeurés. Tout petit carré bi-

En morcelé. Quand je t'ai

Pris je l'ai vu : tu étais

 

Fêlé.

 

On aurait dit lucarne

Pour chatte venue de loin.

Ou marsouin. Venu comme un

Carré de laine rêche et râpée. Tiré

De la cuisse d'un églantier, longue lande

À broder. Alors, je t'ai couvert de fils, et j'ai

Tiré, pour mieux te ravauder. Alors : hiboux, et

Fées, luxe inouï d'une longue nuit d'été. Ébloui par

 

L'éclair 

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 16:29

Brûlant, tu tisses. Des chairs
Tu déchiquettes, pardon, l'épaisseur
Équestre. Épaisse, tu romps, quand tu
Planes / tu demandes l'absolution. Brûlant,
Tu cherches, sur le fil tu es l'étagère, la
Main repliée dépliée et tu romps. Tu
Es l'absolution. Absolue tu erres


Comme une chair et comme les
Avions. Les planeurs les chaleurs te
Raviront, car tu es le souffle et l'asbsolu-
Tion. Brûlante et plume épaisse, carcasse et
Prophétesse. Je te demande pardon, seule
Et ravie tu planes au-dessus des avions.
Perdue, tu restes, le divin c'est une

Première dimension. Énorme, tu
Pestes, fétide comme le souffle issu
De l'haleine d'un lion, tu es le hangar et
Tu es le bastion. Le brin d'herbe où tu ploies
T'enferme en ta respiration, tu étouffes
Et tu tonnes, pour ce que tu donnes
L'absolution.

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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 14:50

Nous sommes l'utile. La compensée.

L'épaule droite, une brève vérité.

Nous sommes la raisonnable,

Qui prie, ourdit l'ourlet. Je

Suis l'idiote, la fille qui

Ne sait. L'étrange é-

Troite, la vérité.

 

Nous sommes

Utile nous sommes

L'ourlet. Nos lèvres si

Lourdes, pareilles ourlées.

Je suis la perle et l'adorée. U-

N rien nous touche ; un rien bien

Maigre. Braise écarlate, rien de râpé.

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 17:22
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